L. J. Ch
Paris, ce 23 janvier 18 12.
Madame et très chère fille en N. S.
Je reçois avec reconnaissance les vœux que vous faites, j'en suis sûr, tous les jours pour moi et que vous m'adressez au commencement de cette année. Agréez avec bonté les miens ; ils ne sont pas moins vifs ni moins sincères que les vôtres et tendent au même but : une vie sainte, une éternité bienheureuse. J'y joins un autre souhait qui vous assurera l'accomplissement des deux autres. C'est un moyen qui dépend de vous, parce que le Seigneur l'a mis entre vos mains, qu'il attend de vous, que vous avez déjà, mais que vous pouvez perfectionner toujours ; Il vous fournit, Il vous prodigue tous les secours dont vous avez besoin pour cela : c'est une bonne volonté. A la naissance du Dieu Sauveur, les Anges, après avoir chanté :
Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, ont promis la paix sur la 'terre aux hommes de bonne volonté. La paix renferme tous les biens véritables. La paix avec Dieu : l'amitié de Dieu, sa faveur et tous les dons, toutes les grâces dont elle est la source. La paix avec les hommes, autant qu'il dépend de nous de l'obtenir par la douceur, l'humilité, la patience et la pratique de toutes les vertus qui servent à entretenir la charité fraternelle. La paix avec nous-mêmes, par le moyen d'une conformité parfaite avec la volonté de Dieu, de l'esprit intérieur, et d'une grande vigilance sur nous-mêmes et sur tous les mouvements de notre cœur. Vous le voyez, en vous souhaitant une bonne volonté, on vous souhaite tout ce qu'un vrai chrétien peut désirer.
Vous ne manquerez pas de faire usage de cette bonne volonté à la fête prochaine de notre Auguste et bonne Mère. Je connais deux familles qui datent de cette fête l'époque de leur naissance, et voici la prière qu'elles ont faite pour en rappeler le souvenir : « Puissante Reine du Ciel et de la terre, très Sainte Mère de Dieu, glorieuse Vierge Marie, puissions-nous, avec le secours de votre bénédiction, tellement croître et nous multiplier sur la terre, pour la plus grande gloire de Dieu et le bien de l'Église, que le royaume de votre divin Fils et le vôtre en prenne chaque jour un nouvel accroissement de force et de beauté, et que la puissance de l'Enfer en soit partout écrasée et considérablement abattue. Par le même Jésus-Christ Notre- Seigneur qui vit et règne en un seul Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. »
Vous avez toutes les permissions ordinaires. Respect à M. Bicheron ; salut à tous nos amis et amies. M. Bourgeois vous présente ses respects. Mademoiselle d'Acosta est allée pour affaire en Bretagne. Ne vivons, ne respirons que pour aimer notre Divin Maître et le faire aimer de tout le monde. C'est en lui que je suis, avec un respectueux attachement, Madame et très chère fille, votre très humble et très obéissant serviteur.
P. J. Rivière P. (i)
(i) Mademoiselle de Cicé écrit sur la même lettre :
Loués soient N. S. J. Ch. et SS. M. — le 7 février 1812.
J'ai reçu votre lettre, ma chère et respectable amie. Je suis bien charmée d'avoir appris par vous-même de meilleures nouvelles de votre santé dont je m'informais bien souvent. Vous ne doutez pas de tous les vœux de mon cœur pour qu'elle soit parfaite, si c'est la volonté de notre bon Maître, et vous mette dans le cas de procurer sa gloire et de travailler au salut des âmes autant qu'il l'attend de vous. J'unis mes vœux à ceux que notre respectable ami vous fait et que nous formons pour nous-mêmes, comme tout ce qui peut nous rendre plus agréables à Dieu. Ne soyons qu'un cœur et qu'une âme pour Le louer, Le bénir, Le servir et sa très Sainte Mère. Nous nous recommandons particulièrement à vos prières et à celles de madame votre fille, du retour de laquelle je vous félicite. Mille choses à la bonne Charlotte qui va si droit au Bon Dieu ; je l'engage aussi à prier pour nous.
Adieu, ma chère amie, avec le plus sincère et respectueux attachement