IÔ2 LETTRES DU TEMPS
bête, un franc tyran ; et pour marque de sa sainteté, sanctus olim dicebatur qui abstinebat ab omni venere illicita 1. Je me souviens de ce qu'un courtisan me conta l'autre jour, que ce cardinal, deux ans avant que de mourir, avait encore trois maîtresses qu'il entretenait, dont la première était sa nièce, Marie de Vignerot, autrement madame de Combalet et aujourd'hui madame la duchesse d'Aiguillon. Son père était un des espions du marquis d'Ancre à mille livres par an, et son grand-père était notaire à Bressuyre, village du Poitou. La seconde était la Picarde, savoir, la femme de M. le maréchal de Chaunes, frère du connétable de Luynes, lequel est mort ici depuis quatre jours, quelque temps après avoir été taillé de la pierre en la vessie. La troisième était une certaine belle fille parisienne, nommée Marion Delorme, que M. de Cinq- Mars, qui fut exécuté à Lyon, l'an 1642, avec M. de Thou, avait entretenue, comme a fait aussi M. le maréchal de la Meilleraye et plusieurs autres. Elle est encore en crédit ; elle est même dans l'histoire pour sa beauté, car Vittorio Siri a parlé d'elle dans son Mercure. Tant y a que ces messieurs les bonnets rouges sont de bonnes bêtes : vere Cardinales isti sunt camaîes. Je suis tout à vous, etc.