A M. BOSC i
12 octobre 17852.
Eh ! bonjour donc, notre ami. Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit ; mais aussi je ne touche guère la plume depuis un mois, et je crois que je prends quelquesunes des inclinations de la bête dont le lait me restaure 3 : j'asine à force et m'occupe de tous les petits soins de la vie cochonne de la campagne. Je fais des poires tapées qui seront délicieuses ; nous séchons des raisins et des prunes ; on fait des lessives, on travaille au linge ; on déjeune avec du vin blanc, on se couche sur l'herbe pour le cuver: on suit les vendangeurs, on se repose au bois ou dans les prés ; on abat les noix, on a cueilli tous les fruits d'hiver, on les étend dans les greniers. Nous faisons travailler le docteur4, Dieu sait ! Vous, vous le faites embrasser ; par ma foi, vous êtes un drôle de corps.
Vous nous avez envoyé de charmantes relations qui nous ont singulièrement intéressés ; en vérité, vous devriez courir toujours pour le plus grand plaisir de vos amis, et surtout ne pas oublier de les visiter.
Adieu ; il s'agit de déjeuner et puis d'aller en corps cueillir les amandiers. Salut, santé et amitié par-dessus tout.
Villefranche 5, le 10 novembre 1786.
Aussi du coin de mon feu 6, mais à onze heures du matin, après une nuit paisible et les soins divers de la
1. Bosc (17.39-1828), fils d'un médecin de Louis XV. Il était depuis 1784 secrétaire de l'intendance des postes. Naturaliste éminent, il entra à l'Institut en 1806.
2. Roland, inspecteur général des manufactures avait été. en 178^.
appelé dans la généralité de Lyon.
Sa femme et lui passaient la plus grande partie de 1 année au clos de
la Platière, propriété de familler non loin de Villefranche.