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Le grandpapa : M. de Choiseul

6. C'est-à-dire les personnes qui viendront, à ce que vous dites, par le même carrosse que vous.

7. L'évèque d'Arras (M. de Conzié) et le prince (de Bauffremont) étaient grands amis des Choiseul et de M»« Du Deffand.

8. Ce qui se passe. Le parlement venait d'être exilé par le chancelier Maupeou.

bien d'autres : ne fût-ce qu'à cause de cela, il vaut bien mieux être ici, avec nous, au sein de la paix et de l'amitié.

Je vous envoie une lettre que j'ai reçue du baron de Gleichen *, qui m'a paru charmante. Chargez-vous de l'en remercier pour moi; car, d'ici à longtemps, vous sentez bien que je ne veux ni ne dois plus écrire dans les pays étrangers...

Voilà le grand-papa qui veut que je vous embrasse pour lui.

A Chanteloup, ce 18 juillet 1771.

Comment avez-vous pu imaginer, ma chère petite-fille, de dire des coquetteries de ma part à Mme d'Aiguillon2? Vous me mandez du bien d'elle; je vous réponds que je ne suis point étonnée du bien que vous m'en dites, parce que j'en ai toujours beaucoup pensé et que je respecte son caractère; mais c'est à vous que je le dis, et non à elle, ni pour que cela lui soit redit. Quand son fils était dans une situation plus fâcheuse que la disgrâce3, et mon mari dans une position plus flatteuse que la faveur4, je devais faire connaître à Mmed'Aig-uillon toute mon estime pour elle, pour adoucir l'aigreur et rapprocher l'éloignement que la différence de nos situations devait mettre entre nous. Aujourd'hui tout est changé. Son fils a la puissance ; il ne reste plus à mon mari que l'honneur, et ce serait une bassesse insigne à moi de chercher à plaire à Mme d'Aiguillon. J'aurais l'air de quémander sa bienveillance, sa protection. Dieu m'en garde! Je n'ai plus besoin de plaire à personne, puisque personne n'a plus besoin de moi. Comment n'avez-vous pas senti cela, ma chère petite-fille? Comment avez-vous pu me compro-

1. Envoyé extraordinaire de Danemark, un des meilleurs amis ■I- M— DuDeffand.

:>.. Mme 'l'Aiguillon (morte en 1772 mère du ministre qui venait de suedéder à Choiseul.

:! Allusion aux débats fâcheux

du duc d'Aiguillon, alors gouverneur de Bretagne, et du parlement de cette province.

4- La duchesse veut faire sans doute entendre que son mari était aussi cher au peuple qu'en faveur auprès du roi.

mettre dune si étrange manière ? Si je le disais au grandpapa ', il en serait aussi blessé que moi. Grâce au crel, nos sentiments sont conformes sur cet article, et il n'aura jamais, j'espère, à rougir des miens. Réparez donc le tort que vous m'avez fait; et si vous avez parlé, montrez plutôt ma lettre à Mme d'Aiguillon que de lui laisser croire que j'ai voulu lui faire ma cour. J'aimerais mieux qu'elle sût ce que je pense de son iils, que de me supposer cette indigne intention; mais mon éloignement pour la bassesse ne doit pas me porter à l'insulte. Ce serait l'insulter que de le lui dire ; et elle n'est assurément pas faite pour être insultée. Si elle est digne de ce que je pense d'elle, ma roideur ne doit ni l'étonner ni l'offenser; mais elle nedoit pas non plus se croire redevable envers moi, si mon opinion n'est qu'une justice; si elle était une erreur, que pourrait lui faire ce qu'elle appellerait alors ma brutalité? Encore une fois, montrez-lui plutôt ma lettre, si vous avez parlé, que de me laisser compromise d'une façon aussi flétrissante pour moi ; et, une bonne fois pour toutes, mettez-vous bien en tète que vous ne devez faire ma cour à personne, ni m'attirer les services de qui que ce soit. Je ne sais pas à qui je pourrais souffrir l'insolente prétention de m'en rendre. Je m'attends bien que vous trouverez que je prends le carême trop haut2. Mais quand vous vous supposeriez dans ma situation, vous ne mettriez pas pour cela votre caractère à la place du mien, parce qu'on ne peut voir les mêmes objets de la même manière qu'avec les mêmes yeux. Ainsi, quand j'aurais tort pour vous, il ne s'ensuivrait pas de là que j'eusse tort pour moi. Si, dans la puissance de mon mari, vous m'eussiez vue protectrice, vous auriez raison de trouver mauvais que je ne voulusse pas être protégée aujourd'hui. Si, dans sa faveur, vous m'eussiez vue haute, dominante, insultante, vous auriez raison de trouver mauvais que je ne

i. C'est-à-dire au duc de Choiseul. t sion proverbiale, d'ailleurs peu usi- 9.. Il semble que la duchesse tée, qu'elle emploie. Aussi faut-il veuille dire : « Vous trouverez que | peut-être entendre : « Vous trouj'atlache bien de l'importance à | verez que je vous demande une une petite affaire. » Ce n'est pour- chose trop difficile, en vous priant tant pas le sens vrai de l'exprès- \ au besoin de montrer ma lettre. »

fusse pas aujourd'hui basse, soumise, rampante. J'en appelle à M. Walpole1. Si vous ne m'entendez pas, un Anglais doit m'entendre.

Je vous fais mon compliment sur le bonheur que vous avez de le posséder. Dites-lui, je vous prie, des choses infinies pour moi, et marquez-lui bien le regret que nous avons de ne pas le voir.

J*ai embrassé le prince2 pour vous. J'ai fait vos compliments à la princesse. J'ai montré votre lettre à l'abbé. J'ai rendu vos amours au grand-papa. Nous vous aimons tous, et moi plus que personne3.

A Chanteloup, ce 26 juillet 1771.

Je vois que vous êtes horriblement fâchée contre moi4, et je suis au désespoir de vous avoir fait de la peine. Mais nous nous aimons trop pour que nos petites altercations puissent avoir des suites et des conséquences, et les avances que vous pourriez faire de ma part dans la position où je me trouve, et surtout à Mmc d'Aiguillon, en ont beaucoup. Ainsi jenemerepens nullement de tout ce que je vous ai mandé. Je vous prie seulement de croire que je ne vous ai écrit que d'après moi. Je n'ai montré votre lettre ni la mienne à personne; j'en ai seulement parlé à l'abbé, après vous avoir envoyé ma réponse. On peut diriger ma conduite, on peut me suggérer des pensées, mais mes sentiments sont à moi; on ne me les inspire pas. \ ous voulez que je vous transcrive la phrase de votre lettre qui m'avait donné des inquiétudes légitimes, et que vous avez vérifiées ; la voici :

« Je dirai à Mme d'Aiguillon tout ce que vous me dites d'elle. »

(lest justement ce que je ne voulais pas. Vous me mandez aujourd'hui lui avoir dit que je vous ai répondu,

i. Sur Walpole, voir page i65.

'. Le prince de Beauvau (1730 1793), qui fut maréchal de France en 1783.

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