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La Modération, le troisième des Discours sur l'homme

4- Voltaire s'était borné dans sa lettre à dire : « J'apprends, madame, que votre ami et votre phi-

losophe Formont a quitté ce vilain monde. Je ne le plains pas ; je vous plains d'être privée d'une consolation qui vous était nécessaire. »

Dans la lettre du 12 janvier pat laquelle il répondit à I\ïme Du Deffand. il inséra huit vers à la gloire de Formont, en s'excusant de ne jeter sur le tombeau de Formont que des fleurs sèches el fanées :

« Le talent s'en va, dit-il. l'âge détruit tout. » Il avait alors un peu plus de soixante-quatre ans : voir cette lettre, page çh>-

genre, et qui se plaisent à bouleverser les tèles par des sophismes et des paradoxes fatigants et ennuyeux ; il étail bien éloigné de ces extravagances : c'était le plus sincère de vos admirateurs, et, je crois, un des plus éclairés. Mais, monsieur, pourquoi ne serait-il loué que par moi ? Quatre lignes de vous, soit en vers, soit en prose, honoreraient sa mémoire et seraient pour moi une vraie consolation.

Si vous êtes mort, comme vous le dites f, il ne doit plus rester de doute sur l'immortalité de l'âme : jamais sur terre on n'eut tant d'âme que vous en avez dans le tombeau ! Je vous crois fort heureux. Me trompé-je? Le pays où vous êtes 2 semble avoir été fait pour vous : les gens qui l'habitent sont les vrais descendants d'Ismaël, ne servant ni Baal ni le Dieu d'Israël. On y estime et admire vos talents sans vous haïr ni vous persécuter. Vous jouissez encore d'un fort grand avantage, beaucoup d'opulence, qui vous rend indépendant de tout et vous donne la facilité de satisfaire vos goûts et vos fantaisies. Je trouve que personne n'a si habilement joué que vous: tous les hasards ne vous ont pas été heureux, mais vous avez su corriger les mauvais, et vous avez tiré un bien bon parti des favorables.

Enfin, monsieur, si votre santé est bonne, si vous jouissez des douceurs de l'amitié, le roi de Prusse a raison 3 : vous êtes mille fois plus heureux que lui, malgré la gloire qui l'environne et la honte de ses ennemis.

Le président fait toute la consolation de ma vie ; mais il en fait aussi tout le tourment, par la crainte que j'ai de le perdre. Nous parlons de vous bien souvent. Vous êtes cruel de nous dire que vous ne nous reverrez jamais '" ! Jamais! C'est efï'ectivement le discours d'un mort; mais,

i. « Je ne vous écris presque jamais, disait Voltaire dans sa lettre du 27 décembre, parce que je suis mort et enterréentre les Alpes et le mont Jura... »

2. Les Délices, près de Genève (voir la note 1 de la page 7/I).

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