‹ Lettres du temps de la Fronde [par] Gui Patin. Introd. et notes de André Thérive. Avec un port. gravé sur boisChapitre 22 sur 41 · LETTRE XVI. — AU MÊME · texte numérisé non relu

LETTRE XVI. — AU MÊME

Ce 3 de novembre 1649.

Depuis ma dernière j'ai appris que M. Veslingius est mort à Padoue le dernier d'août comme il s'apprêtait à écrire contre M. Riolan ; que là même un certain Rhodius, qui est en réputation de savant, y fait imprimer le Scribonins Largus. Il est ici mort un ancien avocat fort savant, nommé M. Héraut (Desiderius Heraldus), qui était en querelle avec M. Saumaise, qui avait écrit contre lui Observationes ad jus atticum et romanum, il y a environ quatre ans. M. Héraut qui se trouvait offensé de ce livre, y faisait une réponse in-folio ; mais la mort l'ayant surpris, je pense qu'il faudra le vendre tel qu'il est et faire une fin où l'auteur a trouvé la sienne. Il paraissait âgé de soixante-dix ans. C'est celui

qui a autrefois travaillé sur l'Arnobe et sur l'Apologétique de Tertullien ; il avait la réputation d'un homme fort savant tant en droit que dans les belles-lettres, et écrivait fort facilement sur telle matière qu'il voulait.

On est ici après le choix de quelque habile homme savant dans les affaires que l'on puisse faire surintendant des finances. Les uns disent que l'on y mettra M. d'Emery, qui est celui qui a commencé à tout gâter, et l'élection duquel fera encore merveilleusement murmurer le peuple, les malcontents de la cour et des provinces, qui ne sont que trop désolés. Il y a pourtant ici beaucoup de personnes qui souhaitent que ce soit lui, les uns alléguant que, s'il a gâté les affaires, il saura mieux qu'un autre comment il faudra les réformer ; d'autres qui ont prêté au roi désirent que ce soit lui, espérant qu'il les fera rembourser ; mais la plupart de ceux-ci sont des parents et amis. D'autres nomment pour cette charge le président de Maisons, qui est un animal mazarinique ; homme dangereux, fin et rusé, mais fort incommodé, et qui, par ce moyen, tâcherait de s'acquitter et de payer ses dettes. D'autres y nomment M. d'Avaux, qui était par ci-devant plénipotentiaire à Munster et qui est frère du président de Mesines. Celui-là est un fort habile homme et aimé ; mais un plus habile

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