Vol. Guerre 208U, w'^Vèl
n'a plus songé pour le présent qu'au projet qu'il envoie au Roi ; je dis pour le présent, car il ne quitte pas de vue pour la suite son entreprise de Huy ; mais c'est toujours beaucoup d'avoir gagné sur son esprit de la remettre pour quelque temps. J ai cru qu'il suffisoil d'abord de m'en tenir là ; mais, s'il la remet sur le tapis, je me servirai de l'ordre que le Roi m'a donné de m'y opposer absolument. Vous savez que M. de Vendôme veut être ménagé, et qu'en le prenant doucement, on lui lait changer les choses sur lesquelles il est le plus opiniâtre ; c'est ainsi qu'on me l'a toujours dépeint, et c est ce que j'ai éprouvé hier. Il vouloit d'abord, api'ès avoir été deux ou trois jours en présence de l'ennemi, s'il ne pouvoit le combattre, toujours retourner vers la Meuse, et vous verrez dans sa lettre au Roi qu'il compte de subsister quelque temps aux environs de Bruxelles et de Louvain. Je lai trouvé dans sa lettre de moitié plus changé qu'il n'étoit hier avant que de partir, et j'en suis ravi ; car la Meuse l'éloignoit furieusement delà Flandre, et, si les ennemis étoient une fois derrière la Lys, je ne sais comment il la pourroit passer plus bas qu'à Aire. Mais il n'en est pas question à présent, et je ne crois pas qu il faille le lui faire penser. Il proposeroit peut-être, si les ennemis étoient devant Ypres, de marcher par Cassel, Furnes, ^sieuport et Dixmude pour surprendre Courtray et couper les vivres aux ennemis ; mais, dans le travers de ■Nieuport à Courtray, je ne sais d'où il les tireroit luimême, ni même s'il pourroit arriver jusqu'à Courtray et même jusqu'à Nieuport ; car ce pays est plein de canaux et de rivières que les ennemis pourroient lui disputer, et nous tomberions dans des combats d infanterie, que le Roi veut éviter avec raison.
Quant à noire supériorité sur les ennemis, elle n'est guère différente de celle de l'année dernière : nous avons cent trente deux bataillons et deux cent neuf escadrons, et la dernière année il y avoit cent vingt-quatre bataillons et deux cent six escadrons. Vous savez mieux les
forces des ennemis que moi ; mais vous savez aussi que leurs bataillons sont plus nombreux que les nôtres. Ainsi nous ne craindrons point l'ennemi ; nous l'attaquerons nu"^ine partout où iu)us trouverons à le faire avec avantage ; mais nous ne pourrons pas laire les mêmes entreprises que nous l'aurions pu, si nous avions cent quatre-vingts bataillons et deux cent cinijnantc oscadi'ons en campagne, ainsi quétoit le premier dessein. Vous auriez eu ce courrier dès aujourd'hui, si M. de Vendôme n'étoit allé à Mons hier préparer tout pour l'assemblée de l'arméo ; je n'ai eu ses lettres que ce matin et ne voulois écrire qu'après les avoir vues. J'espère que le Roi sera content de nous et que, dans ({uelque jours, nous |)ourrons vous mander d'agréables nouvelles. Si M. de Vendôme avoit vu M. de Bergeyck à Clichy et que, se défaisant dès lors du projet sur Huy, il eût formé celui qu'il forme aujourd'hui, on auroit pu s'assembler le 20 ou le 21 et profiter de la séparation de l'armée ennemie mieux qu'on ne le pourra dans cinq ou six jours ; car il y a apparence qu'elle s'assemblera entre ci et ce temps-là. Vous pouvez montrer cette lettre à M. de Beauvillier.
A Chamillart '^ .
Au camp de Soignies, le 26 mai 1708.
Ce n'est plus à Hal que nous pouvons aller, Monsieur ; les ennemis y sont venus camper aujourd'hui ; toute leur armée est assemblée d'hier. M. de Vendôme voudroit marcher à eux par Steinkerque ; mais un combat d'infanterie, qui seroit le seul que l'on pourroit donner dans ce pays, ne nous conviendroit point ni au Roi, ainsi que c'est son intention et que je lui mande. Ce n'est pas chose aisée de faire entendre raison à 31. de Vendôme ; mais il faut s'armer de patience et ne se pas rebuter d'abord.