AU PRÉSIDENT HÉNAULT
De Forges 2, lundi 2 juillet 17',^.
J'arrive dans l'instant à Forges sans aucun accident, et même sans une extrême fatigue : ce n'est pas que j'aie dormi cette nuit, et que nous n'ayons été bien cahotés aujourd'hui, depuis les huit heures du matin que nous sommes partis de Gisors 3, jusqu'à ce moment que nous arrivons ; il n'y a que pour quinze heures de chemin de Paris à Forges. Nous fîmes hier dix-sept lieues en neuf heures de temps, et aujourd'hui onze en six heures et demie; les chemins ne sont nulle part dangereux dans ce temps-ci, mais on conçoit aisément qu'ils sont impraticables l'hiver. Je ne mangeai hier, pour la première fois du jour, qu'à onze heures du soir : bien m'en avait pris d'avoir porté des poulardes; car nous ne trouvâmes rien à Gisors que quelques mauvais œufs et un petit morceau de veau dur comme du fer : j'avais grand'faim, je mangeai cependant peu, et je n'en ai pas mieux digéré ni
dormi Mais venons à un article bien plus intéressant,
c'est ma compagne \ 0 mon Dieu! qu'elle me déplaît! Elle est radicalement folle : elle ne connaît point d'heure pour ses repas; elle a déjeuné à Gisors à huit heures du matin, avec du veau froid; à Gournay5, elle a mangé du pain trempé dans le pot6, pour nourrir un Limousin 7, ensuite un morceau de brioche, et puis trois assez grands biscuits. Nous arrivons, il n'est que deux heures et demie,
extraites de deux recueils çiui con- I Mmo du Deffand s'y était rendue sur
tiennent tout ce qui a été publié ! l'ordonnance des médecins.
de M" Du Deffand : Correspondance \ 3. Gisors. aujourd'hui chef-lieu
complète de la marquise Du Deffand \ de canton de l'arrondissement des
avec ses amis, publiée par de Les- ! Andelys (Eure).
cure (Paris. i8(55). et Correspondance ',. Ma compagne, la duchesse de
complète de Mme Du Deffand arec la Pecquigny. 1res connue de la soducnesse de Choiseul, l'abbé Barlhc- ' ciété du temps pour son esprit fin, lemy et M. Craufurt. publiée par le , brillant, profond, mais souvent marquis de Sainle-Aulaire (Paris, j bizarre et d'une excessive mobilité. 1877). 5. Gournay, chef-lieu de canton