‹ Lettres du P. de Clorivière, 1787-1814Chapitre 97 sur 116 · L. S. J. Ch · texte numérisé non relu

L. S. J. Ch

Mon cher et resp. Conf.,

Vous savez combien vos lettres me donnent de consolation ; j'aurais souhaité en recevoir plus souvent, d'autant plus que vous êtes le seul qui m'écriviez de Franche-Comté. Votre dernière, que m'a remis M. d'Aubonne, m'a fait le plus grand plaisir. Je vous remercie des détails dans lesquels vous entrez sur la famille. Ils sont très satisfaisants, à l'exception de ce que vous me mandez de Besançon touchant Sœur Le Clerc. Je ne lui ai jamais connu l'esprit bien religieux ; je suis persuadé qu'on aura ménagé sa faiblesse autant qu'on a eu quelque espoir de mieux, qu'on l'aura encouragée, mais quand on a inutilement employé tous les autres moyens, il faut bien en venir à la suspension des vœux ; si celui-là ne produit aucun effet, on voit par là qu'un sujet est incorrigible, et il ne peut imputer son malheur qu'à lui-même. C'en est un grand que de regarder en arrière après avoir mis la main à la charrue. « Ncmo

(1) La mort de Madame de Cacardo.

miens maman suam ad aretrum, et respicens rétro, aptus regno Dei ». Je ne crois pas qu'à cause d'elle il faille interrompre tout-à-fait les instructions qu'on donnait aux autres, mais il est nécessaire de le faire avec quelque ménagement. Si S. Le Clerc tient encore à sa conservation, elle pourrait, s'il n'y a point d'inconvénient, assister aux instructions particulières. Ce serait un moyen de la ramener. On pourrait aussi lui proposer, peut-être, de m'écrire ses griefs. Elle avait quelque confiance en moi. Je m'en repose sur vous, sur M. Bac. et Mad. Chifflet. Faites ce que vous croirez le mieux pour le bien de cette âme.

L'opposition qu'on éprouve à Pontarlier de la part du Pasteur ne doit pas faire abandonner la bonne œuvre. C'est le sceau des œuvres de Dieu. Mais il faut y procéder avec circonspection. Ce que vous me mandez de Salins est plus satisfaisant, à parler humainement.

Je n'ai pas eu le loisir de penser au petit recueil dont vous parlez ; je ne l'ai cependant pas perdu de vue et ce sera mon premier soin quand je serai rendu à moi-même. En attendant on peut s'approprier ce qui est dit des différents emplois de l'Institut de S.J. que nous avons adopté et dont nous devons bien prendre l'esprit, lors même que nous en différons le plus à l'extérieur. J'ai appris avec plaisir que M. le Curé de Villiers a fait ses Vœux. .

Ce que vous me dites de vos propres dispositions n'a rien qui puisse inquiéter ; j'y vois au contraire un grand sujet de louer et de bénir l'Auteur de tout bien qui conserve et perfectionne en vous le désir de votre avancement spirituel et le zèle de sa gloire. Ne vous mettez pas trop en peine si, dans le cours de la journée, vous ne vous rappelez pas les lumières et les sentiments que vous avez eus dans l'oraison. C'est un conseil que l'on a coutume de donner et qui est en soi très bon quand on peut le suivre ; mais quand on est, comme vous l'êtes tout le long du jour, occupé de différents objets qui regardent la gloire de Dieu, il est bien difficile qu'on puisse le faire, et cela n'est pas nécessaire. Ce qu'on fait pour Dieu y supplée abondamment. Dieu se contente de votre bonne volonté, et vous ne serez pas privé des grâces que l'exercice que vous projetiez vous aurait attirées. Ayez en général un grand abandon à Dieu, une grande dépendance de l'esprit de Dieu, ce qui demande un renoncement continuel à vous-même ; cela vous tiendra lieu de toutes les méthodes, quelque excellentes qu'elles soient. On en vient là d'ordinaire quand on a passé quelques années dans la ferveur au service de Dieu. On jouit alors d'une plus grande liberté d'esprit, l'union avec Dieu est plus intime, le recueillement plus profond, l'action plus paisible, et, avec moins de peine, on avance davantage dans le chemin de la perfection. Je vous crois dans cet état.

Ne vous chicanez point sur les voyages. Vous n'en faites point d'inutiles, ils ont toujours pour but quelque œuvre sainte. Regardez les craintes et les inquiétudes qui vous surviennent à ce sujet comme suscitées par l'esprit de malice qui voit avec peine le bien qu'ils produisent, soit en vous, soit dans les autres. Vous ne pourriez pas, sans doute, les entreprendre au préjudice de votre paroisse, parce qu'elle exige vos premiers soins. Mais quand il n'y a point de mal réel, une vaine crainte ne doit pas vous retenir. Prenez toutes les précautions nécessaires, confiez- vous en Dieu. Dans la route évitez la dissipation ; et si vous ne pouvez pas entièrement l'éviter et retenir vos sens dans le recueillement comme vous le feriez dans votre oratoire, soyez persuadé que la fatigue et les autres peines inséparables des voyages, quand on les endure en vue de Dieu, sont une bien bonne compensation de ce que vous pourriez perdre de ce côté là.

Je viens maintenant à Madame de Buyer. Le Seigneur en a disposé : Il a appelé à Lui sa servante et son Épouse. Elle est morte le 6 de ce mois dans une terre étrangère ; mais elle n'a pas été privée des secours de la Religion qui, par les soins de la Providence, lui ont été prodigués pendant le cours de sa longue et pénible maladie. Vous-même avez été chercher au loin cette ouaille bien digne de vous intéresser. Ce trait de votre charité m'a touché, nous devons tous en avoir de la reconnaissance et le Seigneur ne manquera pas de vous en récompenser. J'espère que son âme, ayant été épurée par de longues souffrances, aura obtenu du Seigneur une pleine et entière miséricorde ; nous n'omettrons pas cependant de demander pour elle les suffrages accoutumés de la Société. Il est inutile de vous recommander de faire la même chose. Il sera bon, pour l'édification, de joindre à cette demande une notice des vertus de la défunte, ce qui ne sera pas fort difficile. C'était comme malgré elle et par la persuasion de sa vertueuse sœur qu'elle s'était engagée dans le mariage ; elle y avait apporté les intentions les plus pures et les plus chrétiennes ; pendant son mariage et lorsqu'elle était dans cette grande ville, les sollicitations les plus pressantes ne purent l'engager à mettre le pied au spectacle ; à peine a-t-elle été libre qu'elle a songé à se consacrer à Dieu ; elle l'a fait sans réserve ; sa ferveur s'est toujours maintenue. La Société doit à son zèle et à sa prudence son établissement à Amiens, qui est encore dans sa ferveur et très bien composé ; vous savez le bien qu'elle a fait à Dôle et quelle a été sa patience dans les difficultés. Depuis sa mort, M. Br... nous a envoyé une prière qu'elle avait composée deux mois auparavant, et qu'elle eût jetée au feu si on ne l'en avait empêchée. Cette prière m'a paru contenir des sentiments admirables et et très édifiants. Vous ferez bien de la communiquer à nos Sœurs.

La mort de Madame de Buyer laisse deux places vacantes, celle de Mère Commune pour tout le Diocèse de Besançon, et celle de

Supérieure locale de Dôle. La première échoit, comme de droit, à Madame Chifflet, dans sa qualité de Supérieure de Besançon ; je lui ai annoncé qu'elle en serait chargée.

On a cru que j'étais sur le point d'avoir ma liberté ; un rapport très favorable pour moi devait être présenté par le Ministre de la Police Générale à l'Empereur, le 4, premier Dimanche du mois. Des choses étrangères à mon affaire l'en ont empêché ; je ne sais quand on en trouvera l'occasion. Voie et ora pro me, sit que omnium nostrum, in S s Corde J. Cor unum et anima una.

Pierre- Joseph.

A Monsieur Pochard L. J. Ch.

Ce 28 septembre 1808.

Mon cher et très respectable Confrère,

J'ai reçu votre lettre au mois de juillet et j'y ai répondu sur le champ, par la poste, pour ne point vous faire attendre ; mais j'ai vu, par ce que m'a dit M. d'Aubonne, que l'adresse était mal mise, ce qui a empêché que la lettre ne nous parvînt. Je vous l'adressais par Montfort, croyant que c'était un lieu considérable dans votre voisinage, et j'aurais dû vous l'adresser par Quingey. Je vous répondais amplement sur toutes vos questions, j'approuvais tout ce que vous avez fait et vous donnais toutes les permissions que vous demandiez, entre autres celle de la montre. Vous avez toutes celles que votre situation ou la nécessité exige. Le surcroît de dépenses dont vous parlez dans votre lettre de septembre est de ce nombre.

Je serai charmé de voir Monsieur votre frère, mais j'aurais eu bien plus de satisfaction à vous voir vous-même et à m'entretenir avec vous ; nous nous serions fait un vrai plaisir de vous loger dans la maison avec celui à qui vos lettres sont adressées. M. votre frère pourrait y aller, ou plus sûrement chez Mlle de Cicé qui le verra avec plaisir quand elle saura qu'il est frère de M. Pochard. Peut-être, s'il était en peine d'un logement pour lui et ses jeunes seigneurs polonais, elle l'aiderait à le trouver. Elle lui dira aussi où il pourra me trouver.

M. d'Aubonne, que j'ai eu le plaisir d'avoir quelques jours dans ma retraite, pourra vous dire en détail tout ce qui me regarde. Je ne vois rien de particulier à vous dire sur tout ce que vous me mandez qui vous regarde plus personnellement. Vous savez parfaitement tout ce que je pourrais vous dire. Ne quittons jamais la serpe et la hache, il y a toujours quelque mauvaise racine à arracher. Le Seigneur ne se lasse pas de répandre sur nous ses grâces ; soyons fidèles à n'en recevoir aucune en vain.

La multitude de lettres que j'ai à écrire et le prompt départ de M. d'Aubonne ne me permettent pas de m'entretenir plus longtemps avec vous. Priez pour moi. Ne soyons tous ensemble qu'un cœur et qu'une âme, dans les SS. CC. de Jésus et de Marie. Tout à vous en N.S.

Pierre- Joseph.

A Monsieur,

Monsieur Pochard, Curé de Ronchaux, par Lons-le-Saunier à Lons-le-Saunier. Dt du Jura.

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