IÇ2 LETTRES DU TEMPS
échevins dans l'hôtel-de-ville. Le prévôt des marchands n'ayant pas voulu reconnaître ces nouveaux syndics, ils s'en sont plaints à la cour, qui s'en allait décréter contre le prévôt des marchands ; M. le duc d'Orléans, averti de ce désordre, lequel aurait pu exciter vacarme dans Paris, en faveur des rentiers, a demandé surséance au parlement, et qu'il voulait accommoder cette affaire. Enfin on a changé de chambre M. le prince de Conti, il est hors d'avec son frère ; il est en plus bel air et plus beau lieu, dans l'appartement de M. de Chavigny, qui est un corps de logis qu'il y avait fait bâtir pour soi et pour les siens, lorsqu'il était gouverneur du bois de Vincennes. On dit ici que le capitaine des gardes du comte d'Alais a été tué à Marseille^ et que M. Fordé, maître des requêtes, intendant de justice en Limousin, a été révoqué de sa commission par ordre du conseil, à cause des cruautés qu'il exerçait en ce pays-là, où, s'il ne s'était rendu le plus fort, les communes l'auraient assommé ; joint que l'on aurait peur que le feu étant là allumé, n'augmentât trop vite dans les provinces voisines, où il y a déjà bien du mécontentement, et même que M. de Bouillon y est en armes. On dit aussi que M. de Villemontré a été en grand danger à Bordeaux, et que son carrosse y a été brisé et mis en pièces. Quand
M. de Servien a demandé une lettre pour faire rendre Bellegarde à M. le Prince, il a répondu que la place était bonne et ceux de dedans bien résolus ; mais que si la reine lui voulait donner la conduite de l'armée, qu'il la ferait rendre en deux heures. On a envoyé à M. de la Rivière lui demander de la part du roi son cordon bleu, faute de prouver sa noblesse qu'il n'a jamais obtenue qu'à cette condition, à quoi il a manqué, parce qu'il ne le pouvait pas faire. Le Mazarin a envoyé une abolition à Marseille, pour ce qui s'y est passé contre le comte d'Alais, en quoi on dit qu'il a fort mal fait ; et néanmoins on croit qu'il le fait exprès, afin d'y faire brouiller les cartes davantage, et que la reine étant obligée d'en retirer le comte d'Alais, s'il n'y est même assommé, ledit Mazarin puisse prendre pour lui ce gouvernement. Les trois princes vivent encore aux dépens de la reine : M. le Prince ne veut pas y vivre à ses dépens, et ne veut pas tenir l'ordre que madame la princesse sa mère y avait mis. Enfin je finis après vous avoir protesté et assuré que je serai toute ma vie, monsieur, votre très humble, etc.