Ce régiment de cavalerie était commandé par le marquis
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même rivière. Il avoit avec lui le colonel, un capitaine, et un lieutenant qui se sauva. Les deux premiers furent |)ris, et, comme on est averti de tous côtés, on ne cloute pas (|ue le reste du parti ne soit pris aussi. Il étoit en tout de trente maîtres, sur quoi douze ofïieiers ; le passeport du colonel étoit du commandant de Courtray, daté du 12 de mars, pour pénétrer aussi avant en France qu'il lui seroit possible. Il s'est heureusement rencontré que ces ennemis se sont trouvés égarés, et retardés beaucoup par là. Ils avoient une chaise au passage de l'Oise, près de VerneuiP, dans laquelle ils avoient mis ]VIonsieur le Premier. Cette entreprise étoit hardie. Ils ont dit qu'ils vouloient prendre Monseigneur ou quelque prince, et ce fut la livrée et les armes du Roi qui les fit sortir de leur embuscade. Cette affaire a bien fait du bruit ici, et, depuis le moment qu'elle est arrivée, on n'a parlé d'autre chose. J'oubliois de vous dire que le colonel a dit qu'il avoit déjà été ici cet hiver, etquec'étoillui qui avoit pensé prendre M. de Vendôme en 1702 auprès du lac de Mantoue^.
de Livry, gendre du duc de Beauvillier. Le capitaine s'appelait M. de Montaigu, et il fut aidé dans sa capture par le maréchal des logis Grandpré.
1. Dans le canton actuel de Pont-Sainte-Maxence, à quelques kilomètres de Creil.
2. Le chevalier de Quincy dans ses Mémoires (tome I, p. 212-214) a raconté cette aventure : M. de Vendôme, pendant le blocus de Mantoue, s'étant logé en dehors de la ville dans une maison sur le lac, faillit être enlevé dans la nuit du 10 au 11 juin. Aucun récit ne nomme Guethem à cette occasion; le chevalier de Quincy, et Saint-Hilaire comme lui [Mémoires , tome III, p. 148), disent que le détachement ennemi qui faillit
Je crois que l'activité avec laquelle on l'a rattrapé, le dégoûtera, et lui et les autres, de recommencer de pareilles entreprises, et je crois qu'on sera plus alerte aussi de ce côté-ci pour savoir les étrangers qui s'approcheront de la cour ; car il y avoit quatre ou cinq jours que ceux-ci étoient dans des cabarets à Auteuil et à Sèvres ^ Voilà certainement une aventure bizarre et à laquelle on ne se seroit guère attendu. Voilà aussi, mon cher frère, toutes les nouvelles que je sais à vous mander présentement, et je finirai ma lettre en vous demandant la continuation de votre amitié, vous assurant de ma tendresse infinie et vous priant de fiiire bien des compliments à la reine de ma part.
Louis.
A Versailles, le 17 avril 1707.
J'ai reçu plusieurs de vos lettres, mon très cher frère, depuis que je ne vous ai écrit. Il me paroît que vos affaires sont en bon état, que les ennemis ne sont pas fort entreprenants et qu'ils ne veulent pas même soutenir le royaume de Valence. Le combat du colonel Zerezeda m'a fait un très grand
enlever Vendôme était commandé par un lieutenant-colonel nommé Davia.
1. Saint-Simon raconte que plusieurs d entre eux avaient même eu la hardiesse de venir à Versailles voir souper le Roi.
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plaisil'; il maïuiiic ime grande supériorilt' de vos Iroupes sur celles des ennemis, et il y auioit lieu d'espéit'i' avec fondement qu'elle ser'oit pareille dans des aetions plus eonsidéiables. Je crois que les ennemis comprendront par cette campagne combien il Icui' est didicilr de soutenir la guerre d'Espagne, ce qu'ils ne peuvent qu'avec des dépenses immenses et des obstacles presque insurmontables ; car ils ne sauioient avoir de cavalerie approcbant de ce que vous avez, et c'est apparemment la raison qui les oblige à se rejeter du côté de Catalogne.
Les nouvelles sont assez stériles de ces côtés-ci. Les troupes qui reviennent d'Italie sont en marche et doivent être à Suse d'ici la fin de ce mois.
Pour ce qni regarde la reine, j'ai eu une grande joie d'apprendre l'entière confirmation de sa grossesse, quoique je n'en doutasse pourtant point. J'espère que sa santé continuera bonne jusqu'à la fin, que son accouchement sera heureux, et qu'elle vous donnera un prince. Il y a encore lieu de se flatter que, lorsque cela arrivera, de tous côtés [viendront! d'heureuses nouvelles ; c'est ce qu'il faut demander à Dieu. Je ne doute pas que vous ne le
1. « M. de Cerezeda, colonel de cavalerie espagnol et très bon partisan, s'embusqua avec quatre-vingts maîtres de son régiment à une demi-lieue d'Alicante. Un bataillon anglois,
composé de cinq cents hommes, étant sorti de cette place,
passa à cinquante pas de l'embuscade du colonel Cerezeda, lequel, s'étant partagé en deux troupes, débusqua à toutes jambes sur le bataillon, qu'il enfonça. Il en a tué environ cent et a pris tout le reste. » (Lettre du 23 mars, insérée dans le Journal de Dangeau, tome XI, p. 336.) Les Mémoires de Sourclies appellent ce colonel M. de Salcède.
fassiez ; je le fais bien aussi de mon coté, et tous les jours je le prie pour l'enfant dont la reine est grosse, afin qu'il en fasse un chrétien et un prince chrétien. Au reste, vous savez, mon très cher frère, ce que je pense sur votre chapitre et combien je vous aime ; soyez-en toujours persuadé et conservezmoi une amitié pareille. Faites aussi mes compliments à la reine.
Louis.
A Versailles, le l*^"" mai 1707.
Le marquis de Zuniga^ prenant son audience de congé, mon très cher frère, je le charge de cette lettre, pour vous renouveler les assurances de mon amitié et vous prier de me continuer la vôtre. J'espère que j'aurai bientôt à vous faire compliment; vous croyez bien que ce me sera un grand plaisir. ■T'aurai celui de vous écrire ce soir par le courrier de M. Amelot, qui va repartir. Ainsi je finirai cette lettre en vous embrassant de tout mon cœur et vous demandant la continuation de votre tendresse
Louis.
1. Pierre-Antoine de Sotomayor, marquis de Zuniga, t-tait aide de camp du roi d'Espagne et avait été envoyé en France pour une mission de courtoisie à l'occasion de la naissance du duc de Bretagne.
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A LA REINE D'ESPAGNE
A Versailles, le l*"^ mai 1707.
Je me flatte, Madame, que vous ne doutez pas du plaisir que j'ai reçu du compliment que m'a fait le marquis de Zunij^a de votre part, puisqu'il me donne celui d'y répondre aujourd'hui pour vous faire souvenir de moi. J'espère que j'en aurai bientôt un pareil à vous faire et que vos couches seront aussi heureuses que l'est le cours de votre grossesse. Mais ce honheur ne sera point parfait s'il n'est suivi de la naissance d'un prince, et c'est ce que nous attendons avec bien de l'impatience.
Permettez-moi de vous renouveler encore les assurances de ce désir, qui part de l'amitié respectueuse que j'ai pour vous, et de vous demander toujours une part dans l'honneur de la vôtre.
Louis.
A Versailles, le 1" mai 1707 .
J'ai reçu ce matin votre lettre du 18 du mois passé, mon très cher frère, par laquelle vous me marquiez l'apparence qu'il y avoit d'une bataille
sur les frontières de Valence^ et le déplaisir où vous étiez de ne vous y pas trouver. Je l'ai très aisément compris, vous connoissant tel que je vous connois, et je suis persuadé que, quelque bonnes qu'aient été les raisons qui vous ont obligé de demeurer à Madrid, elles n'ont pas laissé que de vous paroître dures par rapport à votre courage et à l'envie que vous aviez de vous voir à la tète de votre armée. J'ai su en même temps la retraite des ennemis et n'en ai point été étonné. Leur infériorité en cavalerie et en nombre ne devoit point faire attendre autre cliose, et il faudroit qu'ils fussent réduits à une terrible extrémité pour se risquer à livrer un combat désavantageux dans un pays ouvert où la retraite ne leur seroit pas facile, s'ils le perdoient, comme il y auroit lieu de l'espérer.
Les ennemis ont réuni quelques troupes du côté de Flandres ; mais cela n'a eu nulle suite ; notre armée y doit être cette année d'environ cent vingt bataillons et de plus de deux cents escadrons; je doute que les ennemis en puissent avoir une plus forte. Le duc de Marlborougb, après son arrivée en Hollande, est parti pour aller en Saxe voir le roi de Suède; il sera pour le moins quinze jours à son voyage, et ce pendant la campagne ne commencera pas apparemment encore. On attend incessamment les nouvelles de l'arrivée du prince de Vaudémont à Suse avec les troupes qu'il ramène de Milanois.
Voilà à peu près, mon cher frère, ce que je sais
1. La bataille d'Almanza, dont il va cire parlé dans la prochaine lettre.
AU IlOI d'rSPAGNE PHILIPPE V. 191
Ho copavs-ci. Le Hoi va domain à Maily poiirv [)assoi- trois somaines et regagnoi' le tomps qu'il a été col liivor ol ce carême sans y allop. Je me réjouis toujours avec vous de la continuation de la bonne santé de la i-einc dans sa grossesse et vous demande ineessammenL la continuation de votre amitié, la mienne pour vous ne pouvant être plus tendre.
Louis.
cvni.
A Marly, le 9 mai 1707.
Il n'est pas, je crois, nécessaire, mon très cher frère, de vous marquer ici quelle fut ma joie jeudi dernier, lorsque l'on reçut ici l'importante nouvelle du gain delà bataille d'Almanza^; il ne se peut rien voir de plus complet, et la saison, qui n'est pas encore trop avancée, donne lieu d'espérer qu'on en pourra profiter promptement. Nous avons certainement bien des grâces à en rendre à Dieu, qui nous a donné ce succès dans un temps où il ne pouvoit venir plus à propos ; car enfin, si l'on a été con-
1. Gagnée le 24 avril sur l'armée anglo-portugaise commandée par lord Galloway et le marquis das Minas; M. deBoislisle dans le commentaire de son édition des Mémoires de Saint-Simon (tome XIV, p. 418, note li a indiqué les très nombreuses relations qu'on en connaît. Almanza est dans la province d'Albacete à cent kilomètres environ au nord de Murcie.
traint d'abandonner le Milanois, j3eut-être forcerat-on les ennemis à en faire jjientôt autant de l'Espagne. Mais le plus court moyen pour y parvenir, c'est de réduire le Portugal par la force à faire sa paix ; je ne vois pas ici deux avis différents, et il me paroît que M. le duc d'Orléans pense de même. Ce royaume est présentement désarmé, et il ne se peut que la victoire que nous avons remportée n'y fasse un grand bruit et n'y jette beaucoup d'effroi ; d'ailleurs, je ne sais si les Anglois et les Hollandois seront fort tentés, après un écliec pareil à celui qui leur vient d'arriver, d'y renvoyer de nouvelles troupes et de les mettre au hasard d'avoir le même sort que celles qui viennent d'être quasi détruites. Je crois cependant que Valence et Saragosse ne tarderont pas à rentrer dans votre obéissance, et que les débris des ennemis se renfermeront dans la Catalogne ; mais, s'ils n'avoient plus le Portugal et l'entrée de Lisbonne pour leurs flottes, ils n'y tiendroient pas longtemps.
Je ne sais point encore quelles sont les résolutions que le Roi a prises; mais j'espère que Dieu, auteur de cette victoire, lui inspirera tout ce qui sera de meilleur pour la suivre et chasser les ennemis du continent d'Espagne, qui est, je crois, un point auquel on doit maintenant buter et qui seroit d'une conséquence infinie pour tout le reste.
Voilà, mon cher frère, les raisonnements que me fournit la conjoncture, et je crois que vous les trouverez véritables et bons. Il n'est point encore venu ici de relation entière de la bataille; je m'imagine qu'elle viendia incessamment; j'en ai cependant
AU IU)I n'ESl»\t;Mi l'HII.llM'K V. I9)i
ramasse déjà loul ce que j ai |)U de MM. de Cill} 'cl de Bulkeley-, ([ui ont été dépêchés ici par le maréchal de Berwick. C'est un homme certainement qui vient de vous rendre un <^rand service et qui a beaucoup de mérite et de talent pour la guerre. Je crois que vous le connoissez aussi bien (jue moi pour le moins ; car vous l'avez vu en chef, et il n'étoit encore qu'oflicier général quand je l'ai connu, il y a cinq ans.
li,ncore un coup, mon cher frère, bénissons le Dieu des armées et demandons la continuation de sa protection sur les deux royaumes et sur toute la chrétienté, afin qu'elle se réunisse par une bonne et solide paix. J'espère que ceci y contribuera. Aimezmoi toujours, je vous prie, aussi tendrement que je vous aime.
Louis,
1. Claude du Fay d'Athies, marquis de Cill\ , ancien colonel de dragons, était maréchal de camp depuis 1704, et fut fait alors lieutenant général. Berwick l'avait envoyé pour apporter la nouvelle de la victoire. Il ne faut pas le confondre avec son homonyme Jacques-Joseph Vipart, marquis de Silly, maréchal de camp de la même promotion, mais qui servait alors en Flandre.
2. François, comte Bulkeley, frère de la duchesse de Berwick, était aide de camp de son beau-frère, et celui-ci l'avait chargé d apporter le « détail » du combat; mais il est probable qu'il s'en acquitta mal ; car les Mémoires de Sourches parlent du récit qu'on put tirer de lui « à bâtons rompus ». On prononçait dans l'usage courant Bockley, et le duc de Bourgogne l'écrit Boclé.
A LA REI\E D'ESPAGNE
AMarly,le9 mai 1707.
Quelle joie a été celle de toute la cour et la mienne en particulier, Madame, à Tarrivée de l'heureuse nouvelle que l'on reçut jeudi dernier. Je ne sais que par des rapports celle qui fut répandue dans Madrid; mais j'oserois quasi répondre que celle de Marly et de Paris ne fut pas moindre. Il ne nous manque plus qu'une chose, Madame, c'est que vous accouchiez heureusement d'un prince, et j'espère que Dieu, qui nous vient de donner cette grande victoire, vous donnera aussi ce prince que nous attendons, et, continuant le cours de ses hénédictions sur nos armes, le couronnera par une honne paix. Il faut. Madame, à ce que je crois, que le Portugal y soit obligé le premier, et je ne doute pas que ce ne soit le fruit de la bataille d'ALmanza ou, pour mieux dire, un des fruits.
Permettez-moi en cette occasion, Madame, en prenant part à votre joie, d'y joindre la mienne, avec les assurances de mon amitié respectueuse, de vous remercier de la manière obligeante avec laquelle vous m'en donnez de la vôtre, et de vous en demander toujours la continuation.
Louis.
\U ROI n'ESP.VGNE PHILIPPE V. 195
ex.
A Versailles, le 29 mai 1707.
Nous n'avons pas seulement lieu de remercier Dieu des bons succès d'Espagne, puisqu'il vient de nous en donner un en Allemagne d'autant plus considérable qu'il n'a rien coûté : le maréchal de Villars a forcé sans coup férir ces terribles lignes de Bihel qui faisoient tant de bruit depuis cinq ans *. Il les attaquoit par cinq endroits^ ; les ennemis ne l'ont attendu nulle part et, quoique fort peu inférieurs ici et protégés d'un côté par le Rhin et de l'autre par leurs retranchements, ils se sont retirés avec précipitation, abandonnant leur canon, dont ils avoient grande quantité et de gros calibre, leurs bagages, leurs camps tendus, et ont marché, à ce que l'on dit, jusques derrière Heilbronn, pour y occuper le poste où le prince de Bade attendit Monseigneur en 1693. Je ne sais, s'il avoit vécu, si cette victoire auroit été aussi aisée ^ ; car le maréchal
1. Ces lignes de Bihel, ou plutôt de Stolhofen, avaient été en effet tracées par les Impériaux lors de l'ouverture de la campagne de 1702.
2. Le corps principal, commandé par le maréchal, passa le Rhin en deux endroits, à la hauteur de Strasbourg; en même temps, Péry passait par l'île du Marquisat, Vivans par Lauterbourg et Broglie par Neubourg.