‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 27 sur 381 · Dryden (1631-1701), poète lyrique, satirique, dramatique · texte numérisé non relu

Dryden (1631-1701), poète lyrique, satirique, dramatique

4- Pope (1688-1744), poète, auteur de l'Essai sur l'homme et de l'Essai sur la critique.

5. Locke (1632-1704), célèbre philosophe auquel se rattachent presque tous les philosophes français du xvuie siècle (voir notre Introduction) : son principal ouvrage est l'Essai sur l'entendement humain.

6 . Calottes . Pamphlets très violents, œuvres d'un groupe d'écrivains, qui s'appelaient euxmêmes le régiment de la Calotte.

7. Bayle (1647-1706), érudit français, qui vécut en Hollande et dont les œuvres, notamment le célèbre Dictionnaire historique et critique (1697), rédigées avec autant de modestie que de bonne foi. sans aucun souci du succès mondain, peuvent être regardées comme un monument de cet esprit de libre examen qui devait animer les plus grands écrivains du xvine siècle, moins désintéressés d'ailleurs, pour la plupart, que leur illustre devancier.

comme si le prévôt des marchands se plaignait qu'il y eût à Paris trop de denrées: en achète qui veut. Une immense bibliothèque ressemble à la ville de Paris, dans laquelle il y a près de huit cent mille hommes : vous ne vivez pas avec tout ce chaos: vous y choisissez quelque société et vous en changez. On traite les livres de même; on prend quelques amis dans la foule. Il y aura sept ou huit mille controversistes, quinze ou seize mille romans, que vous ne lirez point; une foule de feuilles périodiques que vous jetterez au feu après les avoir lues. L'homme de goût ne lit que le bon, mais l'homme d'état permet le bon et le mauvais.

Les pensées des hommes sont devenues un objet important de commerce. Les libraires hollandais1 gagnent un million par an, parce que les Français ont eu de l'esprit. Un roman médiocre est, je le sais bien, parmi les livres ce qu'est dans le monde un sot qui veut avoir de l'imagination. On s'en moque, mais on le souffre. Ce roman fait vivre et l'auteur qui l'a composé, et le libraire qui le débite, et le fondeur, et l'imprimeur, et le papetier, et le colporteur, et le marchand de mauvais vin, à qui tous ceux-là portent leur argent. L'ouvrage amuse encore deux ou trois heures quelques femmes avec lesquelles il faut de la nouveauté en livres, comme en tout le reste. Ainsi, tout méprisable qu'il est, il a produit deux choses importantes, du profit et du plaisir.

Les spectacles méritent encore plus d'attention. Je ne les considère pas comme une occupation qui retire les jeunes gens de la débauche; cette idée serait celle d'un curé ignorant. Il y a assez de temps avant et après les spectacles, pour faire usage de ce peu de moments qu'on donne à des plaisirs de passage, immédiatement suivis du dégoût. D'ailleurs on ne va pas aux spectacles tous les jours, et dans la multitude de nos citoyens, il n'y a pas quatre mille hommes qui les fréquentent avec quelque assiduité. Je regarde la tragédie et la comédie comme des leçons

i. Les imprimeries et librairies di' Hollande jouissaient d'une réputation d'ailleurs méritée. Au pvn* et au wiiie siècle, ce pays eut

comme le monopole des éditionsclandestines et des contrefaçons littéraires. — Voir encore la note 5 de la page Vj-

VOLTAIRE

de vertu, de raison et de bienséance. Corneille, ancien Komain parmi les Français, a établi une école de grandeur d'âme ; et Molière a fondé celle de la vie civile. Les génies français formés par eux appellent du fond de l'Europe les étrangers qui viennent s'instruire chez nous et qui contribuent à l'abondance de Paris. Nos pauvres sont nourris du produit de ces ouvrages, qui nous soumettent jusqu'aux nations qui nous haïssent. Tout bien pesé, il faut être ennemi de sa patrie pour condamner nos spectacles. Un magistrat qui, parce qu'il a acheté cher un oflice de judicature, ose penser qu'il ne lui convient pas de voir Cinna, montre beaucoup de gravité et bien peu de goût.

11 y aura toujours dans notre nation polie de ces âmes qui tiennent du Goth et du Vandale ; je ne connais pour vrais Français que ceux qui aiment les arts et les encouragent. Ce goût commence, il est vrai, à languir parmi nous. Nous jouissons des veilles des grands hommes qui ont travaillé pour nos plaisirs et pour ceux des siècles à venir, comme nous recevons les productions de la nature; on dirait qu'elles nous sont dues. Il n'y a que cent ans que nous mangions du gland; les Triptolèmes1 qui nous ont donné le froment le plus pur nous sont indifférents ; rien ne réveille cet esprit de nonchalance pour les grandes choses, qui se mêle toujours avec notre vivacité pour les petites.

Nous mettons tous les ans plus d'industrie et plus d'invention dans nos tabatières et dans nos autres colifichets, que les Anglais n'en ont mis à se rendre les maîtres des mers, à faire monter l'eau par le moyen du feu2 et à calculer l'aberration de la lumière3. Les anciens Romains élevaient des prodiges d'architecture ; pour faire combattre

i. Triptolème : roi d'Eleusis, qui apprit aux hommes à cultiver le ble. Cérès l'avait, dit-on, initié aux secrets de l'agriculture, en récompense de l'hospitalité qu'elle avait reçue de son père.

2. Faire monter ieau par le moyen du feu. Allusion aux travaux des Anglais, dont les premières machines à vapeur, inventées en

1705 par le forgeron Newcommen, servirent à élever de l'eau.

3. Aberration de la lumière. Phénomène par l'effet duquel les étoiles sont vues de la terre dans une direction différente de la direction réelle. La découverte en est due à l'astronome Bradley (1692-1762).

/|. Des prodiges d'architecture : Le

des bêtes ; et nous n'avons pas su depuis un siècle bâtir seulement une salle passable, pour y faire représenter les chefs-d'œuvre de l'esprit humain. Le centième de l'argent des cartes1 suffirait pour avoir des salles de spectacle plus belles que le théâtre de Pompée; mais quel homme dans Paris est animé de l'amour du bien public? On joue, on soupe, on médit, on fait de mauvaises chansons, et on s'endort dans la stupidité, pour recommencer le lendemain son cercle de légèreté et d'indifférence. Vous, monsieur, qui avez au moins une petite place dans laquelle vous êtes à portée de donner de bons conseils, tâchez de réveiller cette léthargie barbare, et faites, si vous pouvez, du bien aux lettres, qui en ont tant fait à la France.

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