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Toutes les relations célèbrent les louanges de M. deCara

AL ROI d'espagne PIIIL11M>E V. 10:')

Pour parler mainlenant de choses moins sérieuses, je vous (lirai (|u'au commencement de ce mois, il y a eu ici des perdreaux aussi gros que des cailles ; que la ])laine de Montrouge est découverte, et que nous allons demain faire descente sur les lieux, et dans huit jours dans celle de Saint-Denis. Nous avons tué lundi dernier une soixantaine de faisandeaux dans la foret de Sénai't, dont il y en avoit déjà de fort gros. On assure qu'il y a une quantité prodigieuse de gibier cette année ; on peut att ri buei- cela à la sécheresse, qui est excessive.

Adieu, mon très cher frère, conservez-moi toujours une amitié aussi tendre que celle que j'ai pour vous, et faites bien des compliments à la reine de ma part.

Louis.

J'oubliois de vous dire que le marquis de Zuniga ' s'est trouvé à cette action dans cette infanterie, et qu'il s'y est fort distingué.

A Marl\ , le 2 août 1705.

Depuis ce que je vous ai mandé de Flandres, mon très cher frère, les ennemis ont tenté de passer la

man, que le Roi nomma grand-croix de l'ordre de Saint-Louis pour le récompenser de sa bonne conduite.

1. Pierre-Antoine de Sotoraajor, marquis de Zuniga, commandait un régiment espagnol ; il n'avait guère que vingtdeux ans et était frère du duc de Bejar.

106 LETTRES DU DUC DE BOURGOrr>'E

Dyle en trois endroits, mais inutilement; en l'un, ils ont perdu partie de leur pont ; au second, ils n'ont pu s'emparer d'un poste qu'ils attaquoient, et au troisième, ils ont abandonné avec précipitation, à l'arrivée de notre infanterie, ce qu'ils occupoient déjà de l'autre côté de cette ri\ière. lisse sont un peu retirés d'auprès de Louvain, et nous nous sommes étendus le long de la Dyle par notre droite . On dit qu'ils veulent passer cette rivière vers sa source pour venir attaquer ; mais l'Électeur et le maréchal de Yilleroy ont reconnu un poste très sûr et où les ennemis ne sauroient nous combattre qu'avec un prodigieux désavantage, et par là il faut espérer qu'on sauvera le Brabant ^ .

Vous avez ouï parler apparemment, il y a environ deux ans et demi, d'un Cas de conscience fameux, produit et dressé par des Jansénistes et signé par quarante docteurs-, où on soutenoit qu'on pouvoit signer le formulaire d'Alexandre VII avec pleine et entière croyance quant au droit, et avec un silence respectueux quant au fait qu'elles sont dans Jansénius, quoique cela soit ce qu'on jure dans ce formu-

1. Le Journal de Dangeau (tome X, p. 383) et les Mémoires de Sourches (tome IX, p. 317-325) ont enregistré ces petits événements militaires, ainsi que \e Mei'cure de juillet, p. 407-419.

2. Le titre exact de ce libelle est : « Cas de conscience proposé par un confesseur de provir.re touchant un ecclésiastique qui est sous sa conduite ». M. Albert Le Roy, dans la France et Rome de 1700 à 1715, a raconté les incidents auxquels donna lieu sa publication. Le Catalogue de la Bibliothèque nationale, tome V, Histoire religieuse, p. 76 et suivantes, indique un certain nombre de brochures, traités, consultations, mandements d'évéques, réfutations, etc. Voir ci-dessus, p. 23.

vu Hoi d'esi>agîse riiii.ii'i't: v. 107

laiic, ce qui donnoit lieu à une restriclion mentale (les plus piMiiicieuses et (Tune morale des plus relâiliées, (|U()ique ees Messieurs fassent profession de rigueur ; il est vrai que leurs principaux rigoristes ont (juasi toujours ci-ié conlic celle fausse subtilité. Dès tjueceC<'/i' de conscience a paiii les évèques de Fiance se récrièrent contre et le condamnèrent; la plupart tles docteurs se rétractèrent; ceux qui le refusèrent furent punis ; le Pape lui-même le condamna (lès lors par une bulle; mais, ne pouvant convenir à nos libertés, elle ne fut point reçue en France ; il en a donc envoyé une nouvelle au Roi depuis peu, sur sa réquisition (quoiqu'elle n'y soit point exprimée) et sur celle des évèques de France, où il condamne nettement ce Cas de conscience et cette pernicieuse doctrine, disant que le silence respectueux sur le fait de Jansénius ne suffit pas pour obéir comme on le doit aux constitutions des papes Innocent X et Alexandre VII, et que cela donne lieu à des parjures et restrictions mentales dans la signature avec serment du formulaire. Le clergé, qui est assemblé, va recevoir cette constitution, ajoutant seulement à l'endroit où il est parlé des constitutions ci-dessus menlionnées qu'elles condamnent justement la doctrine de Jansénius et qu'elles ont été reçues par l'Église avec vénération. Ainsi, voilà le dernier retranchement des Jansénistes forcé, et il faudra se soumettre sincèrement ou éclater et se séparer, ce qui seroit leur perte entière ; car dès lors ils seroient regardés comme vraiment hérétiques, ce que jusqu'ici ils ont évité par une infinité de subtilités très ingénieuses. J'ai cru que, prenant intérêt comme vous

le faites à tout ce qui regarde l'intérêt de la foi et de l'Église, vous ne seriez pas fâché que je vous fisse ce petit récit.

Pour parler de choses moins sérieuses, j'ai été à Montrouge, où j'ai trouvé ahondanee de gibier, et j'irai incessamment à Saint-Denis, où l'on dit qu'il y en a encore davantage. La sécheresse continue d'être excessive, C[uoiqu'il ait beaucoup plu en Flandres, à Lyon et en Poitou. Ainsi nous avons été tout entourés d'eau sans en avoir eu une goutte.

La santé de M'"® la duchesse de Bourooone se confirme de jour en jour ; les eaux de Passy ^ lui ont parfaitement bien fait. Je crois qu il ne fait pas plus chaud à Madrid qu'ici.

Adieu, mon très cher frère, faites mes compliments à la reine et conservez-moi toujours une amitié aussi tendre que celle que j'ai pour vous.

Louis.

Le 0 août, à ^ ersailles.

J'oubliai tout net ma lettre après que je Feus écrite, mon cher frère ; ainsi je vous l'envoie aujourd'hui, y ajoutant ce petit mot. L'embarquement de l'Archiduc est apparemment, ainsi que vous le jugez, le dernier efl'ort des ennemis-, et, s'il plaît à Dieu, n'aura pas grand succès. Pour ce que vous me mandez d'Italie, vous saurez apparemment que M. de Vendôme a repris tous les postes que les ennemis

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