JEAN LE ROND
NOTICE
Fils du chevalier Destouches, commissaire général de l'artillerie, d'Alembert fut abandonné dès sa naissance et élevé, grâce à une rente que lui assura son père, sous le nom de Jean le Rond ; il prit à vingt et un ans le nom sous lequel il est devenu illustre. Dès lors il commença à se faire connaître par quelques mémoires scientifiques et, en 1742, il était nommé membre adjoint de l'Académie des sciences.
Sa réputation ne fait dès lors que grandir, et elle n'est pas moins répandue dans la société littéraire que parmi les savants. A la vérité nous ne trouvons guère aujourd'hui que d'Alembert mérite comme écrivain la haute estime que beaucoup de ses contemporains ont professée pour lui. Son style nous semble presque toujours et tout à fois emphatique et froid, abstrait et sans précision. Il n'en fut pas moins membre (1754), puis secrétaire perpétuel (4772) de l'Académie française. Celui de tous ses ouvrages qui contribua le plus à sa fortune littéraire, et qui aujourd'hui encore donne la meilleure idée de son talent, c'est le Discours préliminaire qu'il composa pour servir de préface hY Encyclopédie (1751). On sait qu'il a vai t ,
D'AIembert.
avec son ami Diderot, conçu le plan de ce vaste Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers; mais que, l'entreprise ayant été contrariée parle mauvais vouloir de l'administration, d'Alembert l'abandonna (1759), tandis que Diderot persistait dans son dessein, qu'il eut la gloire de mener jusqu'à son achèvement. D'Alembert n'était cependant pas un esprit timide ; mais il était ennemi du fracas, et c'est sans doute à la modération naturelle de son caractère qu'il dut surtout l'autorité morale dont il jouit dans le monde, non moins que dans le parti philosophique, qui le regardait volontiers comme son second chef, comme une sorte de lieutenant de Voltaire : ce dernier lui-même n'eut pas, dans la seconde moitié de sa vie, de correspondant plus assidu. Par son humeur indépendante autant qu'affectueuse, d'Alembert attirait la confiance, et si l'on veut oublier certaines vivacités qu'expliquent ou la trop grande liberté des mœurs de son temps ou l'ardeur de la lutte dans laquelle le parti philosophique était engagé, on trouvera sans doute que sa correspondance lui fait honneur : elle décèle une âme qui fut généreuse sans effort, et, comme on l'a dit1, sans ostentation'2.