Le vicomte dé Vichy, que M»« Du Delîand avait recommandé
au duc et à la duchesse de Choi se ni. 3. Mme Du Deffand venait de composer un portrait très élogieux de Muic de Choiseul.
cœur seul me jugera, je n'aurai rien à désirer. Mais sans nulle modestie, et pour l'honneur inviolable de la vérité, je vous démontrerai, quand j'en aurai le temps, que ce portrait écrit avec tant d'esprit, de feu et de grâce ne me ressemble presque en rien. Je vous apprendrai, à mes dépens, à me connaître; mais gardez-m'en, je vous prie, le secret pour vous seule.
Mon Dieu non, ma chère enfant, je n'ai pas montré ce portrait1 à l'abbé2; d'abord, je n'ose pas le dire, parce que je l'ai oublié, et si je m'en étais souvenue, je le lui aurais bien moins montré encore. Mais j'apprends que vous le faites voir à tout le monde. Gela me fâche en vérité. C'est un ridicule pour moi, parce qu'il ne me ressemble pas. Ce serait une fatuité s'il me ressemblait. Enfin, ne le montrez plus, je vous en prie ; laissez moi seulement dire : Ah ! combien je suis aimée de ma chère petite-fille, puisqu'elle me voit ainsi!... Cela suffit à ma gloire et à mon sentiment.
Janvier 1767.
Malgré ce que vous ai écrit, ma chère enfant, malgré ce que je vous ai dit, je vois que vous montrez le portrait3. J'ai entendu hier que vous en parliez à tout le monde. Croyez, je vous en conjure, qu'autant je suis non flattée, mais touchée que vous me voyiez ainsi, autant je suis peinée que vous vouliez faire partager un enthousiasme qui glacera tout ce qui ne m'aime pas autant que vous : et en nous rendant justice à toutes deux, vous conviendrez qu'il n'y en a pas beaucoup!... Encore une fois, il n'a été que trop vu, on nen a que trop parlé, et vous me perdez s'il
1. Voir la note 3 de la page ',78. I 3. Voir la noie 3 de la page ',78, et
2. L'abbé Barthélémy (voir p. 48y). | les deux lettres précède aies.
en est question encore. Ne tournez pas contre la pauvre grand'maman qui vous aime tant la marque d'amitié la plus sensible que vous puissiez lui donner. Je vous sais pourtant bien bon gré de ne l'avoir pas donné à l'abbé. Adieu, ma chère enfant. Croyez en ma prudente vieillesse, et souvenez-vous toujours qu'il n'y a que vous d'enfant dans ce siècle.