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Eduques n'a pas passé dans la langue

:i. On voit bien.

',. Erres était en effet une prononciation, vicieuse sans doute, mais usuelle de arrhes : au reste il n'y a aucun rapport, quoi qu'en pense Voltaire, entre ce mot, môme déformé et errements, qui est très ancien en France dans le sens de procédés habituels.

5. Ce remarquable emploi du conditionnel pour exprimer un fait qui n'est pas certain, qu'on ne connaît que par ouï-dire, parait en effet avoir été emprunté aux formules judiciaires. C'est ainsi que Racine a écrit dans les Plaideurs :

Lequel Iliérosme, après plusieurs

[rebellions.

Aurait atteint, frappé moi, sergent,

[à la joue.

(Act. II, se. iv.)

VOLTAIRE

ployer des expressions qui étonnent, parce quelles ne conviennent point aux pensées.

C'est un grand malheur, il faut l'avouer, que, dans un livre ' rempli d'idées profondes, ingénieuses et neuves, on ait traité du fondement des lois en épigrammes. La gravité d'une étude si importante devait avertir l'auteur de respecter davantage son sujet : et combien a-t-il fait de mauvais imitateurs qui, n'ayant pas son génie, n'ont pu copier que ses défauts !

Boileau, il est vrai, a dit après Horace :

Heureux qui dans ses vers sait, d'une voix légère, Passer du grave au doux, du plaisant au sévère2!

Mais il n'a pas prétendu qu'on mélangeât tous les styles. 11 ne voulait pas qu'on mît le masque de Thalie sur le visage de Melpomène 3, ni qu'on prodiguât les grands mots dans les affaires les plus minces. Il faut toujours conformer son style à son sujet.

Il m'est tombé entre les mains l'annonce imprimée d'un marchand de ce qu'on peut envoyer de Paris en province pour servir sur table. Il commence par un éloge magnilique de l'agriculture et du commerce, il pèse dans ses balances d'épicier le mérite du duc de Sulli et du grand ministre Colbert; et ne pensez pas qu'il s'abaisse à citer le nom du duc de Sulli, il l'appelle l'ami d'Henri IV: et il s'agit de vendre des saucissons et des harengs frais !

Gela prouve au moins que le goût des belles-lettres a pénétré dans tous les états; il ne s'agit plus que d'en faire un usage raisonnable : mais on veut toujours mieux dire qu'on ne doit dire, et tout sort de sa sphère.

Des hommes même de beaucoup d'esprit ont fait des livres ridicules, pour vouloir avoir trop d'esprit. Le jésuite

i. L'Esprit dos lois, de Montesquieu. La critique de Voltaire est excessive, mais elle n'est pas sans fondement : Montesquieu voulait à toute force se donner, même en traitant de sujets très sérieux, les airs d'un homme du monde et d'un homme d'esprit, éviter de passer

pour un pédant ou simplement pour un homme grave : les traces de cette préoccupation ne sont que Irop nombreuses dans son livre.

:>. Art poétique, I. 75-76. Horace.

Art poétique, alfi.

:?. Thahe. muse île la comédie ; Melpomène, muse de la tragédie.

Castel1, par exemple, dans sa Mathématique universelle. veut prouver que si le globe de Saturne était emporté par une comète dans un autre système solaire, ce serait le dernier de ses satellites que la loi de la gravitation mettrait à la place de Saturne. Il ajoute à cette bizarre idée que la raison pour laquelle le satellite le plus éloigné prendrait cette place, c'est que les souverains éloignent d'eux, autant qu'ils le peuvent, leurs héritiers présomptifs.

Cette idée serait plaisante et convenable dans la bouche d'une femme qui, pour faire taire des philosophes, imaginerait une raison comique d'une chose dont ils chercheraient la cause en vain ; mais que le mathématicien fasse le plaisant quand il doit instruire, cela n'est pas tolérable.

Le déplacé, le faux, le gigantesque, semblent vouloir dominer aujourd'hui; c'est à qui renchérira sur le siècle passé. On appelle de tous côtés les passants pour leur faire admirer des tours de force qu'on substitue à la démarche simple, noble, aisée, décente, des Pellisson, des Fénelon, des Bossuet, des Massillon...

On descend d'un style violent et effréné au familier le plus bas et le plus dégoûtant ; on dit de la musique du célèbre Rameau, l'honneur de notre siècle, qu'elle ressemble à la course d'une oie grasse et au galop d'une vache*. On s'exprime enfin aussi ridiculement que l'on pense, rem verha sequuntur3; et, à la honte de l'esprit humain, ces impertinences ont eu des partisans.

Je vous citerais cent exemples de ces extravagants abus, si je n'aimais pas mieux me livrer au plaisir de vous remercier des services continuels que vous rendez à notre langue, tandis qu'on cherche à la déshonorer. Tous ceux qui parlent en public doivent étudier votre Traité de la prosodie ; c'est un livre classique qui durera autant que la langue française.

i. Le P. Caslel (i(m-i^-), mathématicien savant, mais d'un esprit bizarre.

:>.. Sur Rameau, voir page 2o3, n"i ça. Les paroles que cite voltaire -on! rapportées, mais très inexactement, d'un opuscule de Rousseau, Une Lettre à Grimm, à propos de la

reprise (17^2) d'un médiocre opéra de Lamolte, mis en musique par Destouches, Omphale. — Voltaire et Rousseau étaient depuis longtemps brouillés (voir à ce sujet la note 1 de la page 3()3).

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