LUI
A LA REINE D'ESPAGNE
A Marly, le 26 avril 1705.
Je ne sais, Madame, si vous n'aurez point été un peu choquée de mon long silence ; mais je suis persuadé que vous me l'aure/. aussi pardonné quand
1. C'est le duc de la Feuillade qui s'était emparé de Villefranche, de Nice, et des forts de Montalban et de Saint-Ospice; il ne restait plus au duc de Savoie que le château de Nice, où le marquis de Carail s'était retiré.
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\()iis Cil aiirc/. appris la tiislc cause, qui, je crois, vous aura clc l)i('n sensible; car, étant bonne sœur, il ('toit impossible <jne vous ne fussiez bonne tante, dette perte inipir\ue a rendu IM'"" la ducliesse de Houi'goi^ne un peu malade ^ ; elle se porte cependant mieux, Dieu merci ! depuis quelques jours, et il faut espérer qu'elle la réparera bientôt. Plût à Dieu, Madame, que vous pussiez en même temps donner à l'EspaiJine un prince des Asturies! Mais je ne souhaiterois pas qu'il vous en arrivât autant qu'à moi. Consolez-moi, Madame, en me conservant toujours une bonne part dans l'honneur de votre amitié, et soyez persuadée que personne ne le mérite mieux que moi par le tendre attachement que j'ai et que i 'aurai toute ma vie pour vous.
Louis.
A Marly, le 4 mai 1705.
Cette lettre vous sera rendue, mon très cher frère, par Vazet-, qui retourne auprès de vous et qui part incessamment.
1. La jeune duchesse, accablée de douleur de la mort de son fils, avait dû s'aliter, et deux; de ses dames, la duchesse de Guiche et la maréchale de Cœuvres, durent même la veiller une nuit [Dangeau, tome X, p. 301 et 302).
2. Henri Vazet avait accompagné Philippe V en Espagne comme valet de chambre et barbier ordinaire. Très attaché à
Il n'est pas arrivé grand chose depuis la dernière lettre que je vous ai écrite. Toutes choses sont assez tranquilles de tous côtés, en attendant l'ouverture de la campagne, et on ne sauroit encore dire de quel côté seront les grosses affaires. Jusqu'ici l'apparence avoil été pour le côté de la Moselle ; mais présentement l'on ne le croit plus, et les ennemis s'v sont fort refroidis.
La goutte du Roi continue encore, quoiqu'il se promène tous les jours dans les jardins ' et qu'il se conduise de manière à la faire finir promptement. C'est ce qui nous a fait demeurer ici bien plus longtemps qu'on ne pensoit. M™^ la duchesse de Bourgogne est aussi incommodée d'une médecine qu'elle a prise assez mal à propos et qui, ne l'ayant pas assez purgée, n'a fait que remuer les humeurs sans les résoudre; je crois qu'on la réitérera bientôt et qu'on la baignera ensuite, puis qu'on lui donnera des eaux de Forges ' pour la disposer à réparer promptement la perte que nous avons faite ^.
M'"*^ des Ursins, il lui servait d'espion et d'agent secret, et fit plusieurs voyages de France en Espagne. C'est lui notamment qui fut chargé en 1706 d'apporter à Paris les pierreries de la couronne espagnole et la fameuse perle Pérégrine, lorsque les Alliés entrèrent dans Madrid.
1. Louis XIV eut en effet à cette époque une longue attaque de goutte, dont les journaux de la cour relatent les divers accès ; pour pouvoir se promener malgré cela dans ses jardins, il s'était fait faire un petit chariot que des valets traînaient et poussaient, et qui, à Marly, pouvait entrer jusque dans sa chambre.
2. Forges-les-Eaux, entre Gournay et Neufchàtel en Normandie, possédait des sources ferrugineuses que le cardinal de Richelieu avait mises à la mode.