A HORACE WALPOLE
Paris, 8 juillet 1772.
Ma dernière lettre, monsieur, vous aura fait connaître que vous auriez pu vous dispenser de m'écrire celle-ci ; elle doit vous rassurer à tout jamais sur la crainte que je ne vous attire des ridicules1. Comme vous ne doutezpoint que tout ce que nous nous écrivons fait d'abord l'amusement des bureaux2, et parvient ensuite à la cour, je veux m'expliquer ainsi que vous, et ne leur pas laisser Timpression que vous leur donnez de moi.
Voici donc, monsieur, la déclaration que je leur fais. Je vous ai sincèrement aimé. J'ai cru l'être de vous, jamais mes sentiments n'ont été par delà l'amitié; et si on compare mes lettres à celles de Mmc de Sévigné, et si on lit celles que j'écris à Mme la duchesse de Choiseul,on n'y trouvera aucune expression plus vive et plus tendre que celle d'une mère pour une fille, et d'une amie pour une amie. De plus, mon âge me devait mettre si fort à l'abri de tout soupçon, que je ne devais pas craindre les interprétations ridicules. Mais enfin tout est fini ; il y a long-temps que je devais connaître que notre liaison vous était à charge. Tout m'annonçait votre changement ; je ne m'en plains pas, monsieur, rien n'est si libre; mais ce dont je me plains, et dont je suis extrêmement offensée, c'est de votre procédé ; on ne traite point une femme de mon âge, et qui a quelque considération dans la société, d'une manière aussi méprisante. Beaucoup de vos lettres m'ont fort désobligée, ainsi que celle-ci : mais celle d'avant celle-ci m'a mortellement blessée; je vous la renvoie, vous jugerez vous-même si j'y pouvais répondre
mémo. Le capitaine es! le chevalier de l'Isle (1735-1784), ancien capitaine de dragons, Fort répandu dans le monde où on le goûtait à cause de son esprit et de ses chan-
sons et cpii était alors à Chanteloup.