‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 235 sur 381 · Domestique, très dévouée à Marie Phlipon · texte numérisé non relu

Domestique, très dévouée à Marie Phlipon

à la maison, quelque motif qui l'appelle au dehors. Si quelqu'un (comme M. Roland, par exemple) vient me voir quand il se trouve chez lui, il quitte son cabinet pour assister dans ma chambre à la conservation (tu sens qu'il ne peut prendre beaucoup de part à celle qui a lieu entre moi et M. Roland ') ; alors si la personne reste longtemps, il s'impatiente du dérangement que souffrent ses occupations et son impatience se trahit par des manquements aux petites politesses que les circonstances peuvent exiger. Je faisais cette remarque dans la visite d'hier : l'esprit et l'imagination ne sont guère en train quand on essuie ces disgrâces. Il me faudrait ta sœur2 lorsque M. Roland se trouve ici : sa présence produirait des merveilles. — Je voulais causer avec lui de toi et de mille petites choses que j'avais préméditées : rien ne m'a réussi, ma très chère, et certainement j'ai dû paraître encore plus bête que la première fois; grande sera ma surprise si M. Roland revient voir un personnage si insipide.

Ce contretemps me fâche tout de bon, car votre ami est un homme intéressant à connaître. Malgré nos oppositions apparentes sur certaines choses, nous sommes d'accord sur le principal ; et s'il me connaissait comme tu me connais, je crois que ma façon de penser ne lui conviendrait pas mal. J'ai d'abord été tentée de croire qu'il aimait le singulier dans les opinions. Un homme qui ne voit dans M. de Buffon qu'un charlatan, et qui trouve son style seulement joli; qui, regardant Y Histoire de l'abbé Raynal comme fort peu philosophique 3, prétend qu'elle est bonne à rouler sur les toilettes * : un tel homme me paraissait lui-même singulier. J'ai écouté ses raisons, et comme je ne tiens à mes opinions que jusqu'à ce que j'en trouve de meilleures, j'estime un peu moins l'abbé

i. Allusion au peu d'instruction de Phlipon.

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