JEAN-JACQUES
NOTICE
L'abbé Jean-Jacques Barthélémy, qui naquit à Cassis, près de Marseille, est surtout connu pour avoir écrit le Voyage du jeune Anacharsis. Mais longtemps avant la publication de cet excellent livre (1788), ses contemporains le regardaient comme un savant très estimable et comme un homme de beaucoup d'esprit. Garde du cabinet des médailles, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, il s'attacha en 1755 à la fortune du duc de Choiseul, alors comte de Stainville et ambassadeur à Rome, et, depuis, lui resta fidèle, dans la fareur et dans la disgrâce. Ami du travail et des recherches érudites, Barthélémy regretta peut-être plus d'une fois d'avoir quitte, pour la vie mondaine, sa retraite et son emploi. Mais il n'en laissa rien deviner au duc et à la duchesse, que oes regrets eussent peut-être affligés. Il fut pour eux, surtout pour la duchesse, non pas un secrétaire
L'abbé Barthélémy.
dévoué, mais un ami sûr, qui n'ignora rien des joies et des tristesses de ses protecteurs, et qui s'y associa sincèrement. Spirituel et modeste, il s'attira l'affection de tous ceux qui fréquentèrent à Chanteloup, notamment de Mme Du Deffand. La gravité et l'autorité lui font un peu défaut : mais ses lettres ont tout l'agrément qu'on peut attendre d'un très honnête homme que sa fortune et sa délicatesse ont rangé dans une condition subalterne, et qui s'en contente, heureux et reconnaissant de l'estime qu'on professe pour son caractère et pour son talent1.
14 janvier 1771.
M. le comte de Stainville3 part demain pour Paris. J'espère qu'il voudra bien se charger de cette lettre. Je vous ai promis des détails et de vous dire la vérité. Je vais m'en donner le plaisir. Je commence par le grandpapa \ Il est tel que vous l'avez vu avant son départ : gai, tranquille, indifférent sur tout ce qui s'est passé; n'ayant pas la moindre crainte sur l'avenir, parce qu'il n'est pas en lui de craindre ; plus aimable que jamais, et devenu encore plus intéressant par la gloire dont sa retraite est accompagnée. La grand'maman a le même calme et la même fermeté ; elle est heureuse jusqu'au fond de l'âme. Elle s'est réunie avec sa belle-sœur5 pour faire le bonheur du grand-papa; elles se préviennent l'une et l'autre par toutes sortes d'attentions et de politesses. Vous savez de quoi la grand'maman est capable. Il faut rendre justice à Mme la duchesse de Grammont; ses procédés sont on ne peut plus honnêtes. Je leur dois l'accueil que
1. Les lettres qui suivent sont extraites de l'édition de la Correspondance de Mn,e Du DelTand publiée par M. de Saint-Aulaire (voir page 166, note 2).
2. Cette lettre est écrite de Chanteloup trois semaines après la chute de Choiseul.