‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 193 sur 381 · Voir page 198. note 2. Sulpice · texte numérisé non relu

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les autres hommes, vous êtes mortel comme eux; vous avez quatre-vingt-quatre ans, vous pouvez prévoir des moments difficiles à passer ; je pourrais vous y être utile, je le suis à M. l'abbé de l'Attaignant l, il est plus âgé que vous : je vais dîner et boire avec lui aujourd'hui : permettez-moi de vous venir voir. » Voltaire y a consenti; il l'a vu, il en est fort content; cela sauvera, dit-il, du scandale ou du ridicule.

Paris, 12 avril 1778.

J'eus enfin la visite de Voltaire; je le mis à son aise

en ne lui faisant aucun reproche; il resta une heure, et fut infiniment aimable. Je n'avais chez moi que Mme de Cambis2, la Sanadona3, et une de nos habitantes de Saint-Joseph. Il vient d'acheter une maison dans le quartier de Richelieu ; il compte y passer huit mois de l'année, et les quatre autres à Ferney; il est aussi animé qu'il ait jamais été. Les honneurs qu'il a reçus ici sont ineffables; il n'y en a d'aucun genre qui lui ait manqué. Il est suivi dans les rues par le peuple qui l'appelle Y homme aux Calas. Il n'y a que la cour qui se refuse à l'enthousiasme; il a quatre-vingt-quatre ans, et en vérité je le crois presque immortel; il jouit de tous ses sens, aucun même n'est affaibli : c'est un être bien singulier, et en vérité fort supérieur. S'il me voit souvent, j'en serai fort aise; s'il me laisse là, je m'en passerai, je ne me permets plus ni désir ni projet

Vous dites que l'on ne s'aperçoit pas de la diminution de mon esprit; oh ! je suis bien sûre du contraire.

1. L'abbé l'Attaignant (1697-1779), assez connu par ses cbansons et ses poésies légères.

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