L. J. Ch
Je vous remercie, ma chère concitoyenne (1), des détails dans lesquels vous êtes entrée vis-à-vis de moi au sujet de vos élèves et des progrès qu'elles font dans le dessein. Tout ce que vous m'en dites est consolant. Je ne refuse pas d'entrer en correspondance avec celles dont vous parlez, si la chose peut être de quelque utilité ; dans ce cas, vous pourriez indiquer l'adresse dont vous vous servirez. Dans tout ce que vous me dites de vous-même, je ne vois rien qui doive vous alarmer. Votre état demande de la patience ; c'est une épreuve par laquelle le Seigneur vous fait passer ; supportez-la, embrassez-la avec amour, comme une croix que Dieu vous envoie dans sa miséricorde et qui peut vous être très utile si vous entrez
(1) Par prudençc, le P. de Clorivière donne ce nom à M. Lange.
dans les desseins de Dieu. Souvenez-vous pour cela de ces deux mots : acquiescement et dégagement, que le Père Huby prescrit comme devant servir à régler la volonté. Acquiescement sans réserve à tout ce que permet ou ordonne la volonté divine ; dégagement le plus entier de soi-même et de toute affection basse et naturelle. Acquiescement à tout ce qui contredit votre propre volonté, humilie votre esprit, mortifie les désirs de la nature. Dégagement de tout retour de complaisance ou de sentiment trop tendre sur vous-même. Que tout vous soit indifférent, sinon la volonté de Dieu. Ne voyez rien de grand, de saint, d'aimable que cette volonté. Soyez également contente d'agir ou de ne pas agir, de faire beaucoup ou de faire peu, de vous réjouir ou de souffrir, lorsque c'est la volonté de Dieu qui vous y porte. Cela ne vous ôterapas entièrement le sentiment des souffrances que Dieu même vous envoie pour le plus grand bien de votre âme, mais elles ne vous donneront aucune inquiétude, elles deviendront par là bien méritoires.
Je sais que M. S. est tout-à-fait dans la détermination de se décharger d'une partie de son fardeau et qu'il a pris là-dessus des mesures ; s'il ne vous donne pas tout le temps que vous pourriez désirer, regardez cela comme une disposition de la volonté divine qui est dirigée au plus grand bien de votre âme. Je suis charmée des dispositions où vous êtes de vous conformer à ce que j'ai cru devoir vous prescrire selon Dieu. Mais ne croyez pas que j'aie prétendu rien exiger de vous de trop sévère. Ce que j'ai dit regarde les soins habituels qui regardent votre personne et l'intérieur de votre chambre. Pour ce qui regarde les choses extérieures et surtout celles de quelque importance, vous pouvez sans doute vous adresser à des personnes intelligentes. Je n'ai point parlé non plus de cas extraordinaires, comme ceux de la maladie.
Il ne m'est point venu à l'esprit le plus léger soupçon de mal. Tout ce que j'ai dit avait rapport à l'édification que nous devons donner en tout temps. Je n'ignorais pas non plus votre état d'infirmité et les égards qu'il demande.
Pour le voyage auquel on vous invite, si, en consultant le Seigneur, vous croyez qu'il puisse être pour la gloire de Dieu et de quelque utilité pour vous et pour les autres, je ne m'y Opposerais pas et je n'aurais pas de peine à m'en rapporter à votre sentiment, parce que je suis bien persuadé que vous ne feriez pas inutilement une démarche de cette nature. Je crois même que si vous vous y déterminez, Dieu la fera servir à sa gloire. J'exige donc uniquement de vous que vous examiniez bien la chose en la présence du Seigneur.
Adélaïde vous présente bien ses respects. Nous nous recommandons tous instamment à vos SS. SS.
Joséphine Marie.
Ce saint jour de Pâques, 1805.