XIV INTRODUCTION
Le Prince et Tallard, après deux mois d'attente, feignirent d'attaquer Fribourg; et ils se portèrent sur Brisach qu'ils investirent par surprise ^ Le duc de Bourgogne raconte avec enthousiasme à son frère les péripéties du siège. Il ne dit rien de son courage, de son sang-froid et de sa belle humeur au feu. II envoie une relation des premières attaques et il a soin d'ajouter : « Si vous voyez mes louanges dans la relation que je vous envoie, c'est celui que j'en ai chargé qui les y met ; car vous savez que ce n'est pas trop mon style que de me louer ^ » . Nous savons cependant qu'il s'exposa au point d'alarmer Tallard. Des soldats furent tués sous ses yeux. Le Prince aimait vraiment son métier : « Permettez, Madame, à un soldat de cesser un moment de penser aux attaques pour vous faire ressouvenir de lui ^ ». Treize jours après Touverture de la tranchée, la place de Brisach battait la chamade.
Le duc de Bourgogne revint à Versailles quelques jours plus tard, avant la fin de la campagne. Il avait demandé au Roi un congé, à une condition toutefois : qu'on lui permit de revenir si l'armée tentait encore quelque chose d'important. Tallard, il est vrai, le pressait de partir. Il s'était bien gardé de laisser entrevoir que la campagne n'était pas finie ; mais la personne du Prince le gênait et il ne voulait pas hasarder la vie de l'héritier du trône dans l'exécution du projet qu'il avait formé.
Il est très vrai aussi que le Prince désirait revoir la duchesse de Bourgogne, très occupée, pendant cet été de 1703, de Nangis, au point que le temps lui manquait pour répondre aux lettres de son mari, à qui il ne restait d'autre ressource que d'écrire à
i. Cf. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 17 août 1703. I, 33.
2. Lettre du duc de Bourgogne au roi d'Espagne, 27 août 1703, 1,37.