A M&r LE DUC D'ORLÉANS, RÉGENT
Monseigneur, faudra-t-il que le pauvre Voltaire ne vous ait d'autres obligations que de l'avoir corrigé par une année de Bastille5? Il se flattait que, après l'avoir mis en purgatoire, vous vous souviendriez de lui dans le temps que vous ouvrez le paradis à tout le monde.
Il prend la liberté de vous demander trois grâces : la première, de souffrir qu'il ait l'honneur de vous dédier la
situé dans l'enclos du Temple à Paris : D'où le nom de société du Temple donné au groupe d'écri- \ ;iins et de gens du moi.de qui se réunissaient chez lui pour y parler fort librement de toutes choses.
1. L'abbé de Bussi : fils de Bussi- Rabutin, le cousin de Mme de Sévigné. Il fut membre de l'Académie française et mourut en 17M) évêque de Luçon.
2. Œdipe, tragédie qui ne fut représentée qu'en 171S, mais à laquelle il travaillait déjà en 171V
3. Epllre au Régent. Composée en 1716 à la louange de Phdippe d'Orléans, contre lequel il avait été faussement accusé d'avoir écrit
des couplets satiriques (voir encore les deux premières notes de la lettre suivante).
4- Philippe d'Orléans (1674-1723), neveu de Louis XIV qui le désigna pour présider le conseil de régence en 171,5. Mais il se fit donner par le parlement un pouvoir absolu.
On sait que ce fut un prince intelligent, brave, généreux, mais insouciant et corrompu.
5. Une année de Bastille. Il y était en effet resté onze mois (mai 1717avril 1718) à la suite de la publication d'une satire dont il n'était pas plus l'auteur que des vers qui l'avaient fait précédemment exiler à Sully.
VOLTAIRE
tragédie ! qu'il vient de composer ; la seconde, de vouloir bien entendre quelque jour des morceaux d'un poème épique2 sur celui de vos aïeux auquel vous ressemblez le plus; et la troisième, de considérer que j'ai l'honneur de vous écrire une lettre où le mot de souscription ne se trouve point.
Je suis avec un profond respect, monseigneur, de Votre Altesse Royale, le très humble et très pauvre secrétaire des niaiseries.
Voi.