‹ Lettres (volume 2)Chapitre 144 sur 195 · CAMPAGNE DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE

A Chamillart ^.

A Valenciennes, le 18 mai 1708.

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez écrite hier. ,Io suis ti'ôs sensible aux lémoignai>es de votre attachement; je voudrois pouvoir y répondre encore mieux, et vous donner, ainsi qu'à toute votre famille, des marques de mon estime et de ma véritable amitié.

J'ai trouvé Ici M. de Vendôme toujours comptant d'agir sur la Meuse avec une supériorité sur l'ennemi plus grande que celle que je crois tju'il aura véritablement. Il me paroît aussi que ce qu'il projette de laisser à M. le comte delà Motte est bien petit pour tout le pays qu'il doit garder. J'ai vu la copie de la lettre que vous lui écrivîtes l'année dernière par ordre du Roi pour régler la garde de la frontière et préserver les sujets du Roi de payer la contribution ; je crois qu'il n'est pas moins important de l'empêcher encore cette année. Il y a sur la disposition douze bataillons et cinq escadrons qui, étant dispersés, feront bien peu d'effet, en sorte qu'il ne restera au comte de la Motte que quatre bataillons pour servir ensemble. J'avois projeté de lui en laisser encore six de ceux qui serolent le moins en état de servir en campagne, et deux régiments de dragons, avec quoi il auroit conservé ses postes et conservé un petit corps pour s'opposer à ceux que les ennemis

1. Vol. Guerre 2080, n° 178. Le volume Guerre 2078 contient une copie de toutes les lettres du duc de Bourgogne pendant la campagne de 1708; nous donnons le texte d'après les orieinaux.

pourroient former pour tâcher de pénétrer dans les lignes. Taupe ^ (sic) à la première proposition, je n'ai pas poussé plus loin ; il me paroît néanmoins qu'il est d'une extrême conséquence que l'Artois et le Cambrésis ne commencent pas à contribuer, après sept ans de guerre, qu'on leur ieroit payer.

Comme il^ est toujours entièrement attaché à son projet de la Meuse, j'ai commencé à lui l'aire entendre que, quand je suis parti, l'intention du Roi n'étoit pas qu'il l'exécutât, du moins si tôt. Il m'a paru qu'il comptoit que le Roi lui avoit promis de ne point changer ce qu il avoit réglé avec lui, soit cependant qu'il ait convenu d'autre chose avec le comte de Bergeyck.

M. de Bernières vous aura aussi informé des contretemps qui sont arrivés au sujet des cinquante mille francs qui venoient ici et qui sont allés à jMaubeuge. Il m'a rendu compte des magasins, qui sont en bon état.

J ai été si occupé ces premiers jours-ci que je n'ai quasi pas trouvé le temps de me reconnoîlre. J'écrivis avant-hier au Roi ime partie des mêmes choses que je vous écris aujourd'hui, avec cette différence que je les crois plus certainement.

Il me semble que M. de Vendôme retarde beaucoup l'assemblée de l'armée ; il ne veut la faire que le 25 ; j'ai lâché de gagner un jour et delà faire le 24. Cependant, si les ennemis s'assembloient et faisoient un mouvement en avant, je crois qu'il faudroit la faire plus tôt pour les recoigner dans leur pays et subsister à leurs dépens avant qu'ils se fussent fortifiés. Vous savez, Monsieur, l'estime que j'ai pour vous ; ainsi je ne crois pas qu'il faille vous en assurer davantage.

1. Ce participe, dont on ne connaît pas d'autre exemple, signifie sans doute repoussé, ayant essuyé un refus.

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