‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 196 sur 381 · A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A VOLTAIRE

i4 juin 1758.

Si je veux de vos articles1, monsieur et cher maître, est-ce qu'il peut y avoir de doute à cela? Est-ce qu'il ne faudrait pas faire le voyage de Genève2 et aller vous les demander à genoux, si on ne pouvait les obtenir qu'à ce prix? Choisissez, écrivez, envoyez, envoyez souvent. Je n'ai pu accepter vos offres plus tôt ; mon arrangement avec les libraires est à peine conclu. Nous avons fait ensemble un beau traité, comme celui du diable et du paysan de La Fontaine3. Les feuilles sont pour moi, le grain est pour eux ; mais au moins ces feuilles me seront assurées. Voilà ce que j'ai gagné à la désertion de mon collègue4. Vous savez, sans doute, qu'il continuera de donner sa partie mathématique. Il n'a pas dépendu de moi qu'il ne fît mieux. Je croyais l'avoir ébranlé ; mais il faut qu'il se promène. Il est tourmenté du désir de voir l'Italie. Qu'il aille donc en Italie5 ; je serai content de lui s'il revient heureux.

1. Pour Y Encyclopédie (voir, pages 437-438, la notice sur d'Alembertj. Voltaire qui venait de composer pour ce dictionnaire les articles Histoire et Idolâtrie s'étonnait de ne pas avoir reçu de Diderot un mot pour savoir s'il les acceptait.

2. Depuis 1755, Voltaire habitait son château des Délices, aux portes de Genève.

3. Allusion au contrat que, dans un conte de La Fontaine, le diable signe avec un paysan, et suivant lequel le paysan doit avoir les feuilles de tout ce qu'il plantera et

le diable la racine : le paysan trouve assez aisément le moyen de faire tourner ce contrat au désavantage du diable ; mais celuici, comme les libraires de Diderot, l'avait signé dans l'intention de laisser la peine au paysan et de prendre pour lui les profits.

4. Entendez : désormais du moins les bénéfices quels qu'ils soient seront pour moi seul. D'Alembert en effet, après avoir entrepris l'Encyclopédie avec Diderot, avait abandonné cette tâche féconde en tracas de toute sorte.

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