‹ Lettres (volume 2)Chapitre 122 sur 195 · Et surtout au maréchal de Villars, qui y gagna des · texte numérisé non relu

Et surtout au maréchal de Villars, qui y gagna des

AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 199

Il n'y a que le côté d'Italie qui donne plus d'inquiétude : les ennemis y sont forts, et, quoique le maréchal de Tessé ait bien des troupes, il a tant de pays à garder et il y a si loin depuis le lac de Genève jusqu'à la mer, qu'on craint hien qu'ils ne pénètrent quelque [)art. On appréhende surtout pour le côté de Provence, où les ennemis, avec le secours de la flotte qu'ils ont dans la Méditerranée, pourroient faire quelque entreprise sur nos ports, qui nous seroit d'une terrible conséquence si elle leur réussissoit. Leur flotte a passé devant Monaco, faisant route en Italie ; c'est apparemment pour y prendre des troupes ; mais on ne sait si c'est pour les porter en Catalogne ou pour tenter une 'descente sur nos côtes. Pour le détachement qui marche à Naples \ il est de huit mille cinq cents hommes. Les dernières nouvelles portoient que le reste étoit dans la Romagne auprès de Forli. On dit que tout paroît bien disposé dans ce royaume à se défendre. Il faut espérer que Dieu, nous protégeant, rendra de tous côtés les projets des ennemis inutiles.

On ne sait encore que penser du roi de Suède. Il est toujours en Saxe ; il y a beaucoup de troupes, d'artillerie et de munitions et paroît mécontent de l'Empereur ; peu de temps, je crois, nous éclaircira de ses desseins.

sommes immenses, dont il se servit pour « engraisser son veau », c'est-à-dire pour faire des embellissements à sa terre de Vaux, qu'il avait achetée récemment [Mémoires de Saint- Simon, p. 181, note 2).

1. Les troupes impériales qui s'apprêtaient à conquérir le royaume de Naples étaient commandées par le comte de Thaun et les généraux Vaubonne et Patte.

Voilà, mon cher frère, l'état des choses présentement. Je me réjouis infiniment delà bonne santé de la reine; vous lui ferez, s'il vous plaît, mes compUments et serez persuadé de ma tendresse infinie pour vous, demandant toujours, mon cher frère, la continuation de la vôtre,

Louis.

cxn.

A Marly, le 6 juillet 1707.

Valorise ^ étant sur le point de retourner près de vous, mon cher frère, je le charge de vous faire bien des amitiés de ma part et de vous rendre cette lettre.

Les affaires ont toujours été dans la même situation en Flandres depuis ma dernière, et celles d'Allemagne ont toujours été de mieux en mieux. Le maréchal de Villars ayant forcé des retranchements avec lesquels les ennemis défendoient des montagnes pour l'empêcher de pénétrer plus avant, et battu quelques troupes de leur arrière-garde, il se rapproche maintenant du Rhin, parce que les ennemis assemblent de la cavalerie et des dragons vers Philipsbourg. La Provence est toujours menacée ; cependant les ennemis n'ont point encore marché, et la flotte, par

1. Ci-dessus, p. 123; il était venu apporter le drlaildes suites de la bataille d Almanza.

Al ROI d'eSPAONR PIIII.IIM'K V. 201

les (Icrnic'ics nouvelles, ('loit ciicoïc ;m\ côtes de Gênes SMiis a\()ii' ('nil)ai(|iu' les troupes de [lesse, qui atlendoieiil leurs deinieis oidres sur le bord de la mer.

J'espère que vos coïKjuèles continueront dans le royaume de Valence et que l'on poinra bientôt les pousser ainsi du côté de la Catalogne ; mais il auroil été à souhaiter qu'on eût été en état de les commencer plus toi.

Après avoir pailé de choses sérieuses, pour en venir à d'autres qui le sont moins, je vous dirai que j'arrive de Rambouillet, où j'ai été deux jours ^ et où M. le comte de Toulouse m'a reçu à son ordinaire, c'est-à-dire à merveille et avec la meilleure chère du monde, et non seulement moi, mais tous les gens de ma suite. J'ai trouvé la maison, toute irrégulière qu'elle est, ainsi que sont les vieux châteaux, parfaitement contournée. Monsieur le Comte a raccommodé les dedans, et il ne manque rien à leur commodité et à lamagnifieence du grand appartement". J'ai chassé dans des pays tout neufs pour moi à fort peu de chose près, que j'ai trouvés admirables, et je n'ai pas vu la sixième partie de son pays. Les terres

1. Le séjour dura du 4 au 6 juillet. Louis XIV avait donné à son dernier fils le comte de Toulouse la terre de Rambouillet, et le prince en augmenta peu après l'étendue par des acquisitions dans la foret d'Yveline et dans celle de Saint-Léger.

2. Le comte de Toulouse avait fort embelli l'intérieur du château. « On ne peut rien voir de plus magnifique, disait Dangeau (tome XIV, p. 235), et pour les meubles, et pour les équipages . » Les tentures et les meubles avaient été faits au couvent de Saint- Joseph sur l'ordre de M™" de Montespan.

ont trente lieues de tour, et il n'y a rien à gâter en quelque temps que ce soit ; car il n'y a que des bois séparés par de grandes bruyères et des étangs. Il est vrai qu'il n'est pas fort habité, et l'on n'y voit guère que des bergers, des charbonniers et des passants sur les grands chemins. Il est très peuplé de sangliers et de chevreuils. Hier, en assez peu de temps, il y eut un chevreuil et deux sangliers à bas, et avant hier un cerf, qui fut bien chassé et ne l'a regagnée proprement qu'après la mort de l'animal {sic). Mon frère de Berry y est venu malgré une grosse fluxion qu'il avoit sur la même joue qu'on luy ouvrit l'année dernière, et la chasse Ta guéri '.

Voilà à peu près, mon cher frère, les nouvelles d'aujourd'hui. J'y puis ajouter encore la nomination au cardinalat de l'archevêque de Bourges par le roi Stanislas de Pologne-. .Te ne sais si elle aura si tôt son effet ; car le Pape ne l'a pas reconnu.

Conservez-moi toujours, mon très cher frère, une amitié aussi tendre que la mienne l'est pour vous, et soyez persuadé qu'elle durera autant que ma vie.

Louis.

J'oubliois de vous parler encore de la mort de

1. Cependant Dangeau dit le même jour (tome IX, p. 410) qu'il sera obligé de se faire donner « quelques coups de ciseaux dans sa fluxion ».

2. L'archevêque de Bourges était Léon Potier de Gesvres, fils du duc de Tresmes. Saint-Simon a raconté (tome XV, p. 168 et suivantes « l'intrigue de sa singulière nomination au cardinalat ».

lyjme ^|^. Neiïiours ' , <[ui ouvre uiu' succession à laquelle il v a bien des prétendants, et peut-être même que vous et moi y pouvons avoir quelque part. C'est dont je serai éelairci dans quelques jours, et je vous en rendrai compte ; cela re<^arde quelques terres du côté de Chartres et deBlois^.

cxin.

A LA REIISE D'ESPAGNE.

A Marly, le 6 juillet 1707.

Je ne veux pas laisser repartir Valouse, Madame, sans le charger de cette lettre pour vous renouveler le plus souvent qu'il m'est possible les assurances de ma tendresse respectueuse pour Votre Majesté.

Je compte les moments d'ici à un mois, dont apparemment quelqu'un sera celui où vous mettrez au monde le prince que nous attendons, et peutêtre celui auquel nous apprendrons jcette agréable

1. Marie d'Orléans-Longueville, duchesse de Nemours, mourut le 16 juin, étant veuve du dernier de la branche de Savoie- Nemours. Les prétendants à sa succession, qui comprenait entre autres terres la principauté de Neuchâtel en Suisse, étaient extrêmement nombreux. Ce fut le roi de Prusse qui finit par emporter Neuchâtel.

2. C'étaient la duchesse de Bourgogne et sa sœur la reine d'Espagne qui auraient pu prétendre à quelque part dans la succession de M'"^ de Nemours, leur grand-mère, mère du duc A ictor-Amédée de Savoie, étant Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours .

nouvelle. Personne n'y prend un plus vif intérêt que moi par bien des raisons et particulièrement par l'attachement que j'ai pour vous, Madame, et qui me fait prendre avec joie toutes les occasions qui se présentent de vous en faire souvenir, vous priant toujours de me conserver une place dans l'honneur de votre amitié.

Louis.

A Versailles, le 7 août 1707.

Y ayant bien longtemps que je ne vous ai écrit, mon très cher frère, je n'en veux pas manquer aujourd'hui l'occasion et me servirai d'un moment que j'ai, avant que d'aller à Ramboviillet avec Monseigneur, pour vous renouveler les assurances de ma tendresse.

Je suis fâché que le siège de Dénia ^ ait eu une mauvaise issue ~ ; elle confirmera les révoltés de ces pays dans une généreuse opiniâtreté. Vous savez les inquiétudes où nous sommes à présent pour Toulon^; il y a cependant lieu d'espérer que le

Page 1