Mauvillon avait peu de fortune avec de lourde- charges
■>.. En général on peut donner le nom d'économistes à tous ceux qui.
au xvne siècle, cherchèrent à déterminer scientifiquement les lois de la production et de la circulation des richesses et qui déduisirent de ces principes la théorie de la liberté des échanges et de l'industrie. Leurs adversaires purent leur reprocher (voir la notice sur
Galiani, page 456) d'abuser de la méthode rationnelle et de ne pas tenir assez de compte des traditions historiques et de l'état présent des choses. C'est ainsi qu'on put exploiter contre Turgot lui-même les révoltes que la disette lit éclater sous son ministère.
:J>. Ormazd (Ahura-Mazdà) et Ahriman (Aghra-Mainyus . génies du bien et du mal dans le système de Zoroastre.
est. Je me crois obligé de porter désormais cette extrême tolérance sur toutes les opinions philosophiques et religieuses. Il faut réprimer les mauvaises actions, mais souffrir les mauvaises pensées, et surtout les mauvais raisonnements. Le dévot et l'athée, l'économiste et le réglementaire1 aussi servent à la composition et à la direction du monde, et doivent servir aux têtes douées de la bonne ambition d'aider autant que le peut notre faiblesse au bien-être du genre humain. Tolérons donc les écrivains quelconques : s'ils appellent à la raison, c'est très bien fait; nous leur parlerons raison; s'ils invoquent la liberté, c'est encore mieux fait ; nous leur dirons que la liberté de penser, d'écrire, surtout celle des actions innocentes, celle du travail et du commerce, sont l'âme de la politique. Ils battront des mains, et répéteront avec nous, et leurs élèves en feront autant... En vérité, dans un certain sens, tout m'est bon; les événements, les hommes, les choses, les opinions; tout a une anse, une prise. Je deviens trop vieux pour user mon reste de force à des guerres. Je veux la mettre à aider ceux qui aident, et à me faire aider par ceux mêmes qui n'y songent que faiblement, en leur persuadant qu'ils ont été très utiles. Que m'importe à d'autres conditions la gloire, qu'il ne faut employer elle-même que comme un outil ? Ce serait vanité d'en faire un autre usage. N'excommunions personne et associons-nous à quiconque a un cheveu sociable. Mal est ce qui nuit ; bien est ce qui sert2. Nous devons nous garder d'être ennemis des autres écoles. (Test la postérité qui marquera les rangs. Notre affaire à nous c'est d'avancer, si nous le pouvons, de quelques aimées, de quelques mois, de quelques jours, le règne de la propriété, de la liberté et des secours réciproques.
8 novembre 1788.
Y réfléchissez-vous quelquefois, mon ami, à cette
1. Le partisan du libre-échange | 2. Vieille définition de jurispruct relui de la protection. | dence.
MIRABEAU
étrange position où se trouve la France? Rien de plus extraordinaire ; rien de plus digne d'observation ! La question qui nous agite (le mode de convocation de l'Assemblée nationale1) tient aux parties les plus ignorées de notre histoire ; elle tient aux principes les plus importants de l'ordre social. Elle va décider des caractères que prendra la révolution qui s'opère parmi nous; y faire prédominer la raison ou les préjugés, l'intérêt général ou les intérêts privés, avancer ou reculer notre siècle. Un tribunal extraordinaire est institué pour en connaître. Pour la première fois, tout le monde est invité à parler et à écrire. Mais il faut que ce procès de la nation contre la nation même soit instruit et décidé en moins de deux mois ! Tel est l'empire des circonstances ! Telle est la marche forcée des événements !
La France n'est plus gouvernable que par les états généraux ; nous voulons être assemblés en corps de nation, mais nous ne savons comment nous y prendre. Certes il n'y a point ici de difficulté réelle. Mais assurément elle paraîtra un jour bien bizarre à nos neveux, et elle ne doit pas induire les étrangers à bien présumer d'une révolution, qui s'ouvre par de semblables préliminaires.
Eh ! voyez, mon ami, combien nous avons couru de hasards, qui nous auraient fait échapper à la question qui nous divise.
Si nous avions conservé nos états généraux, comme
me nation voisine -, qui est partie du même point que
nous, pour s'élever à sa constitution actuelle; ils se
i. Louis XVI. après avoir convoqué une première assemblée de notables (février-mai 1787), avait reconnu la nécessité de reunir les états généraux. Quelle serait la forme de ces états, le mode de convocation de ce que Mirabeau appelle déjà l'Assemblée nationale, e est pour résoudre cette question que tut convoquée une seconde assemblée de notables (5 octobreiv. décembre 1788). C'est à ce moment qu'est écrite la lettre de Mirabeau. On sait que le roi comprit que le tiers état, qui était presque
toute la nation ne pouvait être représenté par des députes moins nombreux que ceux des deux ordres privilégiés : il décida que le tiers aurait une représentation double de celle de chacun des deux autreordres; concession d'ailleurs insuffisante, et à peu près illusoire, si elle ne devait pas être complétée par la substitution du vote par tête au vote par ordre. — Voir la lettre suivante et la note 1 de la page 5in. 2. L'Angleterre. En France, il n'y avait plus eu d'états généraux depuis 1614.
seraient nécessairement réformés par les mêmes besoins et suivant les mêmes principes; ainsi que les Anglais, nous aurions peut-être gardé la plus vicieuse représentation1. Mais au moins la nation se serait mise en possession de ses droits, le tiers état ne serait plus le dernier ordre ; il serait la puissance législative sous le nom de Communes de France.
Si le roi en 1787, au lieu d'une assemblée de notables, avait convoqué la nation même, pour lui remettre ses droits, il eût appelé autour de lui tous les ordres du royaume, dans le nombre qui convient à un aussi grand empire, et dans la proportion qui pouvait faire prédominer l'intérêt général, et la nation, dans l'ivresse de sa reconnaissance, ne se serait souvenue qu'elle avait eu autrefois des chefs, que pour se féliciter d'une constitution nouvelle, dont la justice et la sagesse auraient encore mieux éclairé les vices et les dangers de l'ancienne.
Si cette année même, dans les mouvements de l'insurrection dont nous nous ressentons encore 2, le royaume s'était tumultueusement rassemblé, ainsi que le Dauphiné3, qui a donné tant de belles leçons et des exemples plus utiles encore, nous n'aurions consulté, dans cette première démarche, que le bon sens naturel, qui explique aisément les droits réciproques : nous n'eussions eu ni le temps ni le désir de consulter les greffes de nos bailliages, et avant de constituer une autre Assemblée, nous en aurions eu une où le peuple aurait eu sa prépondérance légitime, parce que lui seul en pouvait faire la force.
Knfin, si tous ces monuments de nos antiques représeï l(> talions s'étaient trouvés recueillis dans un seul dépôt, un incendie aurait pu les consumer, et nous ne serions plus exposés à y ('garer notre raison.
Notre malheur vient donc d'avoir conservé ces vieilles
1. Allusion à la corruption qui a souvent déshonoré les élections anglaises.
\llnsioii à l'émeute qui avaii éclaté à Grenoble (juin 1788), quand le gouvernement voulut en détruire h- parlement. D'autres émeutes n'étaienl produites pour la même
raison en Normandie, en Bretagne, en Béarn, en Provence.
3. Les états provinciaux du Dauphiné, réunis à Vizille, près de Grenoble, avaienl proclamé, pour la première l'ois en France, le principe de la doulde représentation du tiers état (i>i juillet 1988 .
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archives; d'avoir eu autrefois des Assemblées qui n'ont pas su se maintenir; de n'avoir pas fait, par un trouble civil, ce que nous faisons aujourd'hui dans un ordre légal. Sans cela personne ne nous contesterait le droit de nous servir de nos progrès, pour voir à ' la constitution que nous voulons nous donner; et le roi serait béni pour la même chose contre laquelle il voit s'élever de si vives oppositions.
Et cependant quelle importance, quel décisif redoutable dans le choix qu'on va faire!
Que la nation reçoive une représentation juste, sage, proportionnée entre les divers membres de l'Etat, propre aux grands effets qui en doivent résulter, la confiance la plus respectueuse s'y attachera; car ces oppositions, dont on fait tant de bruit d'avance, se dissipent à la fin dans les acclamations générales ; elle se perfectionnera par les décrets de cette Assemblée même; n'ayant pas de direction au mal. elle fera les plus grands biens ; l'esprit du siècle passera tout entier dans les délibérations d'une Assemblée pareille ; et ce sera nous qui réformerons, par notre exemple, les autres nations libres de l'Europe.
Qu'au contraire les états de 161 i soient adoptés 2 comme les parlements, qui ne veulent que rendre les états généraux inutiles, le demandent tant. Que les états de 1614 soient adoptés (j'en suppose un instant le plan applicable à l'état actuel du royaume, et il ne l'est en aucun sens3)
i. Voir à, c'est-à-dire s'occuper de.
2. C'est-à-dire que le mode de convocation soit le même qu'en 1614, que chacun des trois ordres y ligure avec le nombre traditionnel de ses représentants et suivant la hiérarchie traditionnelle.
3. On voit combien les sentiments de ce Mirabeau, qui fut à la fois un grand homme d'étude et un grand homme d'action, et qui vivait au milieu même des événements qu'il apprécie, diffèrent de la théorie trop vantée de certains écrivains hostiles à la Révolution, Burke, Joseph de Maistre, Taine : ceux-» i îvprochentaux hommes de la Constituante d'avoir rompu tout d'un coup avec les traditions historiques de la France et opposent volontiers à
celte brusque rupture l'exemple de l'Angleterre, qui vit ses libertés se développer constamment et progressivement à travers les loniisiècles de son histoire. Mirabeau et ceux qui pensent comme lui répondraient sans doute que le sort de l'Angleterre leur paraît enviable Mais en France les novateurs n'ont pas à rompre les traditions : il les trouvent rompues. Pour ne parler par exemple que des états géneraux, la monarchie a négligé de les convoquer depuis 17.Ô ans : prétendraii-on, au bout d'un intervalle si long, quand tout a changé, les mœurs, l'esprit, les conditions et les rapports sociaux, prendre encore pour modèle, l'organisation de I Assemblée de 1614?
nous redevenons, autant qu'il est en nous, un peuple féodal : nous n'éprouvons l'activité récente de nos lumières que pour les soumettre à la caducité de nos vieux préjugés. Une partie de la nation peut encore tenter d'opprimer l'autre ; celle-ci sentir enfin toutes ses injures et mesurer ses droits à sa puissance réelle. Cette Assemblée, désavouée par les trois quarts de la nation et mal organisée, n'osera ou ne pourra toucher aux grandes réformes qui sont à faire. Elle sera réduite après de longs troubles à faire place à une autre plus rapprochée des bons principes, si ses honteuses discussions ne l'ont pas rendue aussi incapable de la connaître 1 qu'indigne de la voter : et nous reviendrons ainsi à ce que dix ou douze bons citoyens proposent aujourd'hui : nous y reviendrons, dis-je, s'il en est temps encore.
Voilà de quoi il s'agit pour nous. Ne vous étonnez pas. mon ami, si tout mon temps y est. Ne vous étonnez pas non plus si je ne publie rien à cet ég'ard. Mon parti est irrévocablement pris de ne rien imprimer sur les questions qui nous divisent, et en général sur l'Assemblée nationale, que je ne sois sûr d'en être ou de n'en être pas; parce que je ne veux pas me donner une seule chance par ma faute pour en être exclu ; le rôle d'acteur étant dans ces circonstances tout autrement important que celui d'instructeur...