‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 111 sur 381 · Il s'agit de D'Alembert. Voir page 437 et suivantes · texte numérisé non relu

Il s'agit de D'Alembert. Voir page 437 et suivantes

*>. Il écrit du môme cœur qu'il combat.

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dans ses bonnes grâces, et le plaisir de lire les pensées les plus profondes, exprimées d'un style énergique, font une des consolations de ma vieillesse. Je suis étonné qu'un souverain, chargé de tout le détail d'un grand royaume, écrive couramment et sans effort ce qui coûterait à un autre beaucoup de temps et de ratures.

M. l'abbé de Dangeau1, en qualité de puriste, en savait sans doute plus que lui sur la grammaire française. Je ne puis toutefois convenir avec ce respectable académicien qu'un musicien, en chantant : la nuit est loin encore, prononce, pour avoir plus de grâces : la nuit est loi nff encore. Le philosophe de Sans-Souci, qui est aussi grand musicien qu'écrivain supérieur2, sera, je crois, de mon opinion.

Je suis fort aise qu'autrefois Saint-Gelais3 ait justifié le crêp par son Bucéphal. Puisqu'un aumônier de François Ier retranche un e à Bucéphale, pourquoi un prince royal de Prusse n'aurait-il pas retranché un e à crêpe! Mais je suis un peu fâché que Melin de Saint-Gelais, en parlant au cheval de François Ier, lui ait dit :

Sans que tu sois un Bucéphal.

Tu portes plus grand qu'Alexandre.

L'hyperbole est trop forte, et j'y aurais voulu plus de finesse.

Vous me critiquez, mon cher doyen, avec autant de politesse que vous rendez de justice au singulier g-énie du philosophe de Sans-Souci. J'ai dit, il est vrai, dans le Siècle de Louis XI\\ à l'article des Musiciens, que nos rimes féminines, terminées toutes par un e muet, font un effet très désagréable dans la musique, lorsqu'elles finissent un couplet. Le chanteur est absolument obligé de prononcer :

Si vous aviez la rigueur De m'ùter votre cœur, Vous m'ùteriez la vi-eu*.

1. L'abbé de Dangeau (ifi^3-i723), membre de l'Académie française, frère du marquis de Dangeau, le célèbre auteur du Journal de la cour de Louis XIV, était surtout connu par ses Essais de grammaire (1711).

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