L. J. Ch
Décembre 1806.
Madame et très chère fille en N. S.,
Vous avez tant de zèle pour les deux petites familles que, quoique je sois fort circonspect pour écrire le moins possible à d'autres, je ne dois pas user de la même réserve envers vous. Je suis bien sensible à tous les vœux que vous formez pour moi et je ne doute point qu'ils ne soient d'un grand prix devant Dieu ; daignez aussi agréer les miens. Comptant pour rien les choses de ce monde et sachant bien qu'en cela vos pensées et vos désirs sont conformes aux miens, je vous souhaite qu'ils tendent tous aux biens véritables, qui sont les biens invisibles et spirituels qui ne finissent point avec le temps et sont suivis d'un bonheur éternel. Pour les obtenir dans une plus grande plénitude, je vous exhorte à vous appliquer sérieusement, dans le cours de l'année qui va commencer, à l'acquisition du parfait renoncement à soi-même. Quant à la revue annuelle, quoique la pratique en soit excellente, si cela était pour vous un sujet de trouble d'esprit, il ne faudrait point vous en inquiéter.
Ne doutez pas, Madame et très chère fiMe, des sentiments respectueux avec lesquels je suis, dans le Seigneur, votre très humble et très obéissant serviteur.
A Madame de Clermont (Pour Xarine).
Madame et très chère fille en J. C.
22 mars, dimanche des Rameaux.
Laud. J. Christus.
Je vous remercie bien d'avoir daigné vous souvenir de ma fête et des bons souhaits que vous me faites à cettè occasion. Je ne doute point que vous n'ayez bien prié ce jour-là pour moi mon saint patron, pour qu'il m'obtienne, par sa puissante intercession, quelque parcelle de cet esprit intérieur dont il était lui-même si rempli. Ayons souvent recours à lui pour y avoir part. Sans cet esprit intérieur, toutes les vertus sont fausses et sans solidité. C'est par lui qu'on s'unit au divin Cœur de Jésus et qu'on parvient à n'être plus avec lui qu'un même cœur et qu'un même esprit, par une entière conformité de pensées, de désirs et d'affections et, autant qu'il est possible, de paroles et d'actions. On n'en vient là que par un renoncement continuel, une mort entière à soi-même, et c'est là un travail de tous les jours et qui doit durer toute la vie.
J'ai vu avec plaisir que, pour votre petite retraite, vous aviez pris le sujet de vos méditations dans l'analyse que j'ai faite pour les trois jours avant la Purification. Je la crois propre à donner une juste idée de la petite Société et des principaux devoirs qu'on doit y pratiquer... Vous montrez par là que vous voulez véritablement vous attacher à la pratique des vertus qui doivent caractériser une Fille de Marie.
Le zèle est une de ces vertus. Il ne faut pas qu'elle se contente de travailler à sa propre perfection, il faut qu'elle ait un ardent désir que Dieu soit connu et glorifié de tous les hommes, et qu'elle travaille, selon les moyens et les occasions qu'elle peut en avoir, à Le faire connaître et glorifier, à combattre le règne du péché et à propager celui de J. Ch. L'amour de Dieu est encore bien faible dans un cœur qui n'est pas touché de ce désir et qui ne fait rien pour empêcher l'offense de Dieu et la perte des âmes rachetées par le sang de J. C. Grâces en soient rendues au Seigneur, vous êtes bien éloignée de tomber dans cette coupable indifférence ; vous connaissez le prix des âmes, et c'est une bien douce consolation pour moi de voir que vous ne négligez rien de ce qui est en votre pouvoir pour aider à sauver des âmes et à les gagner à Dieu. Ce soin que vous prenez d'instruire vos domestiques est louable et je vous exhorte très fort à continuer cette œuvre de charité, malgré la peine et les dégoûts qui pourraient l'accompagner. Que de malheureux, dans ce siècle ténébreux et impie, se perdent faute d'instruction ! Dieu nous a donné la lumière, ce n'est pas pour nous seuls ; faisons-la servir au bien de tout ce qui nous entoure. Tout le bien que vous ferez aux
autres tournera à votre propre avantage et engagera le Seigneur à multiplier sur vous ses dons et ses faveurs.
Puissions-nous passer saintement ces saints jours, mourir entièrement avec Jésus-Christ et ressusciter ensuite avec Lui ! C'est le souhait que je fais pour vous comme pour moi, ainsi que pour tous ceux qui vous intéressent, et particulièrement madame votre fille et ces dignes ecclésiastiques dont vous me parlez.
Je suis, dans le Seigneur, Madame et très chère fille, votre très humble et très obéissant serviteur.
P. Jos.
A Madame de Clermont (P. Xarine).