Lllc avait parlé d'elle dans une
quelques passages du Tasse ou de Virgile, mais uniquement par curiosité, parce que j'aime les pièces rares. Je ne la vis point, et l'on me dit qu'elle ne venait plus, depuis qu'une autre savante, couronnée des lauriers académiques des muses d'Italie *, s'était présentée aussi en cet endroit pour faire brilloter sa réputation. Cette jalousie me fit rire intérieurement. Quelle petitesse! Je remarque qu'en général l'esprit et le jugement, le brillant et le solide, logent rarement dans une même tête. Il semble que l'éclat des saillies, la vivacité d'une imagination riante et fertile, l'activité d'une mémoire prodigieuse, soient incompatibles avec la profondeur du discernement et la justesse du raisonnement.
Mais, pour achever l'exposé de mes actions, je te dirai que j'ai été hier avec ma paroisse, ou, pour parler plus exactement, avec le clergé, à la messe qui s'est célébrée à l'occasion de la canonisation de Mme de Chantai2, chez les Dames de la Visitation de Sainte-Marie. Ce sont mes bonnes amies. Te souvient-il que, lorsque nous étions au couvent tu me disais : Si jamais je me fais religieuse, je veux entrer chez les Récollètes a ; et moi, je répondais qu'en pareil cas je choisirais les Dames de Sainte-Marie. Il est vrai que le peu que je connais de leur institut me plaît ; mais ce ne serait pas assez pour me décider à une démarche de cette nature ; je crois qu'il faut bien réfléchir avant de s'y engager, et, à bien dire, tel que4 soit le genre d'état qu'on embrasse, le choix d'une vocation est toujours une affaire sérieuse, où l'erreur est bien facile et bien fatale.
En sortant de ce couvent, nous allâmes, maman et moi, nous promener au Luxembourg. Il faisait un temps admirable. J'aime beaucoup ce jardin solitaire et cham-
i. L'Italie comptait un nombre presque incroyable de sociétés littéraires ou Académies, instituant des concours et décernant des prix.