L. J. Ch
Ce 8 septembre 1806.
Madame et très chère fille en N. S.
J'ai reçu et lu avec beaucoup de satisfaction la lettre de M. Jean Louis et je vous remercie de me l'avoir envoyée. Je souhaite que les difficultés que je lui propose ne le dégoûtent pas de son pieux dessein. Vous savez par votre expérience qu'on ne fait rien de grand au service du Seigneur sans qu'il en coûte bien des sacrifices à l'amour-propre.
Je n'ai point reçu, Madame, les deux dernières lettres que vous m'avez fait l'honneur de m' écrire, ce qui me mortifie beaucoup ;
on n'en a point non plus entendu parler parmi nos connaissances. Je vous prie de vouloir bien faire des informations de votre côté.
Je n'ai pas été parfaitement content d'une lettre de mademoiselle Cavaillon, écrite à madame de Cacardo et dont celle-ci m'a fait part parce qu'elle n'y voyait goutte. Elle est vraiment insignifiante et, si on peut s'en rapporter à cette lettre, elle ferait croire que cette demoiselle a bien peu profité de vos bonnes leçons et de vos exemples sur l'obéissance, le renoncement à soi-même et le détachement de toutes choses. Je crois devoir vous en avertir, non pas pour que vous lui en fassiez des reproches, mais afin que vous lui fassiez sentir charitablement que c'est à l'acquisition et à la pratique des vertus solides qu'elle doit surtout s'appliquer.
Je vous souhaite, Madame, une parfaite santé pour le voyage que vous allez faire ; la mienne est bonne et ma situation la même. Bénissons et adorons les desseins du Seigneur. Antoinette ne m'a pas écrir.
Je suis, avec le plus profond respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur en N. S.
Pierre- Joseph.
A Madame de Clermont.
Ce 27 octobre 1806.
Madame et très chère fille en N. S. J. C.
J'ai reçu votre lettre du 7 octobre et j'ai eu communication de celle que vous avez écrite à Mlle Adélaïde en date du 13 du même mois. J'aurais désiré y répondre plus tôt, mais je n'ai pas voulu le faire avant de pouvoir vous mander ce que j'avais répondu à M. Jean-Louis. La lettre que vous m'avez fait passer de ce digne ecclésiastique m'a paru satisfaisante. Cette lettre et celles qu'il m'avait écrites précédemment m'ont fait voir en lui les dispositions que nous désirons. Il est tel, Madame, que vous me l'avez dépeint. En conséquence, je lui ai répondu que je l'admettais avec bien de la satisfaction dans la Société du S. C. de Jésus, que je me félicitais de l'avoir pour collaborateur dans ce petit champ du Père de famille et que je me persuadais que tous nos confrères partageraient avec moi les mêmes sentiments. J'ai joint à ma lettre l'acte de consécration usité dans la Société, avec les instructions et les remarques nécessaires pour en faire usage. J'ai aussi autorisé M. Bicheron à tenir ma place à son égard dans cette cérémonie qui, pour bien des raisons, doit être faite sans bruit et sans appareil, entre nous.
Me confiant en votre prudence, je vous donne, Madame et très chère fille, la permission de communiquer les écrits aux personnes que vous croiriez disposées à en faire un bon usage, et propres à être admises dans les Sociétés. Je présume que vous avez pour cela l'agrément de la Supérieure Générale pour ce qui regarde la Société du Cœur de Marie.
Vous sentez avec quelle circonspection il faut procéder dans le choix des sujets, afin de n'avoir point à nous en repentir dans la suite. Avant d'admettre aucune des filles à la Consécration, il sera tout à fait nécessaire d'en donner avis à la Mère Générale, de lui donner connaissance des divers sujets, et d'avoir son agrément. Si vous trouviez à former un petit troupeau de Filles de Marie dans le canton où vous êtes, vous en seriez comme naturellement la Supérieure, et vous seriez chargée de les former à la perfection évangélique tant que vous serez sur les lieux. A votre départ, vous nommeriez, comme à la tête des autres, celle que vous jugeriez la plus propre à remplir cette place. Si la chose prenait une certaine forme, il serait bien convenable de se faire autoriser par un de MM. les Grands- Vicaires ; ce qu'il vaudrait mieux faire de vive voix, afin d'éviter toute espèce de rumeur car, quoique nous ne fassions rien qui ne tende au bien et qui ne soit même selon les intentions du Gouvernement civil, des circonstances nous ont jusqu'ici empêché de solliciter sa sanction. Nous attendons un moment favorable.
Pour ce qui est de MM. les ecclésiastiques, si, après avoir eu connaissance de notre forme de vie, qui n'a rien que de conforme à l'esprit ecclésiastique, ils se croyaient appelés à la pratique de cette perfection, vous les prieriez, Madame, de vouloir bien entrer en correspondance avec moi et vous leur en indiqueriez le moyen, comme vous l'avez fait pour M. Jean-Louis.
Quand vous en aurez le loisir, je vous prie de vouloir bien me marquer son nom de famille et celui de la paroisse qu'il gonverue. Veuillez bien aussi me marquer dans quel diocèse et dans quelle paroisse vous êtes à présent. Nous ferons passer la lettre à M. Jean- Louis par Madame de Rumigny.
Tous les autres détails dans lesquels vous êtes entrée dans vos deux lettres sont intéressants et je les ai lus avec plaisir ; mais comme ils regardent plus votre propre famille que la nôtre, je laisse à qui il appartient le droit d'y répondre. Je me contente de vous assurer du respectueux dévouement avec lequel je suis, en union des Divins Cœurs de Jésus et de Marie, Madame et très chère fille en N. S. votre très humble et très obéissant serviteur.
P. Joseph.
A Madame, Madame de Clçrmont