‹ Lettres du temps de la Fronde [par] Gui Patin. Introd. et notes de André Thérive. Avec un port. gravé sur boisChapitre 18 sur 41 · LETTRE XIII. — AU MÊME · texte numérisé non relu

LETTRE XIII. — AU MÊME

Ce 3 de septembre 1649.

Je vous écrivis le 20 d'août pour vous donnei avis du retour du roi en cette ville, dont il y eut

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et y a encore grande réjouissance ; je vous dirai ensuite de cette arrivée que le roi a été à cheval par la rue Saint-Honoré et Saint-Antoine aux jésuites, le jour de St-Louis, accompagné de plusieurs grands de la cour, tous à cheval, et entre autres de MM. les princes de Condé, de Conti, de Chevreuse et d'Elbeuf. 11 y eut tant d'acclamations et de réjouissance de tous côtés, de ce que le roi se montrait ainsi, que je ne puis assez vous l'exprimer. La reine recommence d'aller à la messe les samedis à Notre-Dame, menant le roi dans son carrosse pour faire continuer au peuple ses réjouissances. Le cardinal Mazarin est ici caché dans la maison du roi et de la reine, enfermé dans le cabinet comme il est ordinairement, et moins en danger d'être surpris ou attrapé par le grand nombre d'ennemis qu'il a et à la cour et ailleurs, qu'il ne le serait à Fontainebleau, où il faudrait quelquefois par compagnie et divertissement aller tantôt à la promenade et tantôt à la chasse ; en quoi il serait toujours obligé de se fiera la fidélité des courtisans, qui est un mauvais gâtant, dorénavant que le roi est ici. On ne parle plus de la paix générale, mais seulement d'Aix «t de Bordeaux, où les pauvres gens pâtissent bien, sans être secourus, par la tyrannie des gouverneurs de ces deux provinces, que néanmoins le Mazarin n'apaise

point, ce qui me fait douter de la bonté et de la fidélité de son intention, et qui est ce qu'il devrait faire afin de se faire aimer, puisqu'il n'a ni n'aura de longtemps le moyen de se faire craindre comme il a pu faire par ci-devant.

Il y a ici un livre nouveau in-8, d'environ vingt-trois feuilles, fait par M. Chanet, savant et excellent médecin de la Rochelle ; j'en ai mis un tout relié pour vous en votre paquet ; il est intitulé Traité de l'esprit de V homme et de ses fonctions ; mais à propos de livres, je n'ai point encore reçu le Perdulcis de M. Carteron. Croiriez-vous bien qu'il fût perdu ? Non puto. Il y a ici un livre nouveau intitulé Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le cardinal Mazarin depuis le 6 de janvier jusqu'à la déclaration du Ier avril 1649. Le livre est de 492 pages ; l'auteur est un honnête homme de mes amis, mais mazarin, qui est un parti duquel je ne puis être ni ne serai jamais ; imo, il ne s'en est fallu que cent mille écus de mon patrimoine que je n'aie été conseiller de la cour, et que je n'aie été frondeur aussi généreux et aussi hardi que pas un. Il en a fait tirer 250 exemplaires, et l'a présenté au cardinal Mazarin à l'examiner. Quo facto, s'il est approuvé, il le mettra au jour et m'en donnera encore un exemplaire que je vous ai dédié comme à la fleur de mes amis. Tout au pis aller, étant

en vente, nous en aurons pour de l'argent. Tandis que le cardinal Mazarin le lit pour en donner la permission de le vendre, nous sommes cinq de ses amis qui avons aussi commission de l'examiner, dont MM. Dupuy sont l'un, M. Talon, avocat général, l'autre, je suis le troisième ; les deux autres ne m'ont pas été révélés. Je le saurai néanmoins tout à la fin. Là-dedans sont introduits deux vendeurs de pièces mazarines (qui est une espèce de gens qui ont bien gagné leur vie pendant les trois mois de notre guerre), l'un desquels accuse le Mazarin et l'autre le défend chaudement, plaisamment, et combien que le sujet me déplaise, la lecture du livre ne laisse pas de m 'être fort agréable, « tum ratione auctoris amici » suavissimi, tum ratione varia doctrinœ, et mul- » tiplicis eruditionis quœ undequaque prœlucet », avec grande quantité de belles et rares curiosités que vous aimez bien. Voilà ce que je puis vous en dire pour le présent.

Le parlement de Paris s'est ici fort trémoussé et remué pour témoigner à ceux de Bordeaux que l'on tâchait de les servir et secourir ou assister dans leur nécessité ; mais M. le premier président, qui est une créature mazarinesque, et M. le chancelier, qui ne vaut pas mieux, ont différé tant qu'ils ont pu ; enfin l'assemblée a été conclue et arrêtée de toutes ks chambres comme

le désiraient les gens de bien, et dès le même jour la reine signifia au parlement que les députés des chambres eussent à l'aller trouver dès le lendemain à onze heures du matin, qu'elle voulait elle-même entendre leurs plaintes et y satisfaire, qui n'était pas chose malaisée, vu que le jour d'auparavant le courrier était parti pour Bordeaux avec les articles de pacification de la part du conseil. On dit aussi que la Provence est en paix ; que la déclaration du roi a été vérifiée et enregistrée au parlement d'Aix ; qu'ils ont posé les armes de part et d'autre ; que l'honneur de la paix et de la victoire est demeuré du côté du comte d'Alais ; mais qu'en récompense le parlement n'a pas de semestre 1 ; et qu'il est délivré de ce supplice qui lui était préparé. M. le comte d'Alais a eu l'avantage, à ce qu'on dit, en ce traité, pour avoir été porté dans le conseil par M. le prince de Condé, qui est son cousin. Je suis de tout mon cœur et serai toute ma vie, monsieur, votre très humble, etc.

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