‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 280 sur 381 · Allusion à quelque fait qui nous échappe · texte numérisé non relu

Allusion à quelque fait qui nous échappe

7. Shaftesbury (1671-1713), homme politique anglais, qui a laissé plusieurs essais de philosophie scep-

i tique et mondaine.

naire anglais, Tacite et Plutarque ; je mène ici la vie que je menais dans mon cabinet chez moi, à l'hôtel ou ailleurs, il n'y a pas grande différence ; j'y aurais fait venir un instrument1 si je n'eusse craint le scandale ; j'habite une pièce d'environ dix pieds en carré ; là, derrière les grilles et les verrous, je jouis de l'indépendance de la pensée, j'appelle les objets qui me sont chers, et je suis plus paisible avec ma conscience que mes oppresseurs ne le sont avec leur domination. Croirais-tu que l'hypocrite Pache 2 m'a fait dire qu'il était fort touché de ma situation : « Allez lui dire que je ne reçois point cet insultant compliment; j'aime mieux être sa victime que l'objet de ses politesses; elles me déshonoreraient. » Ce fut ma réponse. Tu verras ci-joint comme j'ai écrit à Garât3; ce n'était pas la première, mais c'est bien mon ultimatum. Il n'y a rien à attendre de ces gens-là : il faut les mettre à leur place pour les y montrer à la postérité ; c'est tout ce que je prétends faire. Si je n'avais point écrit à la Convention le 1er juin 4, je n'aurais pas pris cette mesure plus tard ; j'ai empêché que R... 3 lui adressât rien depuis le 2 juin. Elle n'est plus Convention pour quiconque a des principes et du caractère ; je ne connais point d'autorité à Paris, maintenant, que je voulusse solliciter ; j'aimerais mieux pourrir dans mes liens que de m'abaisser ainsi. Les tyrans peuvent m'opprimer, mais m'avilir? jamais, jamais! Les scellés sont chez moi sur tous mes effets, linge et bardes, portes et fenêtres; il n'y a qu'un petit coin de réservé pour mes gens ; la pauvre bonne6 dépérit à vue d'œil ; elle me saigne )e cœur : je la fais pourtant rire quel-

i. De musique, guitare ou clavecin.

2. Pache (17^,0-1823), maire de Paris, qui s'était mis à la tète des sections pour demander la mise en accusation des vingl-deux.

:',. Garât (i-jf{^-iKV.ij, philosophe superficiel et écrivain élégant, alors ministre de la justice, et qui favoris;] la politique de Pache et des montagnards contre les Girondins.

Nous avons la lettre que lui écrivit -M" Roland.

',. Klle veut dire que, maintenant | touchante

qu'elle connaît mieux le caractère de ses ennemis, elle ne leur écrirait plus. La lettre à la Convention dont elle parle ici, avait été écrite quelques heures avant l'arrestation de Mme Roland : elle y protestait d'avance contre l'arrestation de son mari, qui d'ailleurs ne put avoir lieu.

Page 1