Ville et port de mer de la province d'Alicante
2. Le chevalier d'Asfeld, avec un petit corps français, avait attaqué cette place dans le courant du mois précédent; mais il avait dû lever le siège peu après.
3. Le duc de Savoie, entré en Provence depuis quelques semaines, était venu mettre le siège devant Toulon par terre,
AU iioi 1)'i;si'\(;ne i'1iilii'i>k v. 20.")
secours ([iii y est arrivé apportera de grandes dilli- (ultés au succès de cette entreprise, et nous devons bien piiciDicu (lu'cllc ne réussira pas; car ce seroit une granile perle pour la France.
Vous saurez aussi déjà apparemment la l'acililé avec laquelle les Allemands sont entrés dans Naples. Atout cela il faut vouloir ce (jue Dieu veut.
Adieu, mon très cher Irère, vous êtes peut-être à présent père du prince que nous avons tant souhaité; si cela est, je vous en fais mon compliment et à la reine aussi ; de quelque façon que ce soit, faites-la souvenir de moi et conservez-moi toujours une amitié pareille à celle que j'ai pour vous.
Louis.
A Versailles, le 14 août 1707.
Je ne dois pas être plus longtemps, mon très cher frère, sans vous faire part de ma joie, et je crois que l'amitié que vous avez pour moi vous la fera ressentir. Le Roi m'envoie en Provence commander l'armée qui doit s'assembler au commencement du mois prochain^, et j'espère que, si les ennemis m'y
tandis que la flotte anglo-hollandaise bloquait la ville par mer.
1. Dangeau insère au 13 août dans son Journal (tome XI, p. 434-435) : « Le soir, après souper, le Roi étant dans son cabinet avec la famille royale, comme il y est tous les jours,
attendent, on pourra les faire repentir de leur grande entreprise. Mon frère de Berry vient avec moi, sans aucune qualité ni commandement; il en est transporté; il est présentement guéri du nouvel abcès qu'il a fallu encore lui ouvrir à la joue. Je dois partir le 25 ; tout se dispose pour cela. Jusqu'ici les ennemis n'ont point encore ouvert de tranchées devant Tovilon ; ils commençoient seulement, par les lettres du 8, à tirer des batteries qu ils ont faites à six cents toises contre les bastions de la porte de Saint-Lazaret S'ils se prennent à tirer, j'espère encore un coup qu'ils s'en repentiront; s'ils s'en retournent, nous en serons délivrés, et le bien de l'État doit toujours aller devant tout intérêt particulier.
Soyez toujours persuadé, mon cher frère, de ma véritable et continuelle tendresse. Communiquez cette lettre à la reine, en lui faisant mes compliments; demandez-lui aussi de prendre part à la joie que me cause la commission dont je suis honoré aujourd'hui.
Louis.
déclara que Mgi's les duc de Bourgogne et de Berry alloient en Provence pour en chasser le duc de Savoie... Mgr le duc de Bourgogne commandera l'armce... et Mgr le duc de Berry y sera sans emploi. »
1. Le chevalier de Quincy, témoin oculaire, a raconté les péripéties du siège de Toulon [Mémoires, tome II, p. 258-277).
AU ROI d'eSPAGNE PHILIPPE V. 207
ex VI.
A Versailles, le 28 août 1707.
Depuis la lettre que je vous ai écrite le 14 de ce mois, les alVaires ont bien changé de face, mon très cher frère. Le duc de Savoie, après avoir jeté (|uelques bombes dans Toulon, qui ont fait peu de tlommai^e, a enfin décampé, comme vous le savez déjà, la nuit du 21 au 22, et a fait six lieues la première marche ou cinq pour le moins. La flotte a levé l'ancre le 2-> et mis à la voile'. Toulon, la marine, et le commerce du Levant sont sauvés et apparemment la Provence, les troupes contremandées pour retourner chacune chez soi, et moi par conséquent redevenu habitant de la cour, et il a fallu d'aussi grands avantages que ceux que je vous représente pour l'emporter sur l'amour-propre, qui vouloit me persuader d'en être fâché. Je l'ai bien été de la perte du royaume de Naples ; mais l'impossibilité a presque été totale d'y envoyer des secours, et ils auroient même été si foibles que je ne sais s'ils auroient pu le préserver de l'invasion des ennemis. Je devois partir demain; mon voyage est remis au 9
1. Des bruits circulèrent à propos de cette brusque levée du siège. On prétendit que le duc de Savoie, mécontent des Alliés et des subsides insuffisants qu'ils lui donnaient, avait volontairement renoncé à prendre Toulon, par crainte que ce succès ne rendît les Alliés encore plus intraitables.
de septembre et raccourci de plus de cent cinquante lieues : car il se terminera à Fontainebleau. Le Roi y sera le 12, et Monseigneur avec mon frère de Berry dès le 5.
Les armées en Flandres sont encore, la nôtre à Chièvres et Lens et celles des ennemis à Soignies et Louvignies ; on dit qu'ils marcheront bientôt du côté de Lessines où ils ont des ponts sur la Deule. En Allemagne, elles sont auprès de Dourlach, où nous avons prévenu les ennemis et où notre canon les a obligés de reculer leur camp.
Voilà, moucher frère, la situation présente. Nous attendons toujours l'accouchement de la reine ; je suis persuadé qu'elle l'est à l'heure que je parle, et il me tarde de vous en faire un compliment tel que nous le souhaitons. Faites-lui, je vous prie, les miens et conservez-moi toujours votre amitié, étant persuadé, mon très cher frère, qu'on ne peut vous aimer plus tendrement que moi.
Louis.
ex VIL
A Versailles, le 4 septembre 1707.
Ce m'a été une joie bien sensible, mon très cher frère, d'apprendre l'heureux accouchement de la reine et la naissance du prince votre fils * ; il me
1. Ce prince, appelé Louis-Philippe, et qui devait être le roi Louis 1*='', naquit le 25 août, jour de la Saint-Louis, ce qui
Ali HOl d'eSPAGNI-: l'HI],llM'E V. 209
paroît que loiil a rlé à souhait et (ju'en remerciant Dieu nous n'avons qu'à le prier de eonlinuer à lei^arder la Fiance et l'Kspai^ne d'un œil de miséricorde. Je me flatte (juc la mauvaise réussite de l'entreprise de Toulon et la naissance du prince des Asturies pourront rebuter les ennemis de l'envie démesurée qu'ils paroissent avoir de vous chasser de dessus votre trône, et que l'attachement que la plupart des Espagnols ont témoigné en cette occasion contribuera beaucoup à leur faire perdre cette espérance.
Les armées ont décampé en Flandres et en Allemagne. Le duc de Vendôme est venu à Antoing près de Tournay, et Mylord Marlborough à Ath^ Le maréchal de Villars a marché à Rastadt, et les ennemis à Ettlingen ; les uns et les autres y ont passé sans action. Il y a plusieurs jours que nous n'avons eu de nouvelles de Provence ; par les dernières, les ennemis étoient déjà près de Fréjus le 25 et se retiroient en grande diligence ; cette entreprise leiu' aura certainement infiniment coûté de toutes manières, et ils ne nous ont pas fait grand mal. Je crois que les bataillons François qui retournent en Aragon ne feront pas mal au siège de Lerida, et j'es-
sembla de bon augure. Le duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne, était venu le l*^"" septembre, annoncer cette nouvelle à Louis XIV et aux princes. Philippe V avait demandé à son grand-père l'envoi d'un accoucheur, et dès le mois de mai, Clément, qui avait accouché la duchesse de Bourgogne, était parti pour Madrid.
1. C'est l'épuisement des fourrages qui avait obligé les armées à faire ces mouvements.
père que nous aurons cette place dans le mois où nous entrons.
On a eu, par l'Angleterre et la Hollande (car il n'est encore rien venu en droiture), nouvelle que le chevalier de Forbin ' , ayant attaqué vers le Nord une flotte angloise qui alloit en Moscovie, en a pris ou coulé à fond une vingtaine de bâtiments et dispersé le reste, qu'il poursuivoit encore-.
Voilà, mon cher frère, à peu près toutes les nouvelles ; je ne peux assez vous répéter combien j'ai pris part à votre joie et quelle est ma tendresse pour vous; continuez m'en toujours une pareille.
Louis.
cxYin.
A Versailles, le 4 septembre 1707.
.Te ne puis trouver des termes assez forts, Madame, pour vous exprimer quelle a été ma joie en apprenant votre heureux accouchement et la naissance du prince que vous avez donné à l'Espagne et à la France ; car, quoiqu'il soit prince des Asturies, elle n'oublie pas qu'il lui appartient toujours.
1. Claude, chevalier, puis comte de Forbin (1656-1733), venait d'être fait chef d escadre en mai précédent à la suite d une première victoire sur une flotte anglaise.
2. Cette victoire avait eu lieu en août dans la mer Blanche, à l'embouchure de la Dwina, près d'Arkangel [Mémoires de Saint-Jiiiuun, tome XV, p. 189-190,.
AU HOl d'kSPAGNE l'HILlPPE V. 211
h' i'ai ressentie plus particulièrement qu'aucun autre, non seulement par rapport au roi mon frère, mais aussi par rapport à vous, Madame, pour qui vous savez la tendresse de mon attachement.
C'est avec un grand plaisir que cette occasion me donne lieu de vous en renouveler les assurances, en vous priant de me conserver dans l'honneur de votre amitié la part que j'ose dire y mériter plus que personne par la sincérité de la mienne pour Votre Majesté.
Louis.
A Fontainebleau, le 18 septembre 1707.
Je suis très sensible, mon cher frère, à la santé de la reine et du prince votre fils ; ainsi les bonnes nouvelles que vous me donnez me font un grand plaisir. Je le suis fort aussi à ce qui va se passer en Catalogne ; on s'attend ici que le siège de Lerida sera commencé du 10 de ce mois ^ Je ne sais si les troupes que Shovell ^ porte à l'Archiduc ne troubleront point cette entreprise ou du moins ne la rendront point plus difficile ; car on l'a vu repasser
1. C'était le duc d'Orléans, nouveau commandant des troupes françaises en Espagne, qui avait entrepris le siège de cette place ; elle était défendue par le prince de Darrastadt avec une garnison de trois mille hommes.