‹ Lettres (volume 2)Chapitre 121 sur 195 · Depuis la mort du prince Louis de Bade, l'armée impé · texte numérisé non relu

Depuis la mort du prince Louis de Bade, l'armée impé

de Villars est présentement campé à Rastadt, maison de plaisance de ce prince, qu'il aimoit beaucoup et qu'il avoit bâtie. Tout le pays est en alarmes; tout se met sous la protection du Roi ; enfin je crois qu'il y avoit peu de cliose qui pût faire autant de bruit en Allemagne qu'en fera cet heureux coup .

Les armées sont assemblées en Flandres, la nôtre de cent vingt-quatre bataillons et cent quatre-vingttreize escadrons, la plupart de vieilles troupes complètes, et plus forte, à ce que l'on dit, de vingt mille hommes que celle des ennemis, et cela de lem* propre aveu. Elle est campée dans la plaine de SombrefFe^. Je ne sais si Marlborouoh voudra hasarder à ces conditions le sort d'une bataille et s'il ne songera pas plutôt à l'éviter qu'à la donner.

Un partisan de Namur, sorti de cette ville avec quatre-vingts maîtres et cinquante dragons pour tâcher d'attrapper quelqu'un pendant le mouvement de l'assemblée de l'armée ennemie, sachant qu'il n'y avoit personne dans Malines, y a marché, s'en est fait ouvrir la porte, est entré sur la place, a désarmé la garnison bourgeoise, lui a pris trois drapeaux avec un lieutenant-colonel et quelques autres officiers, a fait crier dans les rues : « Vive Philippe V!», brûlé trois ou quatre magasins de fourrages, puis a retourné heureusement à Namur. Il s'appelle

riale était commandée par le margrave de Brandebourg- Bareith.

1. Sombreffe est un village près deGerabloux, dans la direction de Fleurus.

Al' ROI d'eSPAONE l'HII.IlM'K V. 107

Dumoulin. .\c crois »|ii(' vous trouverez celte action telle qu'elle est, cl je l'ai eiuc digne de vous être mandée K

Je pense comme vous que l'Aragon ne tiendra gut're plus que la Valence, et que les ennemis seront bientôt reneognés en Catalogne ; mais je crois alors qu'après la p(M"tc de T.erida, au lieu de songer à pénétrer dans cette province, il faudra laisser les ennemis s'v contenir eux-mêmes, et penser sérieusement au Portugal ; je crois qu'on fera tout pour le mieux.

M™® de Montespan mourut avant-hier à Bourbon, où elle étoit allée prendre les eaux. Elle a été emportée en moins de cinq jours par une fluxion de poitrine ~ ; tous ses enfants en sont dans une affliction extraordinaire ; les pauvres y perdent beaucoup : car elle faisoitdes charités immenses 3; elle ne permettoit devant elle aucune sorte de discours contre le prochain, et travailloit à réparer par la pénitence les maux qu'elle avoit commis.

1. Cet exploit du partisan Dumoulin n'était connu à Versailles que de la veille ; Dangeau et Sourches donnent un récit à peu près analogue à celui du prince.

2. M""' de Montespan mourut le 27 mai, à trois heures du matin ; elle était âgée de soixante-six ans. Saint-Simon a longuement parlé de cette mort dans ses Mémoires (édition Boislisle, tome XV, p. 88 et suivantes) et a raconté avec plus ou moins de vérité les sentiments que le Roi manifesta à cette occasion, et aussi les attitudes diverses de ses enfants naturels et du marquis d'Antin, son fils légitime.

3. Saint-Simon dit : « Elle en vint à donner presque tout ce qu'elle avoit aux pauvres. Elle travailloit pour eux plusieurs heures par jour, à des ouvrages bas et grossiers, comme des

Voilà, mon très cher frère, une espèce de gazette de tout ce que je sais digne de vous être mandé. Aimez-moi toujours, je vous prie, aussi tendrement que je vous aime.

Louis.

A Trianon, le 19 juin 1707.

Ce m'est un plaisir sensible, mon cher frère, lorsque je reçois de vos lettres, et ce plaisir est augmenté depuis quelque temps par les heureuses nouvelles dont elles sont remplies. Il paroît que tout prospère en Espagne, et, s'il plaît à Dieu, tout continuera à y prospérer et à vous affermir sur le trône sur lequel il vous a placé.

Il n'y a rien de nouveau en Flandres depuis le commencement du mois; la situation des armées y est toujours la même, et il ne paroît pas qu'elle doive changer si tôt. En Allemagne, le maréchal de Villars est sur le Neckar ; il y envoie les détachements sur le Danube du côté d'Ulm ; les ennemis ont jeté la plus grande partie de leurs troupes dans les places, en sorte qu'il leur en reste très peu en campagne; cependant la Souabe contribue, et j'espère qu'il en reviendra pas mal d'argentan Roi '.

chemises et d'autres besoins semblables, et y faisoit travailler ce qui l'environnoit. »

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