Hui/gens (1629-1695), illustre ma
ture(i67i). L'Académie de peinture thématicien et astronome hollan
patrie qu'ils honorent, pour venir en France jouir de l'estime et des bienfaits de Louis XIV. Et pensez-vous que les Anglais mêmes ne lui aient pas d'obligation ? Ditesmoi, je vous prie, dans quelle cour Charles II J puisa tant de politesse et tant de goût. Les bons auteurs de Louis XIV n'ont-ils pas été vos modèles? N'est-ce pas d'eux que votre sage Addison 2, l'homme de votre nation qui avait le goût le plus sûr, a tiré souvent ses excellentes critiques? L'évêque Burnet3 avoue que ce goût, acquis en France par les courtisans de Charles II, réforma chez vous jusqu'à la chaire, malgré la différence de nos religions; tant la saine raison a partout d'empire î Dites-moi si les bons livres de ce temps n'ont pas servi à l'éducation de tous les princes de l'empire. Dans quelles cours de l'Allemagne n'a-t-on pas vu des théâtres français? Quel prince ne tâchait pas d'imiter Louis XIV? Quelle nation ne suivait pas alors les modes de la France ?
Vous m'apportez, milord, l'exemple du czar Pierre le Grand, qui a fait naître les arts dans son pays, et qui est le créateur d'une nation nouvelle; vous me dites cependant que son siècle ne sera pas appelé dans l'Europe le siècle du czar Pierre; vous en concluez que je ne dois pas appeler le siècle passé le siècle de Louis XIV. Il me semble que la différence est bien palpable. Le czar Pierre s'est instruit chez les autres peuples; il a porté leurs arts chez lui ; mais Louis XIV a instruit les nations ; tout, jusqu'à ses fautes, leur a été utile. Des protestants, qui ont quitté ses Etats, ont porté chez vous-mêmes une industrie qui faisait la richesse de la France. Comptez-vous pour rien tant de manufactures de soie et de cristaux? Ces dernières surtout furent perfectionnées chez vous par nos réfugiés, et nous avons perdu ce que vous avez acquis.
dais. Il fut appelé à Paris par Colberl ri comme membre de l'Académie des sciences. Il retourna en Hollande après la révocation de l'édit de Nantes (l685 .
i. Les mœurs et la littérature anglaise, sous le règne de Charles II (i66o-i685), pensionné lui-même par Louis XIV, se sont en effet beaucoup réglées sur le goût français.
2. Addison (voir page 43* note V esl l'écrivain anglais, qui par sa pureté un peu froide devait s'accommoder le mieux au goût classique de l'ancienne France.
:'.. Burnet (1643-1715). évêque de Salisbury ; il a publié une célèbre Histoire de la réformntion de l'Eglise d'Angleterre et une Histoire de mon temps.
VOLTAIRE
Enfin la langue française, milord, est devenue presque la langue universelle. A qui en est-on redevable? Étaitelle aussi étendue du temps de Henri IV? Non, sans doute; on ne connaissait que l'italien et l'espagnol. Ce sont nos excellents écrivains qui ont fait ce changement. Mais qui a protégé, employé, encouragé ces excellents écrivains? C'était M. Colbert, me direz-vous; je l'avoue, et je prétends bien que le ministre doit partager la gloire du maître. Mais qu'eût fait un Colbert sous un autre prince, sous votre roi Guillaume1, qui n'aimait rien, sous le roi d'Espagne Charles II2, sous tant d'autres souverains?
Croiriez-vous bien, milord, que Louis XIV a réformé le goût de sa cour en plus d'un genre? Il choisit Lulli pour son musicien, et ôta le privilège à Cambert3, parce que Cambert était un homme médiocre et Lulli un homme supérieur. Il savait distinguer l'esprit du génie; il donnait à Quinault v, les sujets de ses opéras ; il dirigeait les peintures de Lebrun5, il soutenait Boileau, Racine et Molière, contre leurs ennemis ; il encourageait les arts utiles comme les beaux-arts, et toujours en connaissance de cause : il prêtait de l'argent à Van Robais 6 pour établir ses manufactures ; il avançait des millions à la Compagnie des Indes, qu'il avait formée ; il donnait des pensions aux savants et aux braves officiers. Non seulement il s'est fait de grandes choses sous son règne, mais c'est lui qui les faisait. Souf-
i. Guillaume III (1GS8-1702).
2. Charles 77 (1 660-1700). roi débile, sous le règne duquel l'Espagne s'affaiblit beaucoup.
3. Cambert, surintendant de la musique d'Anne d'Autriche, avait obtenu, avec le poète Perrin, le privilège d'établir une Académie royale de musique (1669) : les deux collaborateurs y firent représenter le premier par 'la date des opéras français. Pomone '1671). Mais l'année suivante, le privilège lui fut retiré en faveur de Lulli (1633-1687), surintendant de la musique du roi, le plus grand des musiciens français du xvne siècle, et qu'on peul regarder comme le fondateur' des traditions de notre tragédie lyrique.
',. Quinault (iG3o-i6SS) débuta par
des comédies et des tragédies romanesques, qui. en peu de temps et à juste titre, parurent démodées.
Il consacra la seconde partie de sa vie à l'opéra et écrivit d'excellentes tragédies lyriques dont Lulli composa la musique : Alcesle (1673), Alys (1676), Armide (1686), etc....
5. Lebrun (1619-1690). élève de Poussin et de Vouet, fut nommé en 1662 peintre du roi et directeur de l'Académie de peinture.
6. Van Robais (i63o-i685) né à Courlrai, créateur de l'industrie du drap en France. Sur l'ordre de Colbert il fonda à Abbeville une manufacture de draps dont les produits rivalisèrent bientôt avec, ceux de la Hollande et de l'Angleterre.
irez donc, milord, qne je tâche d'élever à sa gloire un monument que je consacre encore plus à l'utilité du genre humain.
Je ne considère pas seulement Louis XIV parce qu'il a fait du bien aux Français, mais parce qu'il a fait du bien aux hommes ; c'est comme homme, et non comme sujet, que j'écris; je veux peindre le dernier siècle, et non pas simplement un prince. Je suis las des histoires où il n'est question que d'un roi, comme s'il existait seul, ou que rien n'existât que par rapport à lui; en un mot, c'est encore plus d'un grand siècle que d'un grand roi que j'écris l'histoire.
Pélisson l eût écrit plus éloquemment que moi ; mais il était courtisan, et il était payé. Je ne suis ni l'un ni l'autre; c'est à moi qu'il appartient de dire la vérité.
J'espère que, dans cet ouvrage, vous trouverez, milord, quelques-uns de vos sentiments ; plus je penserai comme vous, plus j'aurai droit d'espérer l'approbation publique.