‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 77 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce 27 septembre 1807.

Xarine.

Madame et très chère fille en N. S. J. Ch.

J'ai reçu dans son temps la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au mois d'août et je me suis fait un devoir d'y répondre sur le champ, et mademoiselle de Cicé m'a marqué qu'elle vous avait fait tenir ma lettre. Je ne comprends pas qu'elle ne vous soit pas encore parvenue, lorsque vous m'avez adressé la dernière, en date du 9 de ce mois de septembre.

J'aurais répondu avec la même promptitude à celle-ci si je n'en avais été empêché par une foule d'autres lettres qui me paraissaient pressées ; mais il paraît que Dieu l'a ainsi permis, afin que je puisse vous faire part de l'assurance qu'on m'a donnée ce matin, que ma mise en liberté a été signée de la main du Ministre. Je ne le sais pas encore officiellement, et il reste encore à savoir si l'Empereur souscrira à ce que son Ministre a décidé, et quelles conditions on peut exiger de moi, car il est bien rare que la liberté soit rendue purement. Je verrai en tout la volonté souveraine du Grand Maître et d'avance je m'y soumets paisiblement. Je ne pourrai savoir ce qui en sera que dans quelques jours et je vous invite, quel que puisse être mon sort, à en bénir avec moi le Seigneur. Mettons tout notre contentement à nous conformer à son bon plaisir.

Autant que je puis me le rappeler, je vous remerciais, Madame, de ce que votre zèle pour nos Sociétés vous a fait faire auprès du Prélat, et je le croyais suffisant dans les circonstances. Je vous faisais entendre que nous ne devions pas exiger une approbation formelle. La lettre au Cardinal légat était sans doute ce qu'il y avait de mieux à mettre entre les mains de M. l'Évêque de Meaux. Vous dites que vous n'avez point vu la réponse ; il n'y en a point eu : la chose n'en demandait pas. C'était un Aperçu pour donner aux nouveaux Évêques de France une notion juste des deux Sociétés ; il fut bien accueilli de la plupart de ceux à qui il fut présenté. Mais comme nous n'avions pas de sujets à leur fournir, la chose n'a point eu de suite.

Je suis bien reconnaissant de la bonne volonté que vous me témoignez et des services que vous aviez le dessein de me rendre ; il paraît que je n'en aurai pas besoin.

Ce que vous me dites de la maladie de M. le Curé de St Martind'Allois me touche infiniment et je prie instamment le Dieu des miséricordes de conserver à son troupeau et à l'Église ce vertueux ecclésiastique. J'ai vu la lettre de sa digne sœur qui annonce d'excellentes dispositions. Je prends la liberté de présenter mes respects à l'un et à l'autre, ainsi qu'à madame Louise.

Je suis, Madame, avec le plus parfait dévouement, dans les Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie, votre très humble et très obéissant serviteur.

P. Joseph.

J'ai enfin reçu dans le courant de septembre, par M. Bicheron, une réponse que M. Jean Louis m'avait écrite en mai.

Mademoiselle de Cicé écrit un mot sur la même lettre :

Je ne puis laisser partir cette lettre, chère amie, sans me rappeler à votre souvenir, à celui de Madame Louise et à celui de votre frère. Vous avez reçu maintenant toutes les lettres qui ont tant retardé ; je vous en renouvelle mes excuses. Je n'ai, chère amie, que le temps de vous dire que je suis toute à vous, dans les Cœurs Sacrés.

A Madame de Clermont, à Brugny par Épernay-sur-Marne.

Xarine. 26 octobre 1807.

Madame et très chère fille en N. S.

Je suis bien reconnaissant de la part que vous et Madame Louise avez bien voulu prendre à la bonne nouvelle que je vous annonçais dans ma dernière lettre, mais qui ne s'est point réalisée ; je ne sais ce qui en a été la cause. On a dit que la circonstance n'était pas favo-

rable pour présenter le rapport ; il paraît qu'on ne s'en est plus occupé depuis. Quoique par là mes espérances, qui me paraissaient assez bien fondées, aient été déçues, je n'en ai pas été néanmoins fort affecté et je me suis réjoui et j'ai béni le Seigneur de ce qu'il me donnait l'occasion de Lui renouveler mon sacrifice. On obtient toujours tout ce qu'on désire quand on veut tout ce que Dieu veut et comme II le veut.

Nous avons eu ici pendant quelque temps madame de Chiflet, notre Supérieure de Franche-Comté, et quelques confrères de ce pays-là, qui nou£ en ont apporté de bonnes nouvelles de nos deux familles qui y prennent quelque accroissement en divers endroits. Ils ont eu permission de me voir et j'en ai été fort content ; ils s'en sont aussi retournés bien édifiés chez eux, ainsi qu'un de nos chanoines de Tours qui était dans le même temps à Paris.

Je vois, par la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que votre zèle pour la bonne œuvre est toujours le même ; mais il est bon que je vous prévienne d'une chose ; dans la lettre que j'ai adressée directement au Cardinal Légat, j'y parlais ouvertement de l'approbation donnée à Rome, parce qu'il n'y avait point d'inconvénient à le faire ; au lieu que, dans la même lettre imprimée sous le nom d' « Aperçu », je me suis abstenu par prudence de le faire.

Il faut que vous soyez bien assurée de la prudence de mademoiselle Marie-Arme pour lui laisser en dépôt tous nos écrits ; cependant ses délais étaient propres à. nous inspirer quelque défiance. Je prends une part bien sensible à la maladie de M. François, à qui je vous prie de présenter mes respects. Dieu veuille que la bonne semence que vous avez jetée dans l'esprit du jeune séminariste dont vous me parlez y prenne racine et y porte de bons fruits. Mais on ne peut beaucoup l'espérer d'un jeune homme qui est seul et qui ne peut avoir une connaissance de la chose suffisante pour la transmettre à d'autres. Nous avons, dans -votre diocèse de Meaux, une bien bonne fille de Marie qui se nomme mademoiselle Oudart ; elle fait beaucoup de bien dans l'endroit où elle est, près de Vitry-le-François. Il serait à souhaiter pour elle qu'elle eût l'avantage de vous connaître ; elle pourrait vous aider dans les bonnes œuvres que vous entreprenez ; je ne sais si le lieu que vous habitez est à une grande distance de sa demeure.

Ne vivons, ne respirons que pour la gloire de notre divin Maître et n'ayons point d'autres sentiments, d'autres goûts, d'autres choix que ceux de son Cœur adorable.

Je suis, dans ce Divin Cœur et dans celui de sa Sainte Mère qui en est la plus parfaite image, Madame et très chère fille en N. S., votre très humble et très obéissant serviteur.

Pierre Joseph.

Mes très humbles hommages à madame Louise.

A Madame de Clermont, à Épernay

(Pour Xarine.)

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