L. J. Ch
J'ai reçu dans son temps, mon cher et respectable Con., votre lettre du 2 avril, et je n'ai différé à y répondre qu'en attendant l'occasion qui se présente aujourd'hui. Elle contient quelques articles qui demandent de ma part une réponse, et je me propose de vous la donner après avoir humblement conjuré le Seigneur de m'accorder pour cet effet les lumières dont j'ai besoin.
Vous vous en rapportez à notre détermination pour l'émission des V., mais vous êtes retenu par des craintes fondées, dites-vous, sur l'expérience du passé. Je ne sais si cètte expérience du passé dont vous me parlez à rien de bien solide, et mon doute est appuyé sur ce que vous-même m'en avez dit, et sur le jugement que j'en ai porté ; mais quand cette expérience serait aussi réelle que vous le pensez, je ne crois pas qu'elle doive vous arrêter, et d'ailleurs votre conduite, depuis le temps que vous êtes dans le temps des épreuves, a de quoi vous rassurer là-dessus. Ce temps est assez considérable. Il suffit donc pour que vous puissiez raisonnablement vous répondre de votre constance. Tous les saints Fondateurs d'Ordres ont porté ce jugement, et l'Église elle-même l'a confirmé. Elle n'exige même d'ordinaire qu'une année de probation, après laquelle elle admet aux V., et même aux V. perpétuels. Parmi nous la probation est de deux ans, et après ces deux ans on ne fait encore des V., que pour un an. Ce que nous avons donc à considérer, vous et moi, c'est si les deux ans seront accomplis, et si, pendant ce temps, vous avez été dans les dispositions religieuses que demandait votre état, et si ces dispositions sont maintenant telles qu'elles doivent être. Je suis bien trompé, ou vous étiez dans d'excellentes dispositions lorsque, par votre Consécration, vous êtes entré dans la S. ; vous étiez disposé à remplir les saintes résolutions qu'elle renferme, et à tendre, en marchant le plus près qu'il vous serait possible sur les traces de notre divin Maître, à la perfection sacerdotale et religieuse par la pratique des Conseils évangéliques, par la voie indiquée dans le « Spécimen » que vous aviez entre les mains. Je crois que vous êtes toujours demeuré dans la même disposition, et que vous ne l'avez jamais rétractée, au moins habituellement ; qu'au contraire elle s'est fortifiée, perfectionnée en vous, à mesure que vous avez eu une connaissance plus parfaite des devoirs qu'elle impose. Je puis en juger par votre correspondance et par le compte que vous m'avez rendu, de temps en temps, de l'état de votre âme et des résolutions que vous preniez alors de vous avancer dans la voie de la perfection. Il n'est pas étonnant que vous trouviez maintenant que ce que vous avez fait depuis votre admission est bien imparfait et répond faiblement aux idées que vous avez actuellement de vos obligations. Cela doit
être ainsi, c'est une suite de l'élévation de vos vues, et cela même est une marque du progrès que vous avez fait dans la vie spirituelle. Maintenant même que vos dispositions et que vos lumières doivent être plus parfaites qu'elles ne l'ont été jusqu'ici, il n'est pas encore nécessaire qu'elles le soient au point de remplir toute l'idée que nos Règles doivent vous donner de la perfection que nous devons nous proposer ; il est même bon que vous sentiez combien vous en êtes éloigné, et il suffit que vous désiriez y atteindre, que vous soyez dans la sincère résolution de ne rien omettre pour cela, de combattre tous les obstacles qui pourraient vous en empêcher. Comptez en tout sur le secours de la grâce divine, ayez une ferme confiance que le Seigneur, qui connaît bien mieux que vous toute votre faiblesse, vous aidera puissamment pour remplir des engagements que vous n'avez contractés que pour Lui plaire et pour répondre à ses saintes inspirations. Avec de pareilles dispositions vous avez tout ce qui est nécessaire pour émettre les V. de religion. Je ne veux pas sans doute que vous bannissiez de votre cœur toute crainte fondée sur la connaissance de votre faiblesse ; cette crainte est juste et très utile, mais je ne crois pas qu'elle doive vous arrêter. C'est pourquoi, lorsque vos deux années de probation seront remplies, plein de confiance dans le Seigneur, si, en sa présence, votre conscience vous rend témoignage que votre cœur est dans les dispositions que je viens de marquer, ne craignez point de faire, pour un an, les trois Vœux de Relig., de P., de Ch. et d'O. comme il est dit. (P. i. N° 5. Spec.)
Il y a déjà longtemps que je vous ai envoyé un Examen préparatoire pour disposer à l'émission des Vœux. Il roule sur les principales obligations qu'on doit être dans la résolution de remplir. Il me semble même que vous avez répondu dans une de vos précédentes lettres d'une manière satisfaisante. Vous pouvez encore consulter cet Examen et voir devant Dieu ce que vous pourriez répondre à chaque question. Ou, ce qui sera mieux encore, rappeler à votre esprit les Règles du Sommaire, l'explication qui en est faite, le Spécimen, et tout ce que vous avez lu, tout ce que vous concevez de l'esprit qui doit nous animer ; sondez votre cœur pour connaître si vous voulez véritablement travailler à acquérir et à perfectionner en vous cet esprit, selon la mesure de la grâce qui vous sera donnée par les mérites de J. Ch. Je le répète, si, par la grâce de Dieu, vous reconnaissez au fond de votre cœur cette bonne volonté, quoique peut-être ce ne soit pas d'une manière bien sensible, n'hésitez pas à faire ce que je vous ai dit ; je vous le permets, et même je vous y exhorte. Cela ne pourra que vous inspirer un nouveau courage et attirer sur vous bien des grâces plus fortes et plus abondantes. Vous n'avez rien à craindre si vous mettez toute votre confiance dans le Seigneur.
Vous désirez, dites-vous, avant d'être admis à l'émission des Vœux, avoir la permission de vos Supérieurs du Diocèse. Vous l'avez
déjà; cette permission est nécessairement comprise dans celle de vous associer à la Société. Il est vrai que dans cette Société on demeure toujours soumis aux Supérieurs ecclésiastiques ; mais c'est seulement pour ce qui regarde les fonctions ecclé. et le service spirituel du Diocèse, en quoi le Sup. relig. ne peut rien enjoindre que de concert et sous le bon plaisir des Sup. eccl., mais non pas quant aux actes purement religieux, tels que l'émission des Vœux. Vous êtes jusqu'à présent le premier et le seul à qui la pensée en soit venue. C'est pourquoi, sans blâmer votre pensée qui est bonne, je ne crois pas que la chose soit convenable et dans l'ordre ; je ne veux cependant pas vous en empêcher, pourvu que vous ne la fassiez que pour vous assurer de la bonté de vos dispositions, comme on consulte un directeur de conscience.
Vous ne marquez, au matin, qu'une demi-heure d'oraison mentale. Cela ne suffit pas. Il faut une heure entière de suite, si quelque raison particulière n'en dispense dans quelque occasion. Il est vrai, les choses de Règle n'obligent point par elles-mêmes sous peine de péché. Mais je suis bien assuré que vous n'en serez pas moins fidèle en ce point, il est trop important. Vous ne tarderez pas à en éprouver les fruits. Il est difficile que, sans s'en acquitter ponctuellement, on acquière jamais le don d'oraison.
Dieu bénira la résolution que vous prenez d'agir en tout avec notre consentement présumé. Par là toutes vos actions auront le mérite de l'obéissance religieuse, et vous pouvez espérer que l'Esprit du Seigneur vous dirigera lui-même pour faire ce qui sera le plus conforme à son bon plaisir. Je vous donne d'avance toutes les permissions dont vous pourrez avoir besoin, dans les cas où il ne vous serait pas possible de vous adresser à nous à cause de l'éloignement.
Ne vous inquiétez pas de votre faiblesse, ne vous troublez pas de vos fautes passagères, et ne vous étonnez pas de ce que la chair ne peut pas suivre l'esprit dans son vol. Si l'esprit, si la volonté demeurent immuablement fixés dans la résolution d'être entièrement à Dieu, et c'est à quoi vous devez donner tous vos soins, rien ne vous nuira, vos fautes ne seront que passagères et superficielles, et vous trouverez à la longue qu'elles seront entrées dans les desseins de Dieu par rapport à l'économie de votre salut. C'est le moyen de conserver toujours en vous la vraie ferveur.
Profitez bien du saint loisir que vous avez, il doit servir à vous remplir des SS. Écritures, à vivre dans l'éloignement et la privation des créatures, et surtout à vous unir à Dieu en devenant homme intérieur et d'oraison. Donnez à ce saint exercice le plus de temps que vous pourrez. A mesure que vous y ferez des progrès vous perdrez insensiblement l'éloignement qu'on m'a dit que vous aviez pour les voies extraordinaires. Vous ne méritez peut-être pas d'en être repris ;
mais vous avez sans doute besoin d'être redressé et éclairé. Il ne faut ni désirer ni craindre ces sortes de voies. Il ne faut ni les admettre ni les rejeter aisément : il faut les examiner. C'est la Règle que donne l'Esprit-Saint et que l'Église a toujours suivie. « Probatf Spiritus, si ex Deo sint ». Prétendons-nous assujettir l'Esprit de Dieu à suivre une route commune ? N'est-il pas infiniment libre dans ses opérations ? Parmi les saints dont nous connaissons la vie il en est bien peu qui n'aient eu une connaissance expérimentale de ces voies extraordinaires. Il faut en avoir quelque connaissance, .au moins en spéculation, pour bien connaître les âmes. Faute de cette connaissance on pourrait leur nuire beaucoup. Pour avoir cette connaissance dans un degré suffisant il suffit d'avoir lu les œuvres du P. Surin, de St Jean de la Croix, deux auteurs également opposés à toutes les illusions des faux mystiques.
L'embarras où vous êtes par rapport à la petite somme que vous avez entre les mains n'est pas sans fondement, et je sens que, pour vous en tirer et vous décider sûrement sur ce qu'il y a de mieux à faire, il est besoin d'une lumière particulière, mais j'espère que le Seigneur daignera l'accorder à vos désirs et aux miens. Je ne balancerais point à décider la plupart des personnes, même de notre Société, à garder une pareille somme, tant à cause de sa modicité, que parce que, faute de la conserver, ils s'exposeraient à bien des inconvénients, soit en contractant des dettes, soit en se jetant en bien des embarras et en se rendant à charge aux autres ; ce qu'il est de la prudence d'éviter par les moyens que la divine Providence nous donne, sans s'attendre à d'autres moyens qu'elle ne nous a pas promis et qui ne sont pas dans l'ordre commun, ce qui serait la tenter. Il n'y aurait en cela rien de contraire à la perfection de la pauvreté, pourvu qu'on fût dans cet entier dégagement qu'elle exige, qu'on ne regardât point comme à soi « in fore interus », ce qu'on garde, et qu'on ne le fît qu'en vue de J. Ch.
Mais votre cas me paraît un peu différent. Suivant l'idée que je m'en suis formée d'après vos lettres, Dieu vous a fait la grâce d'aller à Lui par un grand abandon ; en marchant par cette voie jamais le nécessaire ne vous a manqué ; vous avez éprouvé que la divine Providence veillait spécialement sur vous ; ce ne sera donc point la tenter que d'attendre d'elle les mêmes secours que vous en avez toujours reçus ; il serait au contraire à craindre pour vous qu'un peu trop de prévoyance humaine et d'appui dans la créature, quoiqu'en chose permise, surtout si vous n'êtes pas sujet actuellement aux divers inconvénients dont j'ai parlé, il serait, dis-je, à craindre qu'un appui bien chétif ne vous retirât^de la'voie par laquelle Dieu, jusqu'à présent, vous a fait marcher, et ne vous privât du secours spécial de la Providence, et même de cette parfaite liberté d'esprit et de cœur dont vous jouissez. C'est pourquoi je vous conseille, sans vous en
faire une obligation expresse, de ne conserver la somme en question que jusqu'à ce qu'il se présente quelque juste occasion d'en faire usage, soit pour pourvoir à vos propres besoins, soit pour subvenir 3 à ceux du prochain, à moins que quelque obligation de justice, que vous pourrez prévoir comme prochaine, ne vous forçât à agir autrement. Je vous donne d'autant plus volontiers ce conseil qu'il me semble peu convenable que le temps où vous embrassez la pauvreté religieuse soit l'époque où vous commenceriez à la pratiquer, au moins extérieurement, d'une manière moins généreuse et moins parfaite. Cette solution suppose que je ne me trompe pas sur l'idée que je me suis formée de votre état, et que cet état est toujours le même.
Vos deux Conf. m'ont fait l'honneur de m'écrire des lettres qui témoignent le désir qu'ils auraient de se joindre à nous, si de certains empêchements n'y mettaient obstacle. J'ai répondu longuement au premier M.L. pour l'encourager et dissiper les obstacles : il se décidera sur ce que lui diront ses Supérieurs. Une simple permission lui suffira. Je vais écrire au second, M.P. par la même occasion. Je suis charmé que vous ayez été content du Mémoire. Vous pourrez en procurer la lecture, ainsi que de l'expl. du Somm. aux Sup., mais sans vous en dessaisir ; vous sentez avec quelle circonspection il faut garder ces sortes de choses. Vous avez dû recevoir une lettre commune sur ces mots : « Hoc sentite in vobis quod et in Chris to Jesu »... On vous en portera une autre sur ces mots : « Cor unum et anima una ». Et dans celle-ci j'en promets une troisième sur cet autre texte : « Erant illis omnia communia », si le Seigneur m'en accorde la grâce et le temps. Priez pour moi et croyez-moi tout à vous dans les CC.SS. de J. et de M.
il janvier 1800.
Pour le Cit. Ignace.
Je vous ai déjà répondu, mon ch. et respectable Confrère. N'ayant reçu votre lettre qu'à l'instant du départ d'Adélaïde, je n'ai pu vous en dire davantage. Je veux un peu m'en dédommager aujourd'hui. Je vous dirai donc que votre lettre m'a causé la plus douce satisfaction. Vos dispositions sont telles que je puis les souhaiter. Ne craignez pas de vous attacher plus fortement au Seigneur ; ces nouveaux liens vous^rendront plus libre, le nouveau fardeau allégera le poids que vous portez déjà, par la force nouvelle et les grâces plus abondantes que vous recevrez d'En-Haut. Je serai d'esprit et de cœur présent à votre sacrifice le jour de la Purification.
Les idées que vous vous formez de la pratique du V. de Pau et de l'Ob. dans la Soc. sont très justes. Que Jésus soit le divin Modèle
qui vous en apprenne de plus en plus chaque jour la perfection. Ne vous affligez point trop des combats que vous avez à livrer pour la pratique du troisième Vœu, c'est une rude épreuve à laquelle est réservée dans le ciel une grande couronne. Elle oblige à une grande vigilance, et par là procure à l'âme, pour son avancement dans la vertu, des avantages inestimables.
Vous avez agi d'une manière bien conforme à l'esprit de Dieu, mais bien contraire à l'esprit du monde, en employant en bonnes œuvres une bonne partie de cette somme, assez modique, que vous aviez en réserve. Je ne puis que vous exhorter à cet abandon parfait auquel le Seigneur vous attire et dont vous avez constamment éprouvé les heureux effets... Je vous envoie une troisième lettre que je crois bien importante. Si on la met fidèlement à exécution, la pratique de la Pauvreté vaudrait mieux, pour la consistance de la Société, que les fondations les plus riches. Nous serions plus pauvres qu'aucune Soc. Rel. et, de notre Pauvreté, nous aurions de quoi soulager les besoins d'un grand nombre.
On vous aura déjà dit, sans doute, que j'ai écrit au Chef des Ouvriers dans votre département. Il ne peut qu'en résulter du bien, je crois. MM. L. et P. sont pour nous dans les mêmes dispositions ; ils ne sont retenus que par l'indécision de M. B. J'ai cru avoir proposé dans une lettre à celui-ci des raisons capables de dissiper ses craintes. Cuncta fausta tibi precor, ineunte hoc saeculo Vale et ora pro me. Hic te salutant omîtes Amicae praescrtim charissima filia vestra in Xto. Totus in Xto hais.
Mars 1800.
Au Citoyen Étienne Ignace.
Loué soit N. S. J. Ch.
J'ai appris avec la joie la plus vive, mon très cher et très respect. Conf., la nouvelle de votre bonheur. Vous voilà maintenant uni à Notre-Seigneur d'une manière plus étroite. Je m'en réjoui, avec vous, et je ne doute point que cette union ne soit pour vous et pour nous la source de bien des grâces. La manière prudente dont vous avez agi, la pureté de vos vues, doit vous persuader que vous n'avez fait qu'accomplir la volonté de Dieu par rapport à vous, et qu'il vous accordera les secours les plus abondants pour que vous puissiez répondre pleinement et parfaitement à la sainteté de votre vocation. Ne soyez plus un homme de la terre, mais un citoyen du Ciel. Aspirez à ce que les vertus ont de plus parfait, à l'humilité la plus profonde, à une humilité qui vous porte à vous mettre toujours à la dernière place par le sentiment intime de votre bassesse, à vous détacher
de plus en plus de toutes les choses d'ici-bas ; aspirez à convertir cette affection naturelle qu'on a pour ses proches en une affection toute spirituelle ; à ne chercher en tout que Dieu, de manière que son bon plaisir soir le grand motif qui vous fasse d'ordinaire agir. Proposez-vous d'approcher le plus près qu'il vous sera possible de la pureté des anges, et que le premier de vos soins soit de pratiquer en tout la plus grande abnégation et une mortification continuelle, ainsi que le prescrivent nos Règles.
Voici le portrait d'un Ouvrier cvangélique, tel que le demande l'esprit de notre Société. On le trouvait imprimé à la fin du Sommaire, et je ne sais si je ne vous l'ai point envoyé déjà. Dans le doute je vais vous le transcrire.
Homines mundo crucifixos et quibus mundus ipse sit crucifixiis vitae nostrae ratio nos esse postulat ; homines, inquam, novos, qui suis se affectibus exuerint ut Christum induerunt, sibi mortuos ut justitiae viverunt ; qui, ut Paulus ait, in laboribus, in vigiliis, in jejuniis, in castitate, in scientia, in longanimitate, in suavitate, in Spiritu Sancto, in Caritate non ficta, in verbo veritatis, se Dei ministres exhibeant ; et per arma justitiae, a dextris et a sinistris, per gloriam et ignobilitatem, per infamiam et bonam f amant, per prospéra denique et adversa, magnis itineribus ad coelestem patriam et ipsi contendant et alios etiam quacumque possunt ope studioque compellant, maximam Dei gloriamsemper intuentes. Haec est summa, hic Scopus nostrarum Constitutionum (i).
Ce n'est pas en nous-mêmes que nous trouverons les forces qui nous sont nécessaires pour exprimer en nous ces traits ; il faut les puiser dans le Cœur de Jésus ; ce divin Cœnr nous est ouvert. Il l'est pour vous en particulier, et vous devez en avoir la plus douce assurance dans les preuves que vous avez de votre vocation. Vous y trouverez abondamment tout ce dont vous avez besoin pour arriver à la perfection à laquelle II a daigné vous appeler dans sa grande miséricorde. Nous nous unirons sans cesse à vous pour vous en obtenir la grâce.
De toutes parts, je reçois des nouvelles consolantes qui m'apprennent que les deux familles s'avancent avec ferveur dans les voies de la plus solide piété ; et ces bénédictions du Seigneur me convainquent de plus en plus que c'est à son œuvre que nous travaillons.
Les motifs que vous avez eus pour fixer le séjour d'Adélaïde à Besançon m'ont paru bien sages et bien solides. Il y a bien longtemps qu'elle ne nous a donné de ses nouvelles. Je n'en ai point eu de M.B. Ce que vous m'en dites est satisfaisant. Mlle de Cicé et ses compagnes ont été bien sensibles à votre souvenir. Elles vous saluent très respectueusement et se recommandent à vos prières. Je suis dans les SS. CC. de J. et M. tout à vous. P. C.
(i) Texte français. Voir 2,É lettre à M. Pochard (sans date).
Il vous serait bien avantageux et sans doute bien agréable d'avoir quelques-uns qui se joignissent à vous dans le genre de vie que nous avons entrepris pour la gloire de Dieu et le service de son Église. Je le désire aussi bien sincèrement, et je m'en étais flatté. Les deux ecclésiastiques qui m'en ont écrit me paraissent toujours dans les mêmes sentiments, mais ils sont retenus par une autorité majeure, et maintenant il n'y a point d'apparence que notre espérance se réalise de sitôt. Adorons là-dessus la volonté du Seigneur et attendons ses moments avec patience. Ne perdez pas pour cela courage ; Dieu se plaît quelquefois à éprouver notre constance pour la récompenser encore davantage. C'est à Lui qu'il appartient de choisir des serviteurs selon son Cœur. Pour vous ne vous lassez point de prier, et soyez attentif à saisir toutes les occasions qu'il daignera vous présenter. Tempore accepito exandivi te ; et in die salutis adjuvo te.
Au Citoyen Etienne Ignace.
24 mai 1800.
Monsieur et très resp. Confrère, L. J. Xtus.
A mon retour d'une retraite que je viens de donner aux environs de la capitale, j'ai trouvé chez moi votre lettre du 11 courant. Je me réjouis de la liberté qui vous a été rendue et j'en bénis le Seigneur, sachant bien que vous n'en ferez usage que pour sa plus grande gloire et pour le bien des âmes.
Que rien ne ralentisse en vous le désir de la perfection à laquelle nous devons tendre désormais sans relâche et avec une nouvelle ferveur. Pour être plus en état de le faire, disposons-nous, dans ce saint temps, par une mort entière à nous-mêmes, à recevoir avec plus d'abondance les dons de l'Esprit-Saint qui, n'étant qu'Amour, désire lui-même, d'une manière ineffable, se communiquer tout entier à nous. Il le fera très certainement dès l'instant qu'il ne trouvera plus en nous aucun obstacle à l'effusion de ses dons. Le soin des affaires temporelles n'en est point un quand il est dans l'ordre de la volonté divine et que nous le prenons dans cette vue. Il peut bien influer, même alors, sur nos exercices spirituels, et nous empêcher de nous en acquitter à notre manière accoutumée ; mais quand on ne les interrompt que par nécessité et pour nous plier à des circonstances qui ne sont point en notre pouvoir, cette interruption passagère n'a rien qui déplaise à Dieu et qui soit nuisible à notre avancement spirituel. Si, malgré nous, notre esprit en est occupé dans la prière, ne nous en troublons pas : c'est un effet involontaire de notre faiblesse naturelle, et nous pouvons, en le rapportant à Dieu, en faire un sujet de prière.
Je vous remercie de l'idée exacte que vous me donnez de la position de la S. Lefèvre. J'y réponds dans une lettre à Adélaïde, et je l'ai priée de vous en faire part. Je suis dans les SS. CC. de J. et de M., C. U. et A. U.
Joseph Mercier.
3 août 1800.
Je ne puis que me réjouir, mon cher et resp. Conf., de la plus grande liberté que le Seigneur vous a fait recouvrer ; et quoique vous craigniez qu'elle ait été pour vous l'occasion de quelque dissipation, je ne crois pas que vous ayez à vous reprocher de n'en pas faire un bon usage, et qu'il soit nécessaire de vous rappeler ce que l'Apôtre disait aux Galates : « In Hbertatem vocati estis, fratres, tantum ne libertatem, in occasionem detis carnis ». Nous avons plutôt sujet de vous féliciter de ce que vous accomplissez, ce qu'ajoute le même Apôtre, « sed per caritatem Spiritus servite invicem »... Si, au milieu des fonctions du zèle et de la charité, vous vous trouvez un peu plus dissipé, cette dissipation qui vous déplaît et dont vous souhaitez vous corriger, ne peut pas vous être fort nuisible ni déplaire beaucoup au Seigneur. C'est une misère presque inséparable de la faiblesse humaine, que le Seigneur souffre en vous pour vous exercer et vous humilier ; et vous ne viendrez à la corriger qu'avec beaucoup d'efforts et de temps, surtout avec le secours d'une grâce puissante que Dieu vous donnera in tempore cpportuno. Le désir qu'il vous inspire est une preuve assurée qu'il veut vous accorder cette grâce, comme le reproche que vous vous faites est une marque que vous voulez travailler à l'obtenir.
L'exactitude que vous apportez à l'heure d'oraison est un excellent moyen pour cela. Mais il ne suffirait pas si vous ne vous proposiez pas de rendre votra oraison habituelle. Oportet semper orare, et non deficere. Il s'agit pour cela de porter partout l'esprit d'oraison, de tout rapporter à Dieu, de vous épancher tellement au dehors que vous ne sortiez jamais entièrement de Dieu qui réside dans le centre de votre âme, et qui se plairait à vous y faire sentir son opération si vous étiez plus attentif à sa sainte présence et plus fidèle à le consulter. Cette grâce vous est nécessaire ; sans elle vous ne serez jamais intérieur, et votre vie ne sera point une vie surnaturelle comme doit l'être la vie d'un chrétien, et surtout celle d'un prêtre et d'un religieux. Ne cessez donc point de la demander, et elle vous sera certainement accordée. Vous l'obtiendrez même bientôt si vous portez à l'oraison cette paix et cette sainte liberté des enfants de Dieu dont je vous ai plus d'une fois parlé.
Des lectures pieuses sont sans doute très utiles, elles servent à entretenir l'huile dans la lampe, mais il est bien des circonstances où l'on ne peut en faire usage, il ne faut pas alors s'en mettre en peine. Dieu y supplée et communique ses grâces par d'autres voies. Quelques lignes du Nouv. Testament ou du livre de l'Imitation suffisent. Regardez les combats que vous avez à livrer contre le vice dont vous ressentez l'aiguillon, et auquel Dieu vous fait la grâce de résister avec force mais non sans peine, regardez-les, dis-je, plutôt comme un exercice de patience qui vous est utile que comme une tentation qui soit dangereuse pour vous.
Le désir que vous auriez de vous réunir à plusieurs Confrères est bon en soi, ou du moins a l'apparence du bien ; mais si ce désir vous cause quelque inquiétude, s'il vous rend pénible votre situation présente et vous empêche de vous conformer pleinement et paisiblement aux ordres de la divine Providence, je craindrais un peu que ce désir ne fût un piège de l'esprit de malice. Vous n'ignorez pas que, pour nous ravir la paix et nous empêcher de profiter de la grâce présente, il offre souvent à notre esprit le fantôme d'un bien futur qui, peut-être, n'est pas ce que Dieu nous a destiné. Nous ne donnerons point dans cette illusion si nous sommes bien convaincus qu'il n'y a point de situation, dès lors qu'elle est du choix de la Providence par rapport à nous, où une âme fidèle ne puisse faire ce qu'il y a de plus agréable à Dieu et de plus avantageux pour elle-même. Des désirs qui s'écarteraient de cette règle ne pourraient que nous être très préjudiciables.
Je m'en tiens à ce que j'ai dit sur la communication à faire des Plans à M. Bacoffe. Les raisons que j'ai apportées tombent surtout sur le Plan de la S. du C. de Jésus ; s'il vous semble à propos qu'on lui communique le Plan de la S. des Filles du C. de Marie, je ne m'y opposerai pas. On a raison de s'arrêter à cette communication puisqu'il ne se propose qu'un établissement pour les personnes du sexe. Si cependant il se montrait favorable à quelque chose de semblable pour les hommes, alors on pourrait lui faire part de l'autre Plan, parce que mes craintes n'auraient plus le même fondement, mais en même temps il faudrait avoir bien soin de lui faire voir que la Société qu'on se propose est moins la même Société qu'un rejeton de la Compagnie de Jésus, rejeton qui ne pourrait être que très utile à cette Compagnie et en répandre au loin les avantages si cette Compagnie vient à être rétablie dans l'Église, comme on l'espère, et que même elle commence à l'être. C'est ce que je vais marquer à Adélaïde, en répondant à ce qu'elle me dit à ce sujet.
Vous avez raison de penser que, d'après les nouveaux règlements de votre Diocèse, il faut attendre de plus beaux moments pour y propager la Société du Cœur de Jésus. Attendons-les avec patience.
La Providence nous ouvre un moyen pour avoir accès auprès du S.-Père. Priez Dieu pour cette affaire. Tout dépend de son succès. Je vous en parlerai plus amplement quand il en sera temps. J'approuve le voyage dont vous parlez, et suis dans les SS. CC. de J. et de M. tout à vous. P- C.
Pour Etienne.
Brie-Comte-Robert, 16 août 1801.
Que j'aurais de choses à vous dire, m.c. et respectable Conf. depuis le long temps que j'ai été sans vous donner de mes nouvelles ; si je ne l'ai pas fait, ce n'est pas faute de penser à vous. Vous m'êtes toujours présent dans le Seigneur. Après bien des délais, j'ai reçu la lettre dont vous me parlez, mais dans un temps et des lieux où je ne pouvais vous répondre. Nous sommes encore sous le pressoir en toutes manières (i). Depuis l'assurance que nous avons eue que le S.-Père approuvait notre manière de vie et permettait à tout le monde de l'embrasser, il est incroyable combien l'Enfer a pris de moyens pour nous détruire. J'espère que Dieu nous fera triompher de sa malice ; mais redoublons notre vigilance et nos prières. Soyons des hommes d'oraison, morts à nous-mêmes et ne vivant plus que pour Dieu. Les croix nous présagent de grands biens et d'heureux succès. Travaillons de notre côté à nous disposer de notre mieux à tout ce que Dieu voudra faire de nous. L'approbation du Saint-Père n'est encore que verbale, (2) mais il s'est engagé à nous la donner solennelle dans des temps plus calmes. Quant à présent, il a restreint nos vœux à des vœux simples et annuels, sous l'autorité de l'Ordinaire. Nous étions déjà sous l'autorité de l'Ordinaire, la nature de notre Société le demande, mais il nous y a confirmés de plus en plus. Sa Sainteté est très favorablement inclinée pour nos Sociétés ; il s'en faut bien qu'elle le soit autant pour celle de Paccanari de la Foi de Jésus,, dont M. Robert est supérieur en France. C'est un homme que j'aime et que j'estime beaucoup, mais il n'aurait pas pu vous instruire, ne sachant pas le fond des choses... Ce que vous me dites de vous-même est bon et je n'y vois rien à changer. Que le soin du prochain, loin de diminuer celui de votre perfection religieuse et sacerdotale, soit un aiguillon pour vous y faire avancer. Je n'ai point reçu la lettre de Madame de Buyer. J'en suis bien mortifié, mais je la félicite sur ses bonnes dispositions. C'est à vous à juger si elles sont suffisantes ; si vous les jugez telles, vous pouvez l'admettre à la Consécration.
(1) Du mois de janvier au mois d'avril 1801, Mlle de Cicé avait été incercérée et poursuivie pour avoir procuré un asile à Carbon, convaincu de culpabilité dans l'affaire de la Machine Infernale (3 Nivose an VIII). Et depuis l'acquittement de celle-ci, le P. de Clorivière aussi bien qu'elle se trouvait en butte à la surveillance de la police.
(2) Approbation du 19 janvier 1801.
5 avril 1802.
Laud. r Jes. Xtus.
Il y a bien longtemps, mon cher et respectable Confrère, que vous n'avez reçu de mes nouvelles, et votre lettre du mois de janvier est encore sans réponse. Ce n'est pas que je ne vous aie écrit une très longue lettre que j'ai remise à Adélaïde, mais le délai de son départ vous a empêché de la recevoir, car je n'ai pas jugé prudent qu'on vous l'envoyât par la poste, et à raison de ce qu'elle contient, et parce que j'étais bien aise qu'on en fît part à MM. vos Grands Vicaires. Ma position est toujours critique, mais pour ce qui est de l'œuvre de Dieu, nous avons des espérances, et elle s'avance, quoique lentement. Le Légat et quelques Prélats promettent qu'ils s'en occuperont « ex Officio » après le Concordat. J'ai fait un Mémorandum pour le Cardinal, que Melle d'Est, pourra vous communiquer, et un petit Mémoire pour les Évêques que j'ai adressé à mon ancien Évêque de St-Malo. On me mande aussi de Rome que le S. -Père est toujours dans les meilleures intentions à notre égard. Nos deux petits livrets reliés ont été mis sous ses yeux. J'envoie aussi à Rome la Lettre Circulaire du Ier mai de l'année dernière, que j'aurais bien désiré vous faire passer plus tôt et que vous porte Melle d'Esternoz. Le St-Père verra que nous avons exactement rempli toutes ses intentions. Il y a une autre Circulaire que j'ai composée tout récemment sur notre vocation et le soin qu'on, doit avoir de la conserver. Adélaïde n'a pas eu le temps d'en tirer des copies. Elle vous expliquera mieux, de vive voix, notre position présente et tout ce qui nous regarde, que je ne pourrais le faire par lettre.
Ce serait une grande joie pour moi si vous n'étiez pas isolé comme vous l'êtes. J'espère que vous ne le serez pas toujours, et que même la Société du Cœur de Jésus et celle du Cœur de Marie seront un jour bien florissantes dans le Diocèse de Besançon ; mais Dieu veut exercer notre patience : plus les œuvres doivent être grandes et plus, d'ordinaire, les progrès en sont lents. Nous avons ici pour Confrère un bien estimable ecclésiastique de votre Diocèse, M. Perrin, d'Arbois, qui a été missionnaire dans les Indes. C'est un homme d'un mérite peu commun, qui prêche ce Carême avec beaucoup de succès... Je vous recommande bien toutes nos filles. Encouragez-les, soutenez-les ; dites-leur que jamais on n'est trompé quand on met toute sa confiance en Dieu, mais que quelquefois Il nous éprouve par de longs délais. Elles ne peuvent jamais que gagner beaucoup à se donner entièrement à Dieu... Le propre de ces Sociétés est que chacun y remplit ses devoirs religieux en remplissant les devoirs propres de son état... Pour nous, mon cher et respectable Conf., remplissons tellement les fonctions de notre ministère, que nous tendions en même temps à la perfection évangé-
lique et religieuse par une mort entière à nous-mêmes, la pratique de la Pauvreté, la fuite des plaisirs, l'abnégation, l'humilité la plus parfaite, l'assiduité à l'oraison, à la présence de Dieu et tous les exercices de la vie intérieure, et surtout la charité la plus entière et la plus universelle. Je prie N. S. de nous faire la grâce d'avancer dans toutes ces vertus, et je suis en Lui, mon cher Conf, tout à vous.
A Monsieur, Monsieur Et. Pochard, Prêtre.
25 février 1803.
Mon très cher et très digne Confrère,
J'étais sur le point de partir avec notre cher Confrère M. Perrin, pour Arles, lorsque j'ai reçu votre lettre du commencement de janvier. Je lui ai fait part des bonnes nouvelles que vous nous appreniez, et il s'en est réjoui d'autant plus qu'elles le touchent de plus près, qu'il connaît le premier de ces Messieurs et qu'il en fait le plus grand cas. J'ai remis à mon retour de vous écrire, pour le faire plus à loisir, comme je me propose de le faire en ce moment. Mais avant d'entrer en matière, je vous engage à bénir avec nous le Seigneur des grâces abondantes qu'il a versées sur nos travaux. Le froid était excessif et le vent si violent que nous avons plusieurs fois couru risque de la vie en allant à notre destination. Je suis maintenant à Aix, chez Madame Veuve Durand, Marchande, rue des Marchands, N° 3. Départ, des Bouches-du-Rhône. M. Perrin est allé prêcher le Carême à Marseille.
Cette indifférence où vous avez eu soin de vous conserver, avec la grâce du Seigneur, par rapport aux lieux et aux différents emplois du S. Ministère auxquels vous pouvez être destiné, est une chose excellente et tout-à-fait propre à notre vocation. Il n'y a point de meilleur moyen pour se maintenir toujours dans la paix et pour marquer à Dieu sa confiance. Ne vous inquiétez pas de vous voir encore sujet à bien de petites misères, effet presque inséparable de la faiblesse humaine, mais j'insiste beaucoup sur ce que vous donniez habituellement tous les matins, autant qu'il vous sera possible, une heure entière à l'oraison, sans préjudice de la visite au S. Sacrement le soir. Je ne sais si on vous a fait passer le petit livre sur la Prière et l'Oraison que j'ai fait imprimer l'année dernière, lorsque j'étais encore à Paris. Melle d'Esternoz trouverait le moyen de vous le faire venir. Adonnez-vous au recueillement et à l'esprit intérieur. Cet esprit doit se répandre sur toutes nos actions. Vous avez bien fait de faire une revue générale qui pût vous tranquilliser sur le passé,
n'y revenez plus par scrupule. Que tout votre soin désormais soit de connaître et de suivre en tout, avec toute la perfection dont vous êtes capable avec -le secours de la grâce, la volonté de Dieu.
Un esprit droit, un cœur généreux, nous aident bien à connaître quelle est la volonté de Dieu par rapport à nous. Le Saint Évangile, l'obéissance, les devoirs de notre état, nos Règles, de bonnes résolutions que nous avons prises, nous le découvrent le plus souvent, et d'une manière sûre... Si quelquefois nous en doutons, il suffit alors de rentrer en nous-mêmes et de consulter l'Esprit-Saint ; faites ensuite ce qui se présente à votre esprit comme le meilleur ; il arrivera rarement que vous vous trompiez en agissant de la sorte avec simplicité, et quand vous vous tromperiez, cette erreur ne vous sera point imputée à péché ; elle ne servira qu'à former votre expérience pour l'avenir.
Quand la chose est indifférente et n'admet point de délai, il serait inutile de donner trop de temps à cette consulte intérieure ; un coup d'œil doit suffire pour se déterminer ; quand la chose est importante, qu'elle peut influer sur la suite des actions, et qu'elle n'exige pas une si prompte exécution, il faut, suivant la nature et l'importance de l'objet, y donner plus ou moins de temps. Dieu veut quelquefois qu'on Le sollicite vivement pendant un certain temps pour accorder les lumières qu'on Lui demande. Il faut ajouter à une prière, à une oraison fervente et continuelle, les œuvres de miséricorde et de pénitence. Mais quand cette précieuse lumière nous a été donnée, quoique ce ne soit pas d'ordinaire avec une entière certitude, nous devons la suivre promptement, il ne faut plus balancer, comme on le fait souvent, sous prétexte d'acquérir une entière certitude, exclusive de tout doute, que Dieu donne rarement. Il faut, comme l'Apôtre, surmonter sans délai tous les obstacles que la chair et le sang ont coutume d'opposer à nos généreuses résolutions. « Ccntinuo non aquievi carni et sanguini ». La lumière s'accroît quand on la suit ; elle s'éteint souvent quand on hésite et qu'on refuse d'agir. Soyez constamment dans cette ferme résolution de faire en tout et le plus parfaitement que vous le pourrez cette volonté de Dieu ; priez-le sans cesse pour qu'il vous affermisse dans cette résolution. Je ne vous promets pas que vous soyez toujours bien fidèle à l'exécuter et que vous ne tombiez encore dans bien des fautes ; mais je vous dis que ces fautes seront bien moins fréquentes, qu'elles seront légères et que vous ne tarderez pas à les réparer « Dens intuetur cor ».
Tout ce que vous me dites des nouveaux Confrères que vous avez acquis à notre Société me plaît beaucoup. Saluez-les tous bien intimement et bien cordialement de ma part, et dites-leur que je désire ardemment que nous ne soyons tous désormais « qu'un cœur et qu'une âme » dans le Cœur adorable de Jésus. Tout ce que vous
avez fait a été bien fait, et vous devez agir de même dans de semblables circonstances. Je n'ai pas pu vous répondre avant la Purification ; j'espère que cela n'aura point arrêté les Consécrations, j'en serais bien mortifié. Vous désirez savoir ce que vous avez à faire à l'égard de nos nouveaux confrères ; faites, mais plus parfaitement, ce que j'ai fait à votre égard. Ils sont déjà, grâce au Seigneur, bien formés ; inculquez-leur la nécessité de joindre les vertus religieuses aux vertus sacerdotales ; communiquez-leur nos lettres, notre exposition du Sommaire, et engagez-les à lire souvent le Sommaire lui-même et le Spécimen, comme aussi le Plan et la Règle de Conduite des Filles du Cœur de Marie lorsqu'ils trouveront des âmes qu'ils y croient propres et que Dieu y appellerait. Recommandez-leur bien l'exactitude à l'oraison, le recueillement, le renoncement à soi-même et l'amour de la sainte Pauvreté. S'ils ont la pratique de la Perfection, de Rodriguez, qu'au commencement surtout ils en fassent leur lecture la plus ordinaire. Qu'ils récitent souvent les prières de la Société. Lorsque vous vous rencontrerez plusieurs ensemble, il est bien important que vous fassiez des conférences sur des objets analogues à la Société ; ne mettons point de bornes au désir de notre perfection.
Partout où nous avons été, bon nombre d'esprits sont bien disposés pour l'une et l'autre Société, mais il y a eu peu de Consécrations parce que le Prélat a suspendu, jusqu'à un plus ample examen, les permissions quïl nous avait données. Le temps de l'examen nous paraît un peu long. — A Tours, Monsieur Guépin, notre confrère qui était à Rome, a attiré à la Société presque tous ceux du Conseil de l'Évêque. L'ancien administrateur du Diocèse a fait sa Consécration. A Rouen, notre Sup. M. Simon, fait de grands biens par ses prédications pleines de l'esprit de Dieu, mais je ne sais si cela réconciliera à nos Sociétés l'esprit de l'Archevêque. « Oremus pro invicem »... Sumus que in SS.CC. Jesu et Mariae, Cor unum et anima una.
P.J. Rivière.
A Monsieur, Monsieur Pochard, Prêtre.
15 mai 1803, Aix.
Mon cher et très respectable Confrère,
Vous pouvez juger aisément du plaisir que m'a fait votre dernière lettre, et l'accroissement de nos Sociétés par l'accession de membres aussi méritants que ceux dont vous me parlez. J'aurais voulu sur le champ vous en témoigner ma joie, mais je me voyais à la veille d'avoir,
avec M. l'Archevêque de cette ville, une conférence qui devait régler ma marche et pouvait avoir d'heureux résultats pour nos Sociétés. Je ne voulais point vous écrire sans vous en faire part, c'est ce qui m'a fait différer jusqu'à ce moment de le faire... En attendant j'ai écrit une lettre commune, ou plutôt une lettre circulaire, adressée à nos nouveaux Confrères de Besançon, comme vous l'avez désiré. Elle pourrait aussi servir à tous ceux de notre Société, et même aux membres de la Société du Cœur de Marie qui n'auraient encore fait que leur Consécration, à la réserve de ce qu'il y a de plus personnel pour ceux à qui elle est plus particulièrement adressée. Comme il y est question de la grâce de la vocation et de la pratique des Vœux dans nos Sociétés, après en avoir fait la lecture, vous pourrez juger s'il est convenable de la communiquer à quelques-uns de ceux qui songeraient à s'engager parmi nous. Mon embarras est comment je pourrai vous faire passer promptement cette lettre. Je m'étais proposé de la faire courte, mais la matière se développant à mesure que j'écrivais, elle est à peu près de la même étendue que la plupart de mes circulaires et contient vingt pages de ce même papier et de cette même écriture. Je vais joindre ici un mot pour Melle d'Esternoz, pour lui demander s'il n'y aurait pas de risque à la lui faire tenir par la poste.
Comme cette lettre pourrait tarder à vous arriver, je vous prie de vouloir bien témoigner à tous nos chers Confrères, MM. Barbelenet, Vielle, d'Aubonne, et Perrin, combien je me félicite de les voir unis étroitement avec nous dans le Cœur adorable de Jésus ; puisse chaque jour resserrer de plus en plus cette union ! puisse-t-elle servir à la gloire de Dieu, au bien de l'Église et à notre plus grande perfection ! Je les porte tous et chacun bien avant dans mon cœur, et ils peuvent s'assurer que Je me souviendrai d'eux bien particulièrement devant le Seigneur dans toutes mes prières. Je compte pareillement sur leurs bonnes prières. Ils voudront bien m'excuser si je n'écris pas en particulier à chacun d'eux. Je ne pourrais que répéter bien imparfaitement ce que je leur ai déjà dit à tous, dans l'effusion de mon cœur, dans ma lettre commune.
Le choix que vous avez déjà fait de M. Bacoffe pour Me des Novices me plaît infiniment. Comment ne me plairait-il pas ? C'est le Seigneur qui, dans sa miséricorde, nous a donné un ministre si zélé et si propre à former les autres à la pratique de toutes les vertus religieuses. Toute ma crainte aurait été que la multitude de ses occupations ne lui eût pas permis de se plier à cet emploi. Présentez mes respects et les assurances de ma haute estime et de ma sincère amitié à ce respectable Confrère. Je vous félicite d'avoir auprès de vous un si bon conseil. J'aime beaucoup et je loue ce que vous avez fait l'un et l'autre le jour de l'Annonciation. J'aurais voulu m'y trouver au milieu de vous. Je vous recommande, dans la lettre que
j'ai écrite, de fréquentes réunions, autant que la distance des lieux et les circonstances pourront le permettre. Une autre chose à laquelle il sera bon de penser, et dont vous ferez bien de vous entretenir avec M. Bacoffe et quelques autres Confrères, c'est de vous former, le plus tôt que vous le pourrez, une bourse commune. Cela me paraît nécessaire pour satisfaire aux frais communs et pour faire face à de bonnes œuvres, utiles au bien de l'Église et de la Société. Commencez par peu de choses, mais commencez, au nom du Seigneur. Il bénira ces faibles commencements, comme l'expérience de tous les bons serviteurs de Dieu l'a fait connaître dans tous les temps. Nous en parlerons ensemble quand nous nous verrons. Je comptais le faire bientôt, et j'avais même comme déterminé, avec notre Confrère M. Perrin, le jour de mon départ de ce pays-ci, dans l'Octave du S. Sacrement ; maintenant je suis encore indécis pour le temps, quoique toujours déterminé à vous aller voir dès que je le pourrai.
Je vais maintenant vous faire part de notre situation dans ce pays-ci. Vous êtes déjà instruit de ce que nous y avons fait. Munis des pouvoirs les plus étendus, nous avons, un confrère et moi, parcouru les principales villes de Provence, en donnant successivement des retraites aux religieuses et aux prêtres. Nous avons à remercier Dieu des bénédictions qu'il a versées sur nos travaux ; partout nous avons trouvé des personnes bien disposées pour nos Sociétés. J'avais eu la permission de M. l'Archevêque pour y admettre des sujets, mais cette permission n'était pas tout à fait bien prononcée, et je n'avais admis que deux sujets à la Consécration, un prêtre et une Fille de Marie. En janvier dernier, étant retourné de Toulon à Marseille, où était alors M. l'Archevêque, où nous avions déjà donné trois retraites de dix jours chacune, je comptais y former un établissement, et je me disposais à préparer prochainement un certain nombre de bonnes âmes à leur Consécration. Mais avant de les mettre pour cela en retraite, je crus devoir m'assurer des intentions de M. l'Archevêque, et à cette occasion et sous prétexte de quelques bruits, il a suspendu les permissions qu'il m'avait données de travailler à propager les Sociétés, jusqu'à ce qu'il ait^ examiné la chose plus à fond, en me promettant que s'il trouvait des bases solides, il l'appuierait de tout son pouvoir. Il ne doute pas qu'on ne se soit proposé pour but la gloire de Dieu, il paraît avoir quelque estime et quelque affection pour moi, mais il m'a fait voir qu'il craint que, s'il avoue tacitement la bonne œuvre et qu'elle parvienne aux oreilles du Gouvernement, cela ne lui attire quelque avis sévère, qu'il croit devoir éviter. Enfin j'ai eu une très longue conférence avec lui sur cet objet il y a huit à dix jours. Il m'a proposé bien des objections, en donnant cependant quelque éloge à la chose ellemême et à quelques-uns de mes écrits qu'il avait parcourus, entre autres à mon Mémoire aux Évêques. Je crois avoir répondu pleinement
à ses objections. Il m'a ensuite fait voir la lettre du Ministre, adressée depuis assez peu de temps aux Évêques, comme une pièce décisive contre nous. Il y est fait mention, il est vrai, d'une Société du Cœur de Jésus. Mais je lui ai représenté que ce n'était point la nôtre, mais plutôt quelque Société d'illuminés qui a paru sous ce nom, et je lui ai dit les raisons qui me le faisaient croire. Je l'ai prié de me mettre par écrit ses objections, en lui proposant d'y répondre. Mais comme j'ai craint sa peine et qu'il est très chargé d'affaires, deux jours après, je lui ai fait parvenir, et ses objections, autant que j'ai pu me les rappeler, et mes réponses à ses objections. Il y a réfléchi, et parlant de bonne amitié à sa sœur, et d'une manière avantageuse tant pour la Société que pour moi, il lui dit qu'il était disposé à écrire au Ministre Portalis en notre faveur, et de la manière que nous le jugerions à propos ; qu'il écrirait de même à MM. Bernier, Spina et Boisgelin. Je lui avait remis l'extrait d'une lettre de notre Supérieur à Orléans, par laquelle il me marquait que l'Évêque protégeait nos Sociétés. Il nous avait donné toutes les permissions que nous pouvions désirer. Je lui avais dit aussi qu'à Tours, dont M. de Boisgelin est Archevêque, plusieurs ecclésiastiques très marquants, entre autres l'Administrateur du Diocèse, avaient embrassé nos Sociétés, ou du moins leur étaient très favorables. En conséquence, je lui ai écrit, en marquant la plus grande confiance dans ses lumières et ses bonnes intentions, que je le conjurais de prendre en mains les intérêts de nos Sociétés et d'écrire en leur faveur, comme il le désirait, en ajoutant, pour lui obéir, de quelle manière les Sociétés me semblaient devoir être représentées aux différentes personnes auxquelles il se proposait d'écrire... Je ne voudrais décider si c'est tout de bon qu'on parle, ou si c'est pour nous amuser et gagner du temps. Mais je sais qu'il serait bien important que M. d'Aix se déclarât fortement pour nous. Il a beaucoup de crédit auprès du Ministre, et même auprès du S.-Père. C'est pourquoi je crois devoir suspendre la détermination que j'avais prise de quitter ce pays et de passer promptement chez vous. Tous ces temps-ci nous avons beaucoup prié pour cet objet intéressant. Priez aussi de votre côté et écrivez-moi au plus tôt ce que vous et M. Bacoffe me conseillez de faire.
Je suis bien charmé que la Providence vous ait placé auprès de Mme de Buyer assez près de Besançon, vous n'en serez que plus à portée de faire le bien ; et je ne doute point que le Seigneur ne veuille se servir de vous pour en faire beaucoup... Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de cette Dame, que je suppose être la sœur de Melle d'Esternoz et une de nos Filles du C. de M. Ce que je connais d'elle m'en donne une haute idée... Adieu, mon cher conf. M. Perrin vous offre ses compliments ainsi qu'à nos autres confrères. Il pourrait se faire qu'il vous vît avant moi, mais il ne croirait pas qu'il fût à propos d'en donner connaissance à sa famille. Je croirais
aussi que mon voyage et le but de mon voyage, quand il aura lieu, ne doivent être connus que de nos intimes amis. Je vais dire un mot sur cet objet à notre estimable Amie. Je lui adresse cette lettre non cachetée afin que, si vous n'êtes pas à Besançon, elle la communique à M. Bacoffe, étant bien persuadé que ce sont là vos intentions. Adieu, mon cher confrère, Oremus pro invicem, sit queomnium nostrum, in SS. Corde Jesu, cor unwn et anima una. Hiimillimus in Christo servus.
P.J. Rivière.
A Monsieur, Monsieur Pochard, Prêtre Curé de Ronchaux près Montfort, à Montfort, Dép. du Jura.
8 octobre 1804.
Monsieur et très respectable Confrère,
Il y a peu de jours que votre lettre du 16 mai m'a été remise. Je l'ai lue avec beaucoup de satisfaction ; je bénis le Seigneur de tout ce que vous m'y dites et je vous remercie des détails où vous êtes entré par rapport à nos amis. Je reconnais sensiblement que Dieu continue l'œuvre qu'il a daigné commencer, et, s'il nous met dans une sorte d'impuissance d'y travailler, c'est qu'il veut faire voir qu'il n'a pas besoin de nous et que rien ne peut mettre obstacle à l'accomplissement de ses desseins.
Vous savez quelle est ma position actuelle, et la personne qui vous remettra ma lettre vous en dira les détails. Je n'en dirai que peu de mots. Le 5 mai, jour de St Pie, j'ai été arrêté chez moi. On a saisi mes papiers, et notamment tout ce que j'ai écrit sur la Société. Dieu l'a ainsi permis quoique ce ne fût pas là l'objet de mon arrestation. On n'a rien trouvé relativement à cet objet, parce que, en effet, on n'avait contre moi que des soupçons sans fondement réel. J'ai été interrogé, j'ai répondu la pure vérité, sans compromettre qui que ce soit. Je ne crois pas non plus qu'il y ait dans mes papiers rien qui compromette personne. On a seulement beaucoup parlé, mais vaguement, contre la Société, contre mes écrits. Mais, grâces à Dieu, on n'a rien fait. Le Seigneur nous a suscité des défenseurs auxquels nous ne nous attendions pas ; il paraît aussi qu'on a eu égard à un Mémoire que j'ai présenté au Ministre des Cultes relativement à la Société. Du moins est-il certain qu'il n'en est fait aucune mention spéciale dans le Décret impérial qui a paru et qui était dirigé contre MM. de la Foi de Jésus... On pourra vous communiquer les remarques que j'ai faites là-dessus... Quelle que soit à l'extérieur notre existence, nous ne sommes encore, en effet, qu'un projet, qu'un plan, qu'un essai de Société, qui travaille de tous côtés à se former pour la gloire
de Dieu et le bien de l'Église. Cela nous met à l'abri de tout ce qui a été fait contre d'autres Sociétés déjà formées et dans lesquelles on faisait des Vœux perpétuels. Vivons d'espérance et faisons tout ce qui est en nous pour procurer la gloire de Dieu et avancer dans la perfection. Peut-être cet orage pourra-t-il servir au bien de l'œuvre que nous avons entreprise. C'est une impression assez générale parmi nous et nos amis, et je vois avec consolation que cela produit dans la Société un renouvellement de ferveur et que Dieu répand sur nous bien des bénédictions.
Je ne puis trop Le remercier de la joie et de l'espérance qu'il répand dans mon âme depuis que je suis en détention. Ces cinq mois m'ont paru courts et n'ont fait qu'accroître ma paix et ma confiance. Je n'ai pas été oisif et le Seigneur a daigné faire quelque bien par mon ministère. « Soli Deo honor et gîoria ».
Continuez, mon cher confrère, mais avec réserve et circonspection, les conférences. Mes humbles respects et compliments affectueux à tous nos chers conf. Vous me parlez d'un jeune religieux de S. François qui désirerait s'unir à nous. S'il n'était que novice dans l'Ordre et non encore lié par des Vœux, il n'y a point de difficulté ; mais s'il a des vœux, il appartient à un Ordre qui subsiste encore et ne pourrait pas en sortir sans une dispense et nous ne pourrions pas l'admettre sans une permission spéciale du S. -Siège. S'il ne s'agit que d'une union plus étroite et de travailler conjointement à la perfection, il ne faut pas pour cela de permission particulière. Nous avions à Rouen un Chartreux qui nous était uni de cette manière, qui nous consultait en tout comme s'il eût été un des nôtres, et qui nous a rendu bien des services.
Je vais écrire en peu de mots à nos MM. de Dôle, qui m'ont écrit en même temps que vous, ainsi qu'à Besançon. Je m'unis à tous leurs travaux. Je n'ai pas besoin de vous recommander les deux familles dont vous êtes vraiment le Père en J.Ch. Votre charité ne peut pas les oublier. Soutenez les faibles, animez les fervents, consolezvous avec les plus parfaits... Ne vous inquiétez pas et ne regrettez pas le temps que vous donnez, en vue de J.Ch., au prochain. Ce temps n'est pas perdu pour vous, et si vous vous oubliez alors vousmême, le Seigneur Lui-même y veille pour vous, et sa vigilance supplée abondamment à votre défaut. J'ai des nouvelles de Mme de Montjoie, elle est toujours fervente.
Adieu, mon cher et resp. confrère. Ne m'écrivez pas directement ; mais prions beaucoup l'un pour l'autre, et ne soyons ensemble qu'un cœur et qu'une âme dans les SS. CC. de Jésus et de Marie.
A Monsieur Monsieur Pochard, Prêtre, Curé de Ronchaux, près Montfort, à Montfort. Dép. du Jura.