‹ Lettres du XVIIIe siècleChapitre 294 sur 381 · AU PRÉSIDENT DE RUFFEY · texte numérisé non relu

AU PRÉSIDENT DE RUFFEY

Montbard, le 21 novembre 1709.

Il faut que vous me pardonniez, mon cher président; j'écris très rarement, pour ne pas fatiguer mes yeux, qui sont devenus très faibles depuis un an. Je ne doute pas que vous n'ayez pris grande part à mes peines; j'ai perdu un enfant qui commençait à se faire entendre, c'està-dire aimer. Sa mère a aussi couru le plus grand danger, elle n'est encore qu'en convalescence. Elle me charge de vous remercier et Mme de RufFey de l'intérêt que vous avez pris tous deux à sa situation. Quand elle sera rétablie, je compte remmener à Paris passer l'hiver. Nous ne nous y promettons pas un séjour agréable; tout y est cher, tout y est triste. Je viens d'envoyer ma vaisselle à votre Monnaie1 ; il vaut encore mieux qu'on ait demandé de l'argent aux gens aisés que d'avoir surchargé les pauvres. Vous qui êtes si honnête et si bon, ne gémissezvous pas sur leurs malheurs? Adieu, mon cher ami; conservez-moi des sentiments qui me sont et seront toujours bien précieux. Donnez-moi de temps en temps de vos nouvelles, et soyez convaincu que personne ne vous est plus inviolablement attaché que moi. Mes respects à Mmc de Ruffey.

BlJFFON.

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