‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 83 sur 116 · L. J. Ch · texte numérisé non relu

L. J. Ch

Paris, ce 26 décembre 18 10.

Madame et très chère fille en N. S.

Je vous remercie de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et des bons souhaits qu'elle renferme. Vous ne doutez point de tous ceux que je forme pour vous et pour tout ce qui vous est cher. L'intérêt que je prends à votre bonheur est toujours le même et, comme vous, je le fais consister dans tout ce qui peut nous unir davantage à Dieu, nous rendre plus agréables à ses yeux et contribuer à notre perfection. Le Seigneur ne nous a point enseigné d'autre bonheur dans son Évangile. Les Béatitudes nous tracent le chemin qu'il faut tenir pour y arriver. Le détachement de toutes choses et de soi-même, la douceur, l'esprit de pénitence, un grand désir de la perfection, l'amour du prochain et le soin de faire tout le bien qu'il est en notre pouvoir de faire, une grande pureté de cœur, un grand zèle du salut des âmes ; enfin endurer toutes sortes de persécutions pour la justice. Hâtons-nous de marcher par ce chemin sans nous en écarter d'un seul pas. Le temps de la vie nous est donné pour cela et chaque instant nous avance vers l'éternité. Ces vérités sont toujours présentes à votre esprit ; elles règlent toute votre conduite, mais la fin de l'année semble les mettre plus sensiblement sous nos yeux. Dégagez-vous le plus que vous le pouvez des soins temporels, et surtout de toute la sollicitude qui les accompagne d'ordinaire. Il serait bien avantageux pour vous de vous en reposer sur quelqu'un de confiance, et de ne vous en occuper qu'autant que la chose serait

nécessaire pour éviter l'oisiveté et surveiller ceux que vous chargerez de ce soin.

J'ai vu, dans la lettre écrite à votre respectable amie, le danger que vous avez couru et j'ai béni la divine Providence qui vous en a préservée. Je dois aussi la remercier d'avoir rendu la santé à M. votre frère. Veuillez bien lui dire la part que j'y prends et présentez-lui mes très humbles respects.

Il ne paraît pas que la bonne demoiselle dont vous me parlez soit appelée à la Soc. de Marie, puisqu'après avoir pris lecture de son plan, après l'avoir goûté, elle n'a pas senti qu'on pouvait en remplir les devoirs dans quelque situation qu'on puisse être, et que c'est un moyen de tendre à la perfection et de pratiquer les conseils évangéliques dans le monde, que Dieu donne aux âmes pieuses qu'il appelle plus particulièrement à son service. Les vues de cette âme sont saintes et vous faites bien de les seconder en tout.

Grâce à Dieu je me porte à merveille, mais j'ai maintenant bien des occupations. Continuez pour moi vos prières, vous avez toujours une part très spéciale dans les miennes. Notre amie se porte bien aussi, vu sa grande délicatesse ; elle va vous donner elle-même de ses nouvelles et de celles de la famille.

Ne doutez point du sincère et respectueux dévouement avec lequel je suis, dans les SS. Cœurs de Jésus et de Marie, Madame et très chère fille en N. S., votre très humble et très obéissant serviteur.

P. J. de Cl. P.

A Madame de Clermont, la mère, à Bertangles près d'Amiens.

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