‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 78 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Ce 21 janvier 1808.

Madame,

Je n'ai point répondu à une lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire il y a quelque temps, et dans laquelle vous me parliez de mademoiselle Oudart, relativement à ce que je vous en avais marqué ; comme il n'y avait d'ailleurs dans la lettre rien qui pressât, j'attendais pour y répondre quelques informations sur ladite demoiselle qui ne m'ont point encore été données, c'est la raison de mon retard. Mais dans votre dernière, que je viens de recevoir, après m'avoir offert les vœux de madame Louise, auxquels je suis infiniment sensible et à qui je vous prie de présenter mes respects, vous me dites qu'elle m'a écrit, qu'elle sait que j'ai reçu sa lettre et qu'elle désire en avoir la réponse. Il faut qu'il y ait en cela quelque méprise. Je puis vous assurer que je n'ai point reçu de lettre de madame votre fille ; si elle m'avait fait l'honneur de m'écrire et que sa lettre me fût parvenue, à moins d'une véritable impossibilité qui, Dieu merci, n'a point eu lieu, je ne me serais point oublié au point de laisser sa lettre sans réponse, je la prie de vouloir bien en être convaincue. Si donc, dans la lettre qu'elle a dû m'envoyer et que je n'ai point reçue, il y avait quelque objet qui demandât quelque avis de ma part, comme je dois le supposer, et qu'il soit encore temps de le donner, vous pouvez l'assurer que, si elle juge à propos de m'en écrire de nouveau, je me ferai un plaisir et un devoir de lui répondre au plus tôt.

Dans votre dernière, Madame, du 30 décembre dernier, vous me parlez de quelques affaires domestiques et de placement de fonds ; vous savez que, dans nos Sociétés, en ne faisant rien dans la vue de s'enrichir personnellement soi-même et d'augmenter ses revenus, et en observant les règles de la rigide équité, chacun, et surtout les mères de famille, conservent leurs droits civils et ne font rien contre la Pauvreté en plaçant leurs deniers et faisant autres choses semblables pour le bien de leurs enfants. Ainsi, dès lors que vous ne faites rien en cela qui n'ait l'approbation des dignes ecclésiastiques que vous me donnez (1), MM. Antoine et François, vous êtes assurée d'avoir aussi la mienne. Votre amour pour la justice et la pauvreté m'est garant que vous ne violez ni l'une ni l'autre de ces vertus. Si en outre, comme personne spécialement consacrée au Seigneur, vous désirez la permission de l'Obéissance, certainement votre bonne M. ne vous la refusera pas. J'ai lu la lettre que vous lui avez écrite et j'en ai été

(1) Que vous m'indiquez.

édifié. L'humble aveu que vous y faites des grâces que vous avez reçues de Dieu, malgré votre indignité, ne peut que vous en attirer de nouvelles. Efforcez-vous de les mériter de plus en plus par un entier détachement de vous-même et de toutes choses.

J'approuve la communication que vous avez faite de nos écrits au bon curé carme ; ayez bien soin de ne le faire qu'autant qu'il peut en résulter un bien véritable.

Je me recommande à vos saintes prières. Soyons tous ensemble, dans les Cœurs Sacrés de Jésus et de Marie, un cœur et une âme. On parle toujours de mon prochain élargissement, mais je n'en vois pas l'effet. Fiat voluntas Dei. C'est l'unique chose que je désire.

Je suis, Madame, avec le plus profond respect, votre très humble Serv.

A Madame de Clermont (Pour Xarine).

Ce 5 avril 1808.

Madame,

Je vous renvoie ma réponse sur les cas pour lesquels vous m'avez consulté. Celui qui regarde personnellement Xarine était plus de ma compétence ; elle peut aisément se décider d'après ce que je lui dis. Je n'ai répondu à l'autre cas que suivant le bon sens, n'ayant point la connaissance des lois actuelles. Pour celui que renferme votre lettre sur ce que M. Ameline vous a laissé pour remettre à sa mère, si vous ne pouvez pas là-dessus remplir ses intentions, ce n'est pas qu'il ait changé de dispositions, c'est qu'une puissance supérieure n'a pas eu égard à- ses volontés et s'est cru en droit de disposer autrement de ses biens. Il faut s'y soumettre et voir en cela une disposition de la divine Providence.

J'ai lu avec attention les lettres qu'on m'a remises de votre part. Ce que j'y ai vu de plus intéressant, c'est le zèle que vous mettez à la propagation de l'œuvre de Dieu ; mais je ne vois pas que personne y réponde jusqu'ici. On approuve volontiers ce qui est saint et parfait, mais peu de gens veulent l'embrasser : cela demanderait des sacrifices qu'on n'a pas le courage de faire.

Je vous remercie de toutes les choses gracieuses et obligeantes que vous avez la bonté de me dire. On parle de notre translation au château de Vincennes, il en sera ce qui plaira au Seigneur. Elle doit être faite avant le 20 de ce mois. Quelque part que nous soyons, nous y trouverons Dieu ; puissions-nous ne songer partout qu'à Lui plaire et partout nous serons aussi heureux qu'on peut l'être en cette vie. Mes respects à madame Louise. Je me recommande à

vos prières et suis, dans les SS. Cœurs de Jésus et de Marie, Madame et très chère fille en N.S., votre très humble et très obéissant serviteur.

P. Joseph de Clor.

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