‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 215 sur 381 · Voir page 222. note · texte numérisé non relu

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Juillet 1767.

Eh bien, mon ami, où en êtes-vous ? Profitez-vous de l'absence de la cour et du retour de la belle saison. Ce cheval1 respire-t-il? S'élance-t-il fièrement vers les contrées barbares? Nous oifrira-t-il bientôt l'image d'un des plus beaux mouvements qu'il y ait dans la nature, un grand espace franchi d'un saut, par un animal qui sent son cavalier et qui lui répond? Le beau centaure à faire que le centaure-czar ! Et ce czar? Il me semble que je le vois. Comme il commande ! Comme les obstacles disparaissent devant lui !... Ils en mourront de rage, tous ces petits talents jaloux qui vous condamnèrent ici, en dépit de l'Ange, du Prophète de Saint-Roch, de Saint Ambroise2, et cœtera, à la sculpture délicate, au madrigal, à l'idée ingénieuse et fine. Je t'en prie, mon ami, tue-les. Que j'aie le plaisir de les voir foulés, écrasés sous les pieds de ton cheval...

Je n'ai bien senti toute la décadence de la peinture que depuis que les acquisitions que le prince de Galitzin 3 a faites pour l'impératrice ont arrêté mes yeux sur les anciens tableaux. Ou je me trompe fort, mon ami, ou l'art de Rubens, de Rembrandt, de Pœlenburg, deTéniers, de ^ouvermans ; est perdu. La belle collection que vous allez recevoir! Le prince, notre ami commun, fait des progrès incroyables dans la connaissance des beaux-arts. Vous seriez vous-même étonné de la manière dont il voit, sent et juge. C'est qu'il a le grand principe, l'âme belle. Une belle âme ne va guère avec un goût faux ; et si l'on me cite quelques exemples du contraire, je répondrai toujours que ces hommes auraient encore eu le tact plus

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