Dans le voisinage de Léau et de Tirlemont
2. Gaston-Jean-Baptiste-Antoine, duc de Roquelaure, avait le grade de lieutenant général ; il avait épousé Marie-Louise de Montmorency-Laval, que la chronique galante de la cour pré-
AU ROI d'kSPAONK PHILIPPE V. lO'i
avec Irenle-six escadrons selon les orclies du maréchal de Villei'oy. Les ennemis maielièrenl à lui ; il ne put l'aire ([u'une li<>nede ces trente-six escadrons espagnols, wallons et bavarois, les ennemisayant l( ur ligne de plus de cinquante appuvée d'infanterie su i* son liane droit et soutenue d'une seconde à peu près égale à la première. Il plaça dix petites pièces de canon tlans ses intervalles et derrière lui trois petits bataillons qui étoient pour le service de l'artillerie. A peine eut-il tiré trente coups qu'il fut chargé et rompu ; car les ennemis le débordoient beaucoup. Cela lui lit perdre son artillerie, dont les bataillons furent très maltraités. Il se rallia derrière un ravin, d'où il fut encore chassé par une seconde charge. 11 se rallia j)our la seconde fois à la faveur de onze bataillons que Claraman ' avoit amenés. Cela n'cmpècha pas les ennemis de le charger et de le rompre encore une troisième fois. Cependant, l'Électeur marchoit à Louvain pour n'être pas prévenu par les ennemis. Caraman, rassemblant ses onze bataillons, n'en fit qu'un seul avec lequel il se retira en plaine une lieue et demie durant, suivi de toute l'armée ennemie, faisant demi-tour à droite et une décharge lorsqu'on l'approclioit de trop près, puis continuant sa marche. La cavalerie se rallia. Les ennemis, voyant de nouvelle infanterie qui venoit aux secours de la première, s'arrêtèrent et cam-
tendait avoir eu les faveurs passagères du Roi alors qu'elle était fille d'honneur de la Reine.
1. Pierre-Paul Piiquet, marquis de Caraman, était le second fils de l'ingénieur Riquet qui avait créé le canal de Languedoc; il était lieutenant-colonel des gardes françaises et avait le grade de lieutenant-général depuis 1702,
pèrent près de Tirlemont '. L'Électeur fut rejoint, à deux heures après midi, par les troupes qui avoient comlDattu, et arriva le lendemain à Louvain. Les ennemis se sont campés aussi près de cette ville. Voilà la situation présente des affaires en Flandres. On ne sauroit encore juger de ce que feront les ennemis, qui doivent être enflés de ce succès, d'autant plus qu'on ne croit pas qu'ils eussent dessein d'entrer dans les lignes comme ils l'ont fait, et qu'ils ont pris l'occasion qui s'est présentée à eux tout d'un coup. Le marquis d'Alègre - et le comte de Hornes^ sont demeurés prisonniers avec plusieurs officiers de distinction ; on en a aussi perdu quelques-uns et sept à huit cents hommes. On peut dire que, dans cette affaire, la valeur des troupes n'a cédé qu'au nombre et que, pour la retraite de Caraman, s'il avoit été Romain, on l'am^oit écrite dans les annales publiques ^. Il n'y a rien du côté d'Allemagne de nouveau.
1. Cette action se passa le 18 juillet et fit peu d'honneur au duc de Roquelaure, qui s'était laissé surprendre. Voyez les relations données dans la Gazette, p. 360, 371, 372, la Gazette d' Amsterdam , n°'Lvii à lxiii, le Mercure galant du mois, p. 359- .387, les Mémoires de Soiirc/ies, tome IX, p. 299-310, et aussi les Mémoires militaires publiés par le général Pelet, tome IV, p. 51-58 et 576-586 ; les correspondances sont dans le volume 1836 du Dépôt de la Guerre.
2. Yves, marquis d'Alègre, qui parvint sous Louis XV au grade de maréchal de France.
3. Philippe-Emmanuel, comte de Hornes (ci-dessus, p. 31), d'une ancienne famille de Brabant, venait d'être fait grand par Philippe V; il mourut à Cambray en 1709, étant encore prisonnier de guerre.