L. J. Ch
Ce 24 septembre 1809.
Madame, très chère et respectable fille en N. S. J. C. Je vous obéis et vous réponds sur le champ, quoique très embar-
rassé, étant sur le point de commencer ce soir une retraite de hui1 jours complets aux D.D. de St Maur. J'ai reçu vos deux lettres consécutives ; j'y ai vu avec beaucoup de consolation que vous êtes toute à Dieu et à la bonne œuvre qu'il vous a confiée. La demoiselle A.P. qui avait ci-devant différé sous divers prétextes, s'est maintenant déclarée nettement et nous ne pouvons pas l'en blâmer, parce que chacun est libre de suivre la voie que la Providence lui montre. Pour M. P. son frère, je ne crois pas qu'on puisse beaucoup compter sur lui, puisqu'il n'a pas, jusqu'à présent, suivi le conseil que je lui avais donné qui était de s'adresser directement à moi ; je n'en serai pas moins pénétré de respect pour sa vertu ; mais j'augure de là que Dieu ne lui parle pas bien fortement au cœur. Adorons la volonté du Seigneur -et conformons-y pleinement et paisiblement les nôtres. Vous avez aussi besoin de le faire par rapport au sacrifice qu'il vous demande de votre fervent et zélé pasteur. On nous assure ici bien positivement qu'il y a une lettre circulaire adressée aux Évêques, qui leur défend de faire faire des missions dans leurs diocèses, ce qui ne paraît pas s'accorder avec ce que vous mandez. Je vous souhaite un heureux voyage dans votre famille, si vous ne l'avez pas fait encore. Mes respects à madame Louise. Pour moi, quelque flatté que je sois de vous aller voir, je ne crois pas que la prudence et les circonstances me permettent de m'éloigner de la capitale. D'ailleurs je dois veiller à l'édition de mon Commentaire sur St Pierre qu'on imprime actuellement. Mademoiselle Adélaïde vous présente ses respects, sa santé est passablement bonne.
Je suis avec le plus parfait dévouement, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur.
P. Joseph.
A Madame de Clermont la mère (Pour Xarine).
Paris, 18 novembre 1809.
Madame et très chère fille en N. S.
Je ne puis que louer votre zèle à l'égard de la demoiselle dont vous nous parlez. Ce qu'elle nous dit par votre organe de ses dispositions, me paraît très bon ; je vous laisse et à notre respectable amie le soin de décider là-dessus ce que vous croirez être le mieux pour cette bonne personne.
Il n'y a que vous-même qui puissiez aussi vous décider sur ce qui vous embarrasse par rapport à l'oraison. Il est certain que vous devez donner le temps prescrit à ce saint exercice, mais il ne l'est pas moins que si vous ne pouviez pas faire à genoux l'oraison sans nuire considérablement à votre santé, vous puissiez ou même ne deviez prendre
une autre posture en la faisant ; évitez seulement d'en prendre une trop commode pour la nature et propre à favoriser le sommeil. Ayons toujours présent à notre esprit notre grand modèle, Jésus-Christ en croix.
Il peut se faire que votre dernière lettre soit restée sans réponse. J'augure que nos lettres se sont croisées, et je me suis persuadé que ma lettre vous disait tout ce que j'aurais pu vous dire sans une seconde. Peut-être aussi ai-je cru que vous n'étiez plus à la même campagne, d'autant que vous me parliez d'un voyage que vous étiez sur le point de faire. Ma santé est bonne, grâce à Dieu ; je souhaite que la vôtre devienne meilleure.
Je suis avec le plus profond respect, Madame, votre très humble et très obéissant serviteur en N. S.
P. J. de Clorivière.
A Madame de Clermont, à Brugny.