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VOLTAIRE
Gl
à Paris? Mme d'Argental a-t-elle eu besoin des eaux? Il y a un mois que j'ignore ce que j'ai le plus d'envie de savoir. On m'a mandé que V Esprit et le Sentiment de Mme de Graffigny1 avait réussi. Ma troupe2 a joué chez moi Jules César. Mais je ne sais point ce que font mes anges; j'ai attendu, pour leur écrire, que je fusse un peu stable, et que je pusse recevoir de leurs nouvelles. J'en attends avec la double impatience de l'absence et de l'amitié.
Adieu, mes ang^es, mon Frédéric le Grand fait un peu de tort à Aurèlie. Il prend mon temps et mon âme. La caverne d'Euripide3 vaut mieux pour faire une tragédie, que les agréments d'une cour. Les devoirs et les plaisirs sont les ennemis mortels d'un si grand ouvrage.
Conservez-moi tous des bontés qui me feront adorer votre société, et chérir poemata tragiea et omnes has nuc/as, jusqu'au dernier moment de ma vie.
A Charlottenbourg '*, le 20 août 1750.
Mes chers anges, si je vous disais que nous avons eu ici un feu d'artifice dans le goût de celui du Pont-Neuf5, que nous allons aujourd'hui à Berlin voir Phaéton* dont les décorations seront de glace, que tous les jours sont des fêtes, que d'Arnaud7 a fait jouer son Mauvais riche,
1. Mme de Graffigny (169&-1758), avait publié un roman, Lettres péruviennes, qui avait eu du succès.
Le drame dont parle Voltaire est plus connu sous le nom de Cénie.
2. Ma troupe : Voltaire, irrité des mauvais procédés des artistes de la Comédie-Française, avait installé un tbéàtre dans sa maison de la rue Traversière-Saint-Honoré ; une troupe parfaitement organisée et dont Lekain fit partie, y représentait les tragédies du maître. On avait ainsi joué Mahomet. Calilina, la Mort de César, etc.
3. La caverne d'Euripide, où le poète tragique s'enfermait, dit-on, pour composer ses tragédies.
4. Charlottenbourg. Petite ville située à 7 kilomètres de Berlin, sur
la Sprée. C'est dans le château de Charlottenbourg que se trouvent aujourd'hui les tombeauxdes rois de Prusse et empereurs d'Allemagne.
5. Allusion sans doute au feu d'artifice, qui se donnait d'habitude en l'honneur de la Saint-Louis, le 25 août.