‹ Lettres (volume 2)Chapitre 101 sur 195 · Dangeau parle au contraire dune cure de lait p. 314-315V · texte numérisé non relu

Dangeau parle au contraire dune cure de lait p. 314-315V

\L' H<»1 n^ESPAGNE l'UlLll'l'E V. 93

Adieu, mon cher frère, souvenez- vous loujouis ile moi qui vous nime plus que moi-même.

Louis.

Faites, je vous prie, souvenir la reine de moi.

A Versailles, le 28 mai 1705.

Il y a assez longtemps que je ne vous ai écrit, mon très cher frère, quoique j'aie reçu depuis plusieurs de vos lettres. Ainsi il faut réparer aujourd'hui cette négligence.

Nous sommes ici de samedi dernier. Le Roi commence à marcher ; mais il ne peut pas encore le faire longtemps de suite ' .

Vous savez apparemment les nouvelles d'Italie plus tôt ou aussi tôt que nous ; ainsi je ne vous en parle point. Les armées s'assemblent de tous côtés, et il paroît présentement que les grands coups se donneront sur la Moselle. Le maréchal de Villars y est avec une armée nombreuse et composée des meilleures troupes du Roi, prêt à y recevoir les ennemis, et l'électeur de Bavière est hors des lignes et s'approche de la Meuse, menaçant Huy et Liège ; car l'armée que les ennemis ont laissée de ce côté ne songe qu'à se retrancher sous Maëstricht, et il

1. Par suite de l'aUaque de goutte dont il a été parlé dans une lettre précédente.

n'y a pas d'apparence qu'elle paroisse si tôt en campagne.

J'at tends avec impatience des nouvelles de ce qui se sera passé sur les frontières de Portugal ; il y a apparence que les ennemis n'y garderont pas longtemps leur conquête ^ soit qu'ils livrent bataille, qu'apparemment ils perdront, soit qu'ils se retirent à l'approche du maréchal de Tessé.

J'ai reçu le tabac et le chocolat que le marquis de Maulévrier m'apportoit de votre part et vous en remercie; ils me paroissent tous deux fort bons, surtout le tabac. Je ne sais si vous continuez à le haïr toujours autant que vous faisiez autrefois.

Adieu, mon très cher frère, je vous embrasse de tout mon cœur. S'il arrive quelque chose entre ci et dimanche, jour du départ de l'ordinaire, je l'ajouterai à ma lettre.

Louis.

Le 31 mai.

Je ne sache rien de nouveau qui puisse vous être mandé. Nous allons demain àLiancourt ~, mon frère de Berrv et moi, pour un jour, et de là à Chantilly^

1. L'armée anglo-portugaise, commandée par lord GalIoMay et le marquis das Minas, avait repris d'abord Salvatierra, dont les Espagnols s'étaient emparés l'année précédente, puis s'était emparée de Yalentia, ville d Espagne entre Alcantara et Badajoz.

2. Le château de Liancourt, entre Creil et Clermont-cn- Beauvaisis, appartenait au duc de la Rochefoucauld et lui venait de sa femme, Jeanne-Charlotte du Plessis-Liancourt.

3. Chez le prince de Condé, qui invitait parfois les jeunes princes à venir chasser dans les forêts du voisinage.

ALI noi d'kSPAGNE PHILIPPE V. 9.")

pour deux, cl ne serons de retour ici que samedi. Le lendemain, nous suivrons encore Monseigneur à Tjvry'. J'espère que tous ces petits voyages nous divertiront. Vous êtes trop persuadé de mon amitié pour qu'il soit besoin de vous rien dire de plus làdessus.

A LA REINE D'ESPAGNE

A Versailles, le 29 mai 1705.

J'ai été bien sensible, Madame, aux présents que j'ai reçus de votre part, et, quand ils n'auroient pas été aussi bons qu'ils me l'ont paru en effet, la part dont ils me venoient auroit suppléé à leurs défauts. J'ai goûté du tabac, que j'ai trouvé excellent; pour le chocolat, je ne l'ai pas fait encore ; car il étoit entré dans les caisses un peu de poudre de tabac, et j'ai cru qu'il falloit le laisser quelque temps à l'air avant que d'en user. L'odeur en est merveilleuse ; je ne crois pas que M™^ la duchesse de Bourgcgne en puisse prendre si tôt, étant présentement dans l'usage de quelques remèdes que les médecins lui ont jugé nécessaires ' ; mais je lui en garderai soigneusement

1. La terre de Livry apparlonait au marquis de ce nom, Louis Sanguin, qui avait épousé une fille du duc de Beauvillier.

2. On lit au 27 mai dans les Mémoires de Sourches (tome IX, p. 258) : « On parloit en ce temps-là de certaine tumeur que la duchesse de Bourgogne avoit au côté et qu'elle avoit cachée depuis quelques mois. A la vérité, elle n'étoit pas adhérente;

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pour le temps qu'elle les aura finis. .Sa santé me paroît meilleure depuis quelques jours ; car, à Marly, dans les derniers temps, elle étoit assez incommodée.

Continuez-moi toujours, Madame, quelque part dans l'honneur de votre amitié ; je la mérite par le tendre attachement que j'ai et que j'aurai toute ma vie pour vous.

Louis.

A Versailles, le 15 juin 1705.

Je vous écris cette lettre, mon très cher frère, par le courrier de M. Amelot ^ , qui doit partir aujourd'hui.

.T'ai été ravi de voir que les affaires commençoient à changer de face et à en prendre une meilleure, et que vous vous soyez aperçu vous-même que vous n'êtes pas si bien servi qu'il seroit à désirer. M. Amelot est un homme très sage ; il a parfaitement réussi dans les autres ambassades dont il a déjà été

mais elle grossissoit toujours, malgré les remèdes qu'on lui avoit faits et les bains quelle prenoit actuellement. » (Comparez le Journal de Dangeau, tome X, p. 333.)

1. Michel-Jean Amelot, marquis de Gournay, avoit été ambassadeur à Venise (1682), à Lisbonne (1684) et en Suisse (1688) ; il occupait depuis 1699 la charge de directeur des affaires commerciales, lorsque le Roi le nomma en mars 1705 ambassadeur à Madrid, où il resta quatre ans. Saint-Simon a fait l'éloge de ses qualités {Mémoires, éd. Boislisle, tome XII, p. 442).

AU HOl d'eSPAOK PHlLll'I'l.; V. 97

chargé, et je suis persuadé (|u il ne se démentira pas dans eelle-ei.

On a|)|)rit hier la piise du eliàteaii d'Jhiy, où on a l'ail plus de qnator/e cents prisonniers de guerre, parmi lesquels étoient cent douze ofïiciers', ce qui sera bon pour en échanger beaucoup des nôtres. Le maréchal de Villais est toujours dans son camp retranché près de SiercU, et les ennemis à demilieue de lui. Il leur arrive souvent de nouvelles troupes; mais, malgré cette supériorité qui augmente de jour en joiu-, ils n'ont encore rien entrepris, et je doute qu'ils attaquent, et il les attend sans ci'ainte. .l'espère que, sur votre frontière, les Portugais s'en tiendront à ce qu'ils ont déjà fait et qu'ils se mettront bientôt en quartiers d'été.

Depuis que je ne vous ai écrit, j'ai été à Liancouil, dont j'ai été charmé ; on n'y voit rien que de simple; tout l'art y est naturel, et ce que nous voyons tous les jours ne le défait en rien. Pour Clianlilh , où j'ai été après, vous le connoissez. Monsieur le Prince y a cependant fait depuis sept ans de grandes et belles augmentations'^; il nous y a donné des chasses de sangliers en abondance. Nous avons aussi suivi Monseigneur à Livry ; il y a fait trois chasses, belles toutes trois, deux de loup et une de cerf avec l'équipage pour le daim de M. le comte de Toulouse, qu'il a mis au cerf depuis environ six semaines.

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