LETTRE XX. — A M. FALCONET
Ce 1er mars 1650.
Depuis que je ne vous ai écrit, mardi 18 du passé, la reine a fait arrêter, dans le palais Cardinal, le prince de Condé, le prince de Conti, M. de Longueville, le président des comptes, M. Perraud, intendant de la maison du prince de Condé et trois autres officiers. On«les a tous menés au bois de Vincennes, accompagnés de trois cents chevaux. Paris ne s'en est du tout point remué, au contraire quelques-uns en ont fait des feux de joie, et ont dit que comme ils nous avaient fait manger l'an passé du pain bis, il fallait en échange leur faire manger du pain de son. Il est à craindre qu'ils ne mangent encore là-dedans quelque chose de pis, comme pourrait être ce que Néron appelle dans Suétone la viande des dieux, savoir, des champignons de l'empereur Claude. De ces trois princes qui sont prisonniers, M. de Longueville est fort triste et ne dit mot. M. le prince de Conti pleure et ne bouge presque du lit. M. le prince de Condé chante, jure, entend au matin la messe, lit des livres italiens ou français, dîne et joue au volant. Depuis peu de jours, comme le prince de Conti priait quelqu'un de lui envoyer le livre de l'Imitation de Jésus-Christ,
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pour se consoler par la lecture, le prince de Condé dit en même temps : Et moi, monsieur, je vous prie de m'envoyer l'imitation de M. de Beaufort, afin que je me puisse sauver d'ici, comme il fit il y a tantôt deux ans. Je vous baise les mains, et suis de tout mon cœur, etc.