‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 149 sur 381 · A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A VOLTAIRE

Je croyais que vous m'aviez oubliée, monsieur: je m'en affligeais sans me plaindre, mais la plus grande perte que je pouvais jamais faire, et qui met le comble à mes malheurs, m'a rappelée à votre souvenir. Nul autre que vous n'a si parfaitement parlé de l'amitié; la connaissant si bien, vous devez juger de ma douleur. L'ami que je regretterai toute ma vie me faisait sentir la vérité de ces vers qui sont dans votre discours de la Modération2 :

O divine amitié ! félicité parfaite ! etc.

Je le disais sans cesse avec délices; je le dirai présentement avec amertume et douleur ! Mais, monsieur, pourquoi refusez-vous à mon ami un mot d'éloge k? Sûrement, vous l'en avez trouvé digne : vous faisiez cas de son esprit, de son goût, de son jugement, de son cœur et de son caractère. Il n'était point de ces philosophes in-folio qui enseignent à mépriser le public, à détester les grand-, qui voudraient n'en reconnaître dans aucun

1. Notre ami. sans doute le cardinal de Tencin. qui connaissait el approuvait les projets de Mmc du Deffand.

2. Cette lettre ne porte point de date; mais elle répond à une lettre de Voltaire du 27 décembre 1758 :

Formont (voir p. 21, n. 1) était mort le mois précédent.

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