L. J. Ch
14 novembre 1809.
Monsieur et très honoré Confrère, Je profite d'une occasion que j'ai de vous écrire. Vous avez eu la bonté de vous informer de mes nouvelles près de Mme de Montjoie, et vous vous êtes plaint avec raison que je n'avais pas fait de réponse à votre lettre écrite en juillet. Le défaut d'occasion et l'attente où j'étais de quelque événement dont j'aurais eu à vous faire part m'ont arrêté. Ce que je croyais n'est point arrivé. Mais une lettre de M. d'Aubonne que j'ai reçue depuis m'annonçait des choses assez fâcheuses qui se sont passées dans vos contrées, et me faisait pressentir qu'il y aurait du changement dans sa position, et qu'on songeait, à ce que je crois, à le mettre à l'aumônerie d'un lycée. Je ne sais si cela s'est effectué, je n'en ai point entendu parler depuis. Vous me ferez plaisir de m'en donner des nouvelles quand vous en trouverez l'occasion.
Je prends bien part à vos épreuves. Vous avez été longtemps et grièvement incommodé, mais vous étiez mieux quand vous m'avez écrit, et vous aviez fait des excursions à Besançon et à Salins. Vous avez mandé à Mme de Montjoie qu'on vous proposait un changement de cure ; je vous approuve de ne point vouloir changer de vousmême. Mais si les Supérieurs parlaient et paraissaient le désirer, conformez-vous à leur volonté, et voyez en elle celle de la divine Providence, sans considérer si le changement est à votre avantage ou non. Nous ne sommes plus à nous, mais à J. Ch. et aux âmes rachetées par son Sang.
Vous me parlez d'une retraite que vous avez dû faire en juillet ; je m'y suis uni de cœur et d'esprit ; prenons tous les moyens de salut qui sont en notre pouvoir, mais ne nous inquiétons pas lorsqu'ils viennent à nous manquer. Le Seigneur peut y suppléer par sa grande miséricorde. Ne nous troublons pas non plus à la vue d'une foule de misères et d'imperfections que nous apercevons en nous et dans lesquelles nous tombons, malgré toutes les bonnes résolutions que
nous prenons. Tout ce que Dieu demande de nous, c'est que nous veuillions sincèrement nous en corriger, et que nous y travaillions. Faisons ce que nous pouvons, Il fera le reste et achèvera en nous son ouvrage.
Priez pour moi. De temps en temps nous faisons quelque acquisition tant pour l'une que pour l'autre famille. Dieu en soit glorifié. Qu'il le soit aussi pour les nouvelles affligeantes qui mettent à l'épreuve notre résignation, mais grâce à son assistance, ne l'ébranlent pas. Ne mettons point de bornes à notre confiance en Lui. Il peut en un moment nous accorder ce qu'il nous a refusé pendant longtemps.
Adieu, mon cher et respectable Confrère, tous nos amis vous saluent. Soyons tous, en union des SS. Cœurs de Jésus et de Marie, Cor unum et anima una. Ora pro me. Tout à vous en N.S.
P. de Clorivière.
P. S. — L'occasion qu'on m'avait promise est manquée.
A Monsieur, Monsieur Pochard, Curé de Ronchaux